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Commentaires GHI

  • La main invisible : non merci!

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.26

     

    Il est insupportable d’entendre répéter, comme s’il s’agissait d’un dogme, irréfutable : « La Suisse est un pays libéral ». Non, non, et non ! La Suisse est certes, aujourd’hui, un pays de type libéral, mais elle ne l’est en aucun cas par nature, ou par essence, ce qui la rendrait impossible à modifier.

     

    La Suisse est aujourd’hui libérale, pour une seule raison : elle est gouvernée, à Berne, par une majorité acquise aux principes libéraux ! Et la majorité du Parlement va aussi dans ce sens. Dont acte. Mais qu’advienne, un jour, par la volonté du peuple, une autre majorité, eh bien la Suisse ne sera plus libérale ! C’est aussi simple que cela. Donc, son « état libéral » n’est lié à nulle prédestination qui la figerait pour l’éternité.

     

    Du reste, comme je le montre dans mon texte ci-contre, la grandeur de notre pays, depuis 1848, a justement été d’échapper, pour les grandes causes publiques, à la « main invisible du marché », pour établir et affirmer, par les grands corps de la Confédération, l’autorité de l’Etat, sa primauté sur les intérêts privés.

     

    Ainsi, le système de santé : le virage ultra-libéral qu’on a voulu lui faire prendre, totalement à tort, au milieu des années 1990, n’est en rien définitif. Il suffit, par une volonté populaire majoritaire, de lui substituer un système où l’Etat puisse enfin jouer son rôle régulateur. Ce jour-là, la Suisse sera un peu moins libérale. Mais mieux gérée. Et plus heureuse.

     

    Pascal Décaillet

  • Arracher la santé des griffes du privé

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.26

     

    Depuis 1848, au fil des décennies, la Suisse moderne, dotée d’un Etat fédéral, a progressivement nationalisé son secteur ferroviaire, en rachetant et regroupant des compagnies privées, puis en créant les CFF. Elle a nationalisé ses messageries, en créant la Poste, qui fut longtemps un fleuron, un exemple de respect des régions périphériques, par la grande idée du service universel. Elle a nationalisé les routes, créé le réseau des autoroutes, voulu et financé les grands travaux, les tunnels mythiques que sont, entre autres, le Gotthard et le Lötschberg. Elle a nationalisé les grandes écoles polytechniques, celles de Zurich et Lausanne. Elle a voté des crédits pour la recherche. Elle a nationalisé le soutien à l’agriculture, par les paiements directs. Bref, 178 ans d’une aventure remarquable, où l’Etat fédéral a joué son rôle, au service de tous.

     

    Un parti, avant les autres et plus que les autres, a incarné cette période magnifique de notre Histoire : le parti radical. Mais la démocratie chrétienne, le socialisme et l’UDC ont, chacun à sa manière, apporté leur pierre à l’édifice. Exemple : sans une collaboration intelligente entre ces partis, le compromis voté en juillet 1947 sur la création de l’AVS, entré en vigueur le 1er janvier 1948, n’aurait jamais vu le jour. L’AVS : le fleuron des fleurons, l’honneur de notre système de sécurité sociale. Car la plus belle de nos « nationalisations », depuis 1848, c’est bien cette centralisation fédérale, après un premier siècle d’existence de notre Suisse moderne, de la prévoyance retraite. Pour qu’elle soit universelle. Pour que nul ne soit laissé sur le bord du chemin.

     

    Si on se retourne sur ces 178 ans, on peut être fier. Et constater que l’honneur premier du destin fédéral de la Suisse, loin de se cantonner aux vertus magiques d’un « système libéral », c’est d’avoir, avec pertinence, intelligence, augmenté le terrain de l’Etat (fédéral, en l’espèce), au service du peuple, à commencer par les plus démunis.

     

    Dans ces conditions, comment ne pas rougir de colère de voir le secteur le plus essentiel, le plus vital, de nos domaines d’action publique, celui de la santé, demeurer aux mains non seulement du privé, mais de monstres financiers, infiniment plus intéressés par leur propre enrichissement, celui de leurs actionnaires, que par l’intérêt supérieur du peuple suisse ? Oui, la LAMal, depuis trente ans, est un échec monumental. Elle n’a servi qu’à engraisser les Caisses privées, financiariser le système, appauvrir les assurés, jusqu’à leur faire les poches, au-delà de toute décence.

     

    Si je combats, depuis toujours, pour l’idée d’une Caisse unique d’assurance-maladie, c’est dans l’intérêt des plus faibles. Mais aussi, avec un dessein très clair de philosophie politique : arracher des mains de géants privés le domaine, si précieux, de la santé des Suisses. Et le confier à un grand organisme d’Etat, juste, égalitaire, soucieux du bien de tous. C’est un choix politique. C’est le mien. J’espère qu’il sera, un jour, celui d’une majorité de mes concitoyens.

     

    Pascal Décaillet

  • Tschudi, Grobet, revenez !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.26

     

    La question est simple : la gauche suisse se soucie-t-elle encore des travailleurs suisses ? Des chômeurs suisses ? Des jeunes Suisses, en recherche d’emploi ? Des retraités suisses, en difficulté financière ? Ou n’a-t-elle d’yeux que pour l’altérité ? Tout ce qui vient d’ailleurs semble la charmer. Tout ce qui est de l’intérieur, sédentaire, lui semble indifférent.

     

    Cette posture est catastrophique. La gauche est l’une de nos grandes familles politiques, depuis 130 ans. Elle a contribué à faire la Suisse moderne. Je pense à un homme remarquable, que j’ai personnellement connu et interviewé (chez lui, à Bâle, pour ses 80 ans, en 1993) : le conseiller fédéral Hans-Peter Tschudi, socialiste de Bâle-Ville, trois révisions complètes de l’AVS menées au pas de charge, entre 1959 et 1973.

     

    Des socialistes comme Tschudi, ou comme Willy Ritschard, ou comme Christian Grobet à Genève, on en redemande ! Ils s’occupaient du peuple, de la classe ouvrière, des retraités, ils avaient le sens du concret, de la cohésion du pays.

     

    Dans la votation du 14 juin sur la Suisse à dix millions, il est totalement regrettable de voir la gauche s’opposer au texte, uniquement parce qu’il vient de l’UDC. Dans cette affaire, la gauche et l’UDC ont un ennemi commun : le libéralisme échevelé, le patronat avide de libre-circulation à outrance, et peu importe la saturation démographique de la Suisse ! Sur ce dossier, la gauche suisse fait tout faux. C’est lamentable.

     

    Pascal Décaillet