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Commentaires GHI

  • Emmerdeur patenté

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.26

     

    Il n’y a pas si longtemps, on ramassait les feuilles mortes avec un râteau (sur l’herbe), ou avec un balai (sur un trottoir). Cet âge d’or, celui du silence et du respect sonore, est révolu. Aujourd’hui, place aux souffleuses. Un boucan d’enfer. Agressif. Insupportable. Mille fois plus fort que celui d’une voiture. Du moins, celles qui passent les visites, et entretiennent leurs moteurs. Plus fort qu’un groupe de motards.

     

    Bref, le type seul, main gauche dans la poche, main droite sur la souffleuse, est un emmerdeur patenté de la République. N’importe quel service de mesure de protection anti-bruit lui intimerait l’ordre immédiat d’éteindre son appareil, et continuer son boulot de façon respectueuse du voisinage.

     

    Et c’est bien là le problème. Vous avez déjà vu, vous, une seule fois dans seule votre vie, une quelconque figure d’autorité, un policier municipal par exemple, venir faire la moindre remarque à ce colossal raseur ? La réponse est simple : jamais ! Alors que le gaillard pulvérise les records de nuisance sonore.

     

    La qualité de vie en communauté, ça commence par le respect. Et là encore, ce sont les personnes fragiles, immobilisées à domicile, incarcérées dans leur bruit imposé, ou les aînés, qui trinquent. Là encore, comme face au numérique, comme dans tant d’autres domaines, on méprise les plus faibles. Et là aussi, c’est révoltant.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Fracture numérique : honte et scandale !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.10.26

     

    Un poison, plutôt qu’une chance. Un obstacle, plutôt qu’une aide. C’est hélas ainsi qu’un nombre considérable de nos compatriotes perçoivent la numérisation galopante de nos sociétés, de nos services. Et parmi ces gens, les plus défavorisés d’entre nous. Avec, de ma part, une pensée toute particulière pour les plus âgés, les oubliés de la Révolution numérique, ceux qui sont complètement largués par les actes, mais aussi par le charabia, informatiques, dont nul ne leur a jamais expliqué le sens, ni donné le mode d’emploi. On les laisse seuls, face au monstre.

     

    Cette histoire est celle d’une fracture de notre société. D’un côté, les branchés, y compris les jeunes retraités, ceux qui sont encore dans le coup, ont encore assez d’énergie pour se battre, tenter de comprendre les exigences de la machine. De l’autre, les fatigués. Les éreintés. Ils ont bossé toute leur vie, contribué à la prospérité de la Suisse moderne. Et là, on les largue. On les laisse face à leur solitude, face à un univers dont ils n’ont pas les clefs. Le mot « dégueulasse » n’est pas assez fort pour décrire toute la trahison de cet abandon.

     

    Et nos parlementaires, ils font quoi ? Eux sont en pleine force de l’âge, en pleine carrière, tout à leur jeu de miroirs et d’ambitions. Eux ont des gens, autour d’eux, pour les aider. Des assistants, des pairs, des collègues de parti. Eux sont en plein dans le circuit, dans le réseau. Mais les vieux ! Les solitaires ! Les fragiles ! Ceux qui ne peuvent plus atteindre une banque, une assurance, une régie, un prestataire de santé, ni un quelconque service public, par téléphone. Parce qu’il faut passer par « l’application ». Qui, elle-même, est gérée par une intelligence artificielle. La personne fragile, précaire, a besoin d’une voix, d’une présence HUMAINE, pour lui donner un coup de main. Et on lui balance un robot ! Et nul, à Berne, ne semble se soucier de cette mise à l’écart brutale de toute une partie, d’ailleurs numériquement croissante, de notre société !

     

    J’alerte depuis longtemps, notamment ici même, sur ce phénomène. Mais les politiques roupillent. Ils sont, eux, dans la bulle des décideurs, coupés du monde, ils ne saisissent pas la souffrance des plus fragiles. A ce stade, il m’apparaît que le seul acte politique capable de provoquer un réveil national est celui, si conforme à nos traditions suisses, de l’initiative populaire fédérale. Un texte surgi du peuple, au service du peuple, et soumis au peuple. Sans passer par les barrages des intermédiaires, manifestement insensibles à la gravité de la situation.

     

    Elle demanderait quoi, cette initiative ? L’absolue nécessité, pour tout service public, ou privé de grande envergure, de demeurer atteignable par voix humaine. Celle, aussi, d’initier TOUS LES SENIORS, par des ateliers gratuits, au maniement du numérique. On ne laisse pas, ainsi, toute une partie de notre population croupir dans l’angoisse du non-savoir-faire, pendant que les décideurs se royaument sur la toile magique.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Le pire en politique : les amateurs

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.09.26

     

    Rien de plus insupportable que les gens qui prétendent vouloir « faire de la politique autrement ». Ces petits prétentieux, tous partis confondus, qui déboulent sur la place publique, riches de leur seule inexpérience, sans passé, sans cicatrices, surtout sans la moindre culture historique et politique, et vous annoncent l’avènement, grâce à eux, d’une nouvelle ère. Le coup de la table rase. Le coup de l’homme nouveau. Celui qui va se saisir de la chose publique, en tout affranchissement de la moindre contrainte, en toute apesanteur du passé, de ce qui fut patiemment construit par nos ancêtres, des rapports de forces sociaux, de la lutte des classes, des antécédents historiques. Non, juste se pointer, prendre un air moderne (ah, le mythe de la nouveauté !), dégagé de toute contingence, celui qui va vous libérer des entraves, des archaïsmes, des appartenances.

     

    Foutaise. Et je pèse mes mots. Ces gens-là sont des amateurs. Ils n’ont pas le bagage, les codes, la préparation historique, philosophique, pour affronter l’arène politique, alors ils se drapent dans leur ignorance, la transforment en vertu. Ce sont des baratineurs de bas étage. La vérité, c’est que la politique est un métier. Elle exige d’éminentes qualités. Une longue préparation intellectuelle, d’abord, historique surtout, pour placer dans la diachronie, donc dans la durée, la chaîne d’antécédents, un problème politique à résoudre aujourd’hui. On ne surgit pas du néant, ni de Sirius : on consacre sa jeunesse, ses années de formation (Lehrjahre) à se préparer. On étudie l’Histoire. On lit la vie des hommes illustres. On se renseigne sur les guerres, les traités. On se plonge dans l’Histoire économique et sociale, on lit Thucydide (La Guerre du Péloponnèse) et Karl Marx, on se renseigne sur l’Histoire ouvrière, on lit les témoignages, tous, ceux des victimes, ceux des bourreaux, ceux des gentils, ceux des méchants.

     

    Surtout, on se débarrasse de la morale. Non dans sa vie, bien sûr. Mais comme outil d’analyse des rapports de forces humains, donc de la politique. L’observation de la politique exige, désolé de le dire, un parfait cynisme, glacé. Un seul impératif : comprendre. Alors oui, la politique est un métier. Elle a ses codes, ses lois de la guerre, ses impératifs d’endurance. François Mitterrand, plus d’un demi-siècle de politique active, connaissait par cœur la carte électorale de la France, circonscription par circonscription. Président pendant quatorze ans, il prétendait s’en désintéresser, laisser ces détails aux partis. La vérité, c’est qu’il contrôlait tout, actionnait les leviers, plaçait ses hommes. Il faisait de la politique non pas « autrement », mais « mêmement ». Il était habité, jusqu’au fond des ses artères, par la même éternelle noirceur du pouvoir. Il le savait. Il connaissait la règle. Il jouait le jeu. Et souvent, il gagnait. Mais jamais il n’affectait le masque du rénovateur. Il ne trichait pas. Il faisait même, ouvertement, de son cynisme renseigné une marque de fabrique, un fleuron.

     

    Pascal Décaillet