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Commentaires GHI - Page 4

  • L'homme, ou la structure ? Les deux, Mon Général !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.01.26

     

    C’est une immense erreur que de vouloir personnaliser la politique. Et c’est un lecteur enragé, depuis plus d’un demi-siècle, de biographies des grands hommes d’Etat qui vous le dit. De Gaulle, Mendès France, Mitterrand, Willy Brandt, Nasser, Bismarck, Frédéric II de Prusse, remplissent mes bibliothèques. Alors, quoi ? L’homme, ou les mouvements structurels, plus lents, plus complexes, plus anonymes ? La vérité se tisse de ces deux démarches mêlées. D’un côté, l’empreinte puissante d’un grand homme, ou femme, sur son temps. Celle, écrasante, de Napoléon sur le destin de l’Europe, entre 1796 et 1815. Celle d’Alexandre, sur les destins croisés de la Grèce et de l’Orient. De l’autre, l’indispensable analyse, en profondeur, des causes économiques, sociales, de tel événement, telle guerre.

     

    A la première démarche, nous invite notre propre passion, chacun de nous, pour le trajet biographique d’un autre humain, ce destin habité sur terre, de la vie à la mort. Son enfance, sa formation. Ses lectures. Ses modèles. Le maître absolu, en la matière, est évidemment Plutarque, l’auteur, en grec (mais à l’époque romaine), il y a deux mille ans, des Vies parallèles. Plutarque, génial biographe, lu dès l’enfance par Jean-Jacques Rousseau. Inspirateur de Beethoven. Je l’ai lu, dans la langue originale, autour de mes vingt ans, grâce à André Hurst ou Olivier Reverdin, peu importe lequel, ces deux défricheurs de chemins étaient magnifiques.

     

    La lecture de Plutarque vous emporte. L’homme décrit par le biographe, vous le sentez vivre sous vos yeux. Avec un seul auteur, né deux mille ans plus tard, j’ai éprouvé la même intensité de restitution : Jean Lacouture, incomparable biographe de Charles de Gaulle, Mauriac, Léon Blum, Champollion, Hô Chi Minh, Nasser, et des leaders émergents du monde arabe. Maintes fois, j’ai discuté avec lui, je l’ai interviewé, C’était un Bordelais délicieux d’intelligence, de saveur, de vivacité.

     

    L’autre démarche est plus austère. C’est celle de l’historien Thucydide, qui explique d’ailleurs lui-même sa méthode, il y a 25 siècles, au début de la Guerre du Péloponnèse. Pour faire court, il nous annonce qu’il ne va pas nous raconter des histoires, ni chercher à plaire, mais restituer au mieux le réel, en analysant le fond des choses. Sa Guerre du Péloponnèse est un monument, De méthode. De rigueur. De lucidité. D’intelligence. Mais sa lecture est difficile. On est loin du génie narratif d’Hérodote, même époque à peu près, quand il nous décrit l’Egypte. Mais chez Thucydide, on va chercher les causes profondes de l’impérialisme d’Athènes, ou celui de Sparte. L’économie. Les matières premières. Le jeu de domination sur les Cités grecques, satellisées par l’une ou l’Autre. C’est puissant. C’est du Karl Marx, 24 siècles avant. C’est implacable.

     

    Je suis un fou d’Histoire politique. Je vous invite à cheminer dans ces deux voies de compréhension des événements : la vie des grands hommes et femmes. Mais aussi, l’austérité d’un Thucydide. Ou celle, géniale dans l’analyse, d’un Karl Marx.

     

    Pascal Décaillet

  • Sauver le modèle allemand

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.01.26

     

    L’effondrement industriel de l’Allemagne : voilà un vrai problème ! Il éclaire la faiblesse actuelle du continent européen. Et jusqu’à nos fragilités économiques suisses.

     

    Depuis Frédéric II, le grand roi de Prusse (1740-1786), et ses conquêtes de la Silésie et de la Poméranie, l’Allemagne s’est lancée dans la grande aventure de transformation de la matière. L’Histoire de son industrie, de sa sidérurgie, ces deux derniers siècles, est l’Histoire de l’Allemagne elle-même. Visiter le Musée de la Mine à Bochum (Ruhr, Rhénanie du Nord – Westphalie), c’est tout comprendre sur la Révolution industrielle, ses aspects économiques et sociaux.

     

    Je vous en conjure : allez passer vos vacances en Allemagne ! Visitez des usines. Promenez-vous dans des friches industrielles. Ça vaut tous les livres.

     

    Première puissance industrielle d’Europe, quatrième du monde ? Plus pour longtemps, si l’effondrement se poursuit. Dans une Allemagne paupérisée, qu’adviendra-t-il du remarquable système social mis en place dès les dernières années de Bismarck ? Et qui a traversé plus d’un siècle ? Nul, en Europe, n’a intérêt à un affaiblissement industriel de l’Allemagne, encore moins à une fragilisation des rapports sociaux.

     

    L’Allemagne que nous aimons, c’est celle de Willy Brandt : vitalité économique sans précédent, mais système social à visage humain et responsable. Voilà, en Europe, un modèle à sauver.

     

    Pascal Décaillet

  • Soyons plus Suisses que jamais !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.01.26

     

    Etats-Unis, Chine, Russie : le retour des empires, avec des appétits territoriaux assumés, domine le monde. Il y en a pour plusieurs années, ce qu’on appelle un cycle. Partout, on nous parle de guerres. Tout le monde se réarme. Les budgets militaires grimpent. Les gens commencent, même dans nos pays apparemment épargnés, à avoir peur. Ambiance difficile, presque angoissante, peu portée à un regard serein sur l’avenir. Dans ces conditions, tellement en rupture avec les décennies de candeur suite à la chute du Mur, et la théorie bidon des « dividendes de la paix », ou, pire encore, de « fin de l’Histoire », que doit faire la Suisse ? Que peut-elle faire, seulement ?

     

    Le première chose est de garder notre calme. S’informer, bien sûr, mais en se méfiant comme de la peste de toutes les propagandes. En période de guerre, ou de préparation à la guerre, la maîtrise de l’information est l’une des composantes du combat. Nous méfier du narratif de Moscou ? Certes. Mais, tout autant, et sans doute plus encore, de celui de Washington. Il n’y a pas de bons ni de méchants, il y a des empires immenses dont les chefs bombent le torse. Le « droit international », c’est fini, pour peu qu’il n’ait jamais eu, depuis 1945, la moindre pertinence. Les Américains « amis » de l’Europe, c’est fini. Quant à l’Europe elle-même, ce continent dont nous sommes et que nous aimons tant, elle n’a nulle existence politique. Encore moins, diplomatique. Encore moins, militaire et stratégique. A Bruxelles, une oligarchie de fonctionnaires pond des directives. Est détestée par les peuples. Et fait la morale. C’est rafraîchissant, pour les cabarettistes. Mais, en termes de crédibilité, c’est un peu juste.

     

    La Suisse ? Notre pays est minuscule. Nous ne sommes pas dans la cour des grands, nous n’y fûmes jamais. Mais ce petit pays, nous l’aimons. Il est le nôtre. Il est nos paysages. Il est nos souvenirs, notre passé. Il est ce présent incarné par les gens, autour de nous, que nous aimons. Il est notre Histoire. Il est notre démocratie directe, unique au monde, où le peuple a le dernier mot. Il est ce fédéralisme si subtil, où nulle minorité n’est bafouée. Il est cette passion commune de faire vivre le pays, son énergie, sa vitalité, son économie, ses lois. Il est notre rapport au passé, à la mémoire, à nos cicatrices, cette nostalgie qui nous prend à la gorge. Il est nos grands drames nationaux, nous venons d’en vivre un, majeur, en ce début d’année.

     

    Nous, Suisses, n’entrons jamais dans une alliance. Soyons amis de tous les peuples du monde, apprenons leurs langues, leur Histoire, renseignons-nous passionnément, soyons une terre de dialogue et de paix. Mais, plus que jamais, méfions-nous des puissants. Méfions-nous du pouvoir. De tout pouvoir, d’où qu’il vienne. Défendons simplement nos valeurs. Soyons, plus que jamais, solidaires à l’interne. N’abandonnons aucun de nos compatriotes. Avant toute chose, soyons souverains. Nos lois se décident à Berne, ou dans les cantons. A Berne, et pas à Bruxelles. Encore moins, à Washington.

     

    Pascal Décaillet