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Commentaires GHI

  • Combats de coqs

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.06.24

     

    Les chaînes privées parisiennes sont un chaos. On se targue de libérer la parole, c’est au contraire le brouhaha qui nous étouffe. On prétend clarifier, on ne génère que l’obscur. On prône le débat, on n’y trouve que hurlements, parole coupée, cacophonie, combats de coqs. Ces chaînes ne sont pas au service de la démocratie.

     

    Que la parole soit libre, oui bien sûr, nous le souhaitons tous. Pour autant, dans un débat politique, il faut l’organiser. Restituer une frontalité qui est celle du débat citoyen, tout simplement. Mais en l’organisant, au service de l’entendement général, de la compréhension partagée, et finalement de la clarté.

     

    Pour y parvenir, il faut d’abord maîtriser parfaitement le sujet, ce qui implique, en amont, une vie de travail, de lectures, d’immersion. Et puis, il faut choisir des invités certes antagonistes, et même frontalement s’il le faut, mais d’accord de venir débattre dans le respect mutuel. On peut s’engueuler, poser ses divergences, c’est même exactement cela la définition d’un débat, mais sans se hurler dessus, sans s’insulter. Je suis, pour ma part, intransigeant sur ce point.

     

    A cela s’ajoutent ces armées de « chroniqueurs » qui ne « chroniquent » rien du tout. Ils bavardent. Ils s’invectivent, pire qu’au Café du Commerce. Ils n’ont ni valeur ajoutée, ni compétence particulière. Ils font juste tapisserie. C’est consternant. Le débat public mérite tellement mieux.

     

    Pascal Décaillet

  • Méfie-toi du pouvoir. De tout pouvoir !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.06.24

     

    Les Genevois sont des gens sympathiques, mais je me demande parfois s’ils ne sont pas un peu naïfs. Je parle ici de leur rapport d’amour-haine avec les gens qu’ils élisent au gouvernement cantonal, ou dans les mairies des grandes communes, bref les exécutifs. A Genève, nous les désignons au suffrage universel. C’est sans doute très bien, ça leur donne une onction infiniment plus ancrée que d’être élus par un seul Parlement. Chacun d’entre eux peut dire : « Je suis l’élu du peuple, il m’a accordé sa confiance pour cinq ans, j’irai jusqu’au bout de mon mandat ». Traduction : « Foutez-moi un peu la paix, laissez-moi gouverner, je n’ai de comptes à rendre qu’au peuple, au terme de l’élection, si je me représente ».

     

    C’est bien, oui, mais cette légitimité venue d’un large corps électoral a son revers de la médaille : chaque citoyenne, chaque citoyen, qui a élu un magistrat, peut se dire « C’est mon ministre, je lui ai accordé ma confiance, peut-être même mon cœur, j’attends beaucoup de lui, il doit en être digne, il ne doit pas me trahir ». Chaque électeur peut se montrer sourcilleux, possessif, comme un amant jaloux, avec son cher ministre. On a vu ça dans l’affaire Maudet : des gens qui avaient tellement investi affectivement dans ce candidat, soudains déçus, déroutés par la violence de la déconvenue, sont devenus ses pires ennemis, comme parfois dans un couple déchiré par la séparation. Détruire ce qu’on a aimé, le poursuivre de sa vindicte. Lisez Racine, vous saisirez.

     

    Affaire Maudet, affaire Fischer. Dans le second cas, on a vu les partisans du premier se réjouir comme des petits fous des malheurs de l’ex-ministre Verte. Leur joie vengeresse, disons-le, avait quelque chose de pathétique, comme si les ennuis de Mme Fischer avaient pour vertu d’atténuer la première affaire. A ce niveau d’adhésion sectaire à un homme providentiel, la valeur grognarde d’une garde prétorienne, style dernier carré à Waterloo, noble chose en soi, cède hélas la place à l’aveuglement vindicatif. On espère autre chose de l’action politique : admirer un homme c’est bien, lui être fidèle, mais nourrir sa vie de ruminations revanchardes précipite dans l’impasse. Quant au groupe parlementaire qui soutient ce magistrat, on attend de lui, comme de tout élu législatif, indépendance, contrôle implacable de l’exécutif, y compris de son propre magistrat.

     

    Affaire Maudet, affaire Fischer, tant d’autres encore. La leçon de tout ça, c’est la noirceur immanente du pouvoir. De tout pouvoir, d’où qu’il vienne ! Politique, certes, mais aussi économique, social, patriarcal, et jusqu’à la tyrannie entre deux amants. Dès qu’une personne, homme ou femme, gauche ou droite, gentil ou méchant, occupe une position de pouvoir, elle aura naturellement tendance à un abuser. J’ai vu six fois Léo Ferré sur scène, entre 1978 et 1990 : les six fois, à la fin du spectacle, il nous disait : « N’oublie pas que le pouvoir, tout pouvoir d’où qu’il vienne, c’est de la merde ». Excellente semaine.

     

    Pascal Décaillet

  • Guichets fermés

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.06.24

     

    En 2024, à quoi sert encore la Poste ? À quoi, si ce n’est à annoncer des fermetures de filiales, comme elle l’a fait le 29 mai ? Ce qui fut, naguère, un fleuron de notre pays, et jusqu’à incarner la Suisse elle-même, sur les cartes postales, les décors de trains électriques, donne l’impression aujourd’hui d’un vaisseau-fantôme, en perpétuelle dérive.

     

    La Poste a l’âge de la Suisse moderne : elle a été créée en 1849, juste un an après la Suisse fédérale, celle des radicaux, entreprenants, imaginatifs, révolutionnaires. En 1920, ce furent les PTT, contenant les services postaux et le téléphone en pleine éclosion. Et le 1er janvier 1998, date funeste, ce fut ce triste divorce, fruit de la mode ultra-libérale de l’époque : on créa d’un côté la Poste, de l’autre Swisscom.

     

    Il fallait parler anglais, privatiser tous azimuts, faire moderne et clinquant, oublier toute notion d’Etat, de service public. Cette idéologie fut dévastatrice, je le disais (bien seul), sur le moment, je le répète, plus que jamais, aujourd’hui.

     

    Depuis, la Poste a voulu jouer dans la cour des grands. Elle s’est tellement diversifiée, dans les points de vente, qu’elle ressemble parfois à un bazar. Et là où il aurait fallu foncer dans la numérisation, elle donne au contraire l’impression d’avoir pris du retard. Tout cela, toute cette errance, à cause du Veau d’or libéral. Ces gens-là, un jour ou l’autre, devront rendre des comptes.

     

    Pascal Décaillet