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Liberté - Page 943

  • La fin du monde est reportée à une date ultérieure !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.05.17

     

    Hergé. Les premières pages de l’Etoile mystérieuse. Une chaleur suffocante. L’approche d’une météorite, connue des seuls initiés. Pour le public, une boule de feu, qui n’en peut plus de croître, dans le ciel. La promesse imminente de la fin du monde, d’ailleurs annoncée par le gong d’un prophète fou, Philippulus, qui ressemble au directeur de l’Observatoire, le Professeur Calys, amateur de caramels mous. Ce climat d’Apocalypse, où Hergé est au sommet de son art, amène Tintin à une scène surréaliste : le fragment de météore a bien touché la planète, il a provoqué un tremblement de terre, les gens sont dans la rue, ahuris, hagards. Sauf Tintin ! Lui qui s’attendait au Jugement dernier, hurle sa joie dans la rue : « Hourra, ça n’est qu’un tremblement de terre ! ». Il passe pour fou, c’est sûr.

     

    Cette scène, l’une des plus géniales d’une œuvre qui n’en est pas avare, rappelle ce qui vient de se passer en France, dimanche 7 mai, à la présidentielle. Le Front national tutoie les onze millions de voix, mais les gens sont heureux : « Hourra, ça n’est qu’un séisme ! ». Comme le note très justement Tintin lui-même, dans cette réplique inoubliable (je cite de mémoire) : « Hourra, la fin du monde est reportée à une date ultérieure ! ». Bref, « Après nous le Déluge », phrase prêtée fort injustement à Louis XV, dont j’ai toujours soutenu qu’il était un grand roi, mais ça n’est pas ici la question. En clair, la vie est belle, c’est le printemps, le joli mois de mai, faisons ce qui nous plaît, prenons nos Congés pays, chantons, dansons. Et puis, pour l’Apocalypse, on verra plus tard !

     

    Car enfin, il y a ces onze millions de voix. Certes, Mme Le Pen n’a pas gagné la présidentielle, et son suicide au débat face à M. Macron y est sans doute pour beaucoup. Mais son parti pulvérise tous ses records ! Alors bien sûr, pour cinq ans, M. Macron est légitime : il a gagné, très largement, et nul ne saurait lui contester sa victoire. Mais le signal donné par les onze millions, qui va l’entendre ? Regardez cette carte électorale, cette France nantie contre la France de la colère, cette France de l’Ouest contre celle du Nord, de l’Est et du pourtour méditerranéen. Ces innombrables Départements où le FN dépasse les 40%. Ajoutez la rage face aux inégalités sociales, la désespérance des agriculteurs, celle des chômeurs, l’exaspération suite aux délocalisations d’entreprises, et vous commencerez vite à les trouver, ces raisins de la colère française. Avec, si M. Macron échoue, une sacrée promesse de vendange pour le FN en 2022.

     

    Alors ? Alors, on peut danser dans les rues, bien sûr. Se réjouir d’être encore vivant : « Hourra, la fin du monde est reportée ! ». On peut chanter, se trémousser, et refuser de voir l’essentiel : cette élection n’est qu’un répit. Un ultime sursaut pour l’Ancien Monde. La dernière chance. En cas d’échec, la Révolution conservatrice s’annoncera à la porte. A moins qu’elle ne choisisse d’entrer sans frapper.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • An die Freude

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    Sur le vif - Mardi 09.05.17 - 11.12h

     

    Je suis Beethovénien depuis l'âge de douze ans. L'auteur de la Neuvième Symphonie a été pour moi, pendant toute mon adolescence, un indétrônable dieu, avant même que je ne découvre Wagner (1971), puis Haendel, puis Brahms. C'est dire à quel point je suis musicalement disposé à écouter son oeuvre.

     

    Mais je n'ai pas aimé, dimanche soir au Louvre, que l'Hymne à la Joie précède la Marseillaise. Symboliquement, c'était mettre l'Empire, entendez aujourd'hui l'Europe, avant la Nation. Le contraire même de tous les combats de la Révolution française, de la République naissante en 1792, des Soldats de l'An II, lorsque la France, admirable, était seule contre tous.

     

    Cette prééminence, cette inscription dans une Pyramide, en disent tellement long sur le rapport mental et psychologique du nouveau Président avec l'Europe, avec l'idée même de supranationalité.

     

    L'idée qu'au-delà du souverain du pays, il existerait une souveraineté ultime, donc supérieure, un suzerain, est d'essence impériale et germanique. Les Allemagnes, en mille ans, ont vécu avec cette construction dans leur tête la plupart du temps. C'est pourquoi l'esprit allemand s'accommode si bien de l'Union européenne.

     

    En France, il en va autrement. Le souverain, qu'il soit Roi ou Président de la République, ne saurait tolérer en aucune manière le moindre recours, au-dessus de sa tête. Parce qu'il est, lui, le recours. La pierre angulaire. Ainsi s'est construite la France, depuis mille ans. En France, nulle querelle de Guelfes et de Gibelins : les partisans du Pape, déjà sous les rois, et des siècles avant la loi de 1905, ont toujours été remis à leur place.

     

    Tout cela, le nouveau Président le sait. Et c'est à dessein qu'il a orchestré cette singulière chronologie. D'abord, Beethoven et Schiller (on trouve pire, j'en conviens !), ensuite seulement Rouget de Lisle. C'est un signal très clair qu'il donne, parfaitement cohérent. Une marque d'intégration à un ensemble. Ça fait très MRP, très gentil centriste, très démocrate-chrétien de la Quatrième, très Pères fondateurs de la Communauté européenne. C'est une option de la souveraineté française.

     

    Ou plutôt, une option sur la délégation de souveraineté. Les Français, qui ont voté largement pour ce nouveau Président, veulent-ils vraiment cela ? D'ici quelques mois, nous le saurons.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Putain, cinq ans !

     

    Sur le vif - Vendredi 05.05.17 - 10.32h

     

    Après-demain, la France élira sans doute le candidat du convenable. Celui qui saura bien se tenir avec Mme Merkel, tel le vassal reçu par le suzerain. Avec les gens de Bruxelles. Avec la Banque centrale européenne. Avec les usuriers de la spéculation mondialisée, qui, de New York à Genève, le soutiennent avec tant d'ardeur.

     

    Le candidat du Quartier latin, des bobos, des babas, des "grandes organisations religieuses" de France, des médias, de ceux qui les possèdent, de la grande bourgeoisie d'affaires parisienne, des corps constitués, des humoristes, des dessinateurs de presse, des acteurs, des chanteurs, des intellectuels, des professions libérales, de la trahison pudiquement appelée "ralliement".

     

    Le candidat d'Obama, de M. et Mme Badinter, de Jacques Attali, Daniel Cohn-Bendit, de tout ce qui, depuis tant de décennies, tient tant pignon sur tant de rues, plutôt celles de Neuilly que de Levallois.

     

    L'homme, notez, ne m'est absolument pas antipathique, j'aime ses yeux bleus, je lui reconnais un sacré talent pour racoler. Hélas, je n'ai jamais rien réussi à comprendre de ce qu'il raconte, les mots s'envolent, la grammaire est juste, mais le sens fait défaut, c'est sans doute de nos jours un détail.

     

    Il va aller voir Mme Merkel, prêter politiquement allégeance. Idem à Bruxelles. Il va pratiquer une politique qui pourrait bien ressembler à celle du MRP, sous la Quatrième, atlantiste, centriste et européenne, des gens parfaitement respectables, au demeurant. La dilution de la souveraineté française dans un ensemble plus grand, un Empire, ne leur posait simplement pas problème. Chacun sa vie, chacun ses choix.

     

    Ces cinq années seront longues. Je crains surtout qu'elles ne soient des années perdues. Un ultime répit pour l'Ancien Monde, avant le grand changement.

     

    À la France, qui n'est pas mon pays mais qui m'a tant nourri, je dis ici toute la profondeur de ma fidélité et de mon attachement.

     

    Pascal Décaillet