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Commentaires GHI - Page 4

  • G7 : colère, indignation, révolte !

     

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.06.26

     

    Immense colère : deux mots, pour désigner au mieux ce que j’éprouve, dans la perspective du 14 juin prochain. Il faudrait dire « colères », au pluriel, je vais les recenser. Mais au final, « colère », au singulier tout de même, comme un seul magma, quand ça vous prend à la gorge, ça s’agrippe à vous, et vous sentez bien que des dizaines de milliers de gens, autour de vous, à Genève, éprouvent un sentiment similaire.

     

    Colère no 1. Je l’ai exprimée ici, il y a plusieurs mois, en amont de ce mois de juin de tous les dangers, lorsque nous avons appris, nous qui avons si intimement connu Genève face au G8 en 2003 (j’étais producteur de Forum, à la RSR), que toute cette saloperie d’il y a 23 ans allait, sur un même scénario écrit d’avance, recommencer.

     

    Colère no 2. Contre le G7 lui-même, et là je vais totalement dans le sens de ceux qui le contestent. Contre ce club de riches, de puissants, de dominateurs économiques et financiers de la planète, d’exploiteurs du Tiers Monde. Figure de proue, ces temps : le Roi Ubu locataire de la Maison Blanche, caricature que ni Alfred Jarry, ni les personnages de puissants les plus extrêmes issus du génie absolu de Bertolt Brecht, ne parviennent à dépasser. Ces sept pays dominateurs, qu’ils aillent à Evian, si bon leur semble. Mais jamais la Suisse n’aurait dû les accepter sur son sol, même pour fouler son aéroport. En amont, immédiatement, il aurait fallu dire à Macron : « C’est Lyon-Satolas, puis vous assumez les transferts, hélico ou autre, sur Evian. Mais nous, Suisses, ne sommes pas membres du G7. Nous ne voulons revivre en aucun cas le cauchemar de 2003 ». Mais pour un tel langage, il eût fallu, au Conseil fédéral, quelques onces de courage.

     

    Colère no 3. Celle-ci m’est plus personnelle, mais je pense que des milliers de lecteurs s’y reconnaîtront. Voilà quarante ans que je consacre ma vie professionnelle à faire vivre les enjeux politiques et citoyens de la Suisse. Des milliers de débats, d’abord en deux décennies de radio, puis deux décennies de TV, sur Léman Bleu. Et il se trouve que ce dimanche 14 juin, la journée que tout Genève redoute, est aussi le jour de ce rituel sacré qui s’appelle les votations. Dans toute la Suisse. Il se trouve, aussi, que l’un des objets, la Suisse à dix millions, constitue l’un des enjeux les plus attendus de ces dernières décennies. Et il se trouve encore que mon « Grand Genève à Chaud », en direct 19h ce 14 juin, contre vents et marées, c’est à cela que je le consacrerai. Même si, bien sûr, nous couvrirons au plus près les événements liés au G7. Et il se trouve, enfin, que, coïncidence (qu’on aurait pu éviter !) du calendrier ou non, je suis révulsé qu’un sujet concernant aussi immensément notre destin commun de citoyens suisses, puisse être éclipsé par des troubles potentiellement gravissimes, liés à un club ce nantis dont nous ne sommes pas membres, et à une réunion se déroulant sur territoire français. Cela, au nom de cette primauté aux enjeux suisses que je défends avec tant de véhémence, dans ce journal comme ailleurs, depuis tant d’années, cela oui, je ne le pardonnerai pas.

     

    Pascal Décaillet

  • Vomissure verbale

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.05.26

     

    Qui osera, enfin, tordre le cou à cette insupportable idéologie des « start-up », dont on nous bassine depuis un quart de siècle ? Car enfin, j’en sais quelque chose, on peut parfaitement fonder son entreprise dans la discrétion, sans jouer dans la cour des snobinards en lui balançant un titre en anglais, sans clamer à la cantonade qu’on va « révolutionner le monde du travail ». Et surtout, sans commencer, avant même de s’être retroussé la moindre manche, par emprunter des sommes mirobolantes, sous prétexte, culot suprême, d’avoir « l’indispensable coussin de départ pour se lancer ».

     

    Toute cette idéologie des « start-up », que j’ai condamnée dès le départ il y a 25 ans, n’est qu’un enfant perdu de la dérive ultra-libérale née de la chute du Mur. Cette folie anglo-saxonne, californienne notamment, consistant à vomir l’Etat, promouvoir la seule réussite individuelle, promettre aux jeunes un enrichissement facile. Du vent ! De la vomissure verbale ! Du détournement de sens !

     

    On les a vus, ces prétentieux, hélas Grosjean comme devant, deux ou trois ans après avoir lancé leur « start-up », mettant la clef sous le paillasson, déléguant à l’Etat, donc aux contribuables, le coût social de leurs errances. A l’opposé, respectons, encourageons les petits entrepreneurs, artisans, discrets et bosseurs. Ce sont eux, le vrai trésor de la Suisse, le vrai secret de sa réussite.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La dette est une faute morale

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 27.05.26

     

    Vous connaissez sans doute le fameux double sens donné par Martin Luther, dans sa traduction de la Bible en allemand, en 1522, au mot « Schuld ». Pour lui, ce mot peut signifier à la fois la dette (une somme d’argent que l’on doit à quelqu’un) et la faute morale. Celle d’un meurtrier. Celle d’un voleur. Dans l’univers francophone, ça n’est pourtant pas la même chose : un débiteur, qui après tout rembourse, et finit par régler ses comptes, ne saurait être comparé à celui qui dérobe, dévalise, ou, pire, tue un humain. Passionné par l’Histoire de la langue allemande, des mots allemands, Luther, les Frères Grimm, je me demande depuis des décennies si cette différence de champ sémantique, entre l’univers germanique et celui des francophones, n’a pas conditionné, au fil des siècles, la perception même de la dette publique, au niveau d’un Etat, d’un Land allemand, d’un Canton suisse, d’une municipalité, ou même d’un ménage, d’un individu. Y compris, à l’intérieur de la Suisse, une sacrée ligne de fracture entre Romands et Alémaniques.

     

    A titre personnel, toute dette, toute idée d’être débiteur de quelqu’un, me révulse. Comme petit entrepreneur, depuis vingt ans, j’ai toujours opté pour une gestion prudente, limite timorée, excluant toute gourmandise dans les « investissements », et surtout toute dépendance par rapport à un usurier. Cette prudence, je la tiens de mon père. Et au niveau d’un Etat ? Là, vous le savez, les écoles s’affrontent. La gauche veut dépenser à souhait. La droite veut bien une dette « d’investissement », à condition qu’elle soit sévèrement encadrée, mais refuse la dette « de fonctionnement ». Pour ma part, partisan de la rigueur absolue, je m’oppose à toute dette, même d’Etat.

     

    Regardez la France : ce cher voisin, que nous aimons, dont nous admirons la grande Histoire, les poètes, les musiciens, est aujourd’hui rongé par la gangrène de la dette publique. Plus de 3'600 milliards d’euros ! C’est un chiffre colossal, une honte publique, une FAUTE MORALE de tous les pouvoirs successifs, de droite comme de gauche, depuis un demi-siècle. Le dernier Président des chiffres noirs est Georges Pompidou, mort le 2 avril 1974. Cela signifie que, pour les générations qui vont suivre, l’avenir est plombé par le remboursement de la dette. Avec les intérêts, bien sûr. Ceux qui endettent le pays, le liant à des créanciers pratiquant l’usure légale pour s’enrichir, commettent une FAUTE MORALE majeure. Ils transmettent à leurs enfants le poids de leur faute. Ils ruinent le crédit de leur pays, à l’international, mais aussi le rapport de confiance avec la classe politique. Le problème no 1 de la France, c’est la dette. Il faudrait, de longues années, toute la rigueur d’un Mendès France, pour commencer à régler le problème. Hélas, nous en sommes loin.

     

    Nous les Suisses, refusons la dette ! Combattons-la, dans les Cantons comme au niveau fédéral. La force d’un pays, son crédit, ce sont des finances publiques saines, une monnaie forte, et un peuple qui bosse. Les Allemands en savent quelque chose. Nous, les Suisses, demeurons rigoureux et prudents !

     

    Pascal Décaillet