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Commentaires GHI - Page 4

  • Pour l'air de liberté, je suis triste

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 02.09.26

     

    Lorsque Jean-Marie Fleury m’a annoncé sa décision de mettre un terme à la grande et belle aventure de GHI, j’ai été pris de tristesse. Pour le journal. Pour tous ceux qui y travaillent, avec cœur et compétence. Et puis, surtout, pour Genève, son paysage auquel ce journal appartient, ce passé des six dernières décennies, ces histoires qu’on se raconte dans la rue, dans les trams, dans les bistrots. GHI est un journal populaire, ça n’est pas si simple de parler au grand nombre, toucher les gens, par des sujets qui les concernent directement, leur proposer, dans des chroniques, des plumes, des regards, des sensibilités bien marquées, plutôt que céder à la facilité de l’uniforme, du grégaire.

     

    GHI : toute l’Histoire de ce journal est marquée par l’audace et le courage. Il en fallait, du souffle, pour le lancer en 1970, affronter les baronnies de l’époque, se chercher une existence au milieu des installés. Le Journal de Genève, la Suisse, la Tribune de Genève, le Courrier. C’était l’empire du papier, imprimeries et rotatives étaient à Genève. Au Journal de Genève, où j’ai accompli mes premières années, rue du Général-Dufour, la rotative était au rez-de-chaussée, la saisie des textes et la mise en pages au premier, la rédaction au deuxième étage. Il faut avoir connu cette unité géographique, cette densité de métiers, de compétences, œuvrant dans un même lieu, avec un objectif commun, un seul : sortir le journal. Le bébé, chaque soir, entre minuit et une heure, on le voyait physiquement sortir des presses encore chaudes, on en prenait un exemplaire, on le humait, tandis que les milliers d’autres partaient à l’expédition.

     

    Peu importe, finalement, qu’un journal soit de gauche ou de droite. L’important, c’est qu’il y règne un air de liberté. Tant de chefs de rédactions la proclament, sans pour autant l’appliquer. Ils ne sont plus des patrons de presse. Ils sont devenus des pions, dans le jeu de grands éditeurs, obsédés par l’idée de maximiser le profit. La plupart de ces géants ne sont même plus suisses, les capitaux sont allemands, l’actionnariat multinational, sans racines identitaires liées à une communauté d’appartenance : un canton, une nation. Face à cela, la force de GHI a toujours été de se revendiquer genevois, ancré dans les réalités, les histoires, les petits secrets, les rêves de cette ville, ce canton. J’aurais tant voulu que cette aventure continue, défier les pouvoirs, les arrogances d’en-haut, les pactes de loups, passés entre les puissants. Et à Genève, je ne suis pas le seul, je crois.

     

    Je regrette infiniment la fin de cette aventure. Elle m’a permis de respirer librement, comme je le fais sur mon blog et dans mes émissions, condition sine qua non, pour moi, à l’exercice du métier. En quinze ans de collaboration externe, comme chroniqueur, je n’ai jamais été l’objet d’une quelconque censure, de la part de l’éditeur. Pour tous les collaborateurs du journal, je suis triste. Pour Genève, je suis triste. Pour l’air de liberté, je suis triste.

     

    Pascal Décaillet

  • Le terrain, tel qu'il est

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.08.26

     

    En Suisse, près d’une personne sur trois vote UDC. Idem en France, avec le RN. Dans la gauche française, la France Insoumise domine le terrain. Juste après la guerre, c’étaient les communistes. Puis, François Mitterrand a renversé la vapeur, en imposant le PS comme première force à gauche, coup de génie d’ailleurs. Eh bien aujourd’hui, c’est LFI. Le vent tourne. Des idées nouvelles, ancrées dans les réalités d’aujourd’hui, s’imposent. Un chef charismatique, Mélenchon, mène une campagne redoutable. C’est ainsi. Ce sont les faits. Rien ne sert de regretter les temps passés. Il faut voir le champ politique, tel qu’il est.

     

    Et ne parlons pas de l’AfD, en Allemagne. En vue des prochaines élections fédérales, elle ne cesse de grimper. Surtout, dans les Länder (les élections régionales sont capitales, Outre-Rhin), elle est créditée de chiffres à donner le vertige. A gauche aussi, les solutions radicales, dont certaines issues du communisme de la DDR, dont la nostalgie est considérable en Prusse, en Saxe et en Thuringe, relèguent le SPD, vieux parti issu des combats de barricades en 1848, le parti du grand Chancelier Willy Brandt (1969-1974), au rang de second rôle. Là aussi, ce sont les faits.

     

    On peut, bien sûr, rêver le renverser la vapeur. Maintenir sous perfusion l’Ordre Ancien, celui des années d’après-guerre. Mais la politique est affaire de réalités. Et non de chimères.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Santé : un nouveau scandale !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.08.26

     

    Un scandale de plus, dans le domaine de la santé publique, en Suisse. Les rabais sur les médicaments, ainsi que d’autres avantages octroyés par les pharmas aux fournisseurs, cabinets médicaux, pharmacies, hôpitaux, en tout 743 millions par an, ne sont répercutés qu’à hauteur de 12% sur les assureurs et les assurés ! Le Contrôle fédéral des finances dénonce cette injustice.

     

    Le scandale ? Sachons voir large, et traduire les débats médicaux en termes d’intérêt général, de primauté du politique sur l’administration, et non en pesées d’apothicaires. Le scandale, c’est la déficience de contrôles de l’OFSP (Office fédéral de la Santé publique), chargé de veiller, depuis 2020, à la bonne répercussion de ces rabais. Trop occupé à régenter les Suisses d’une main de fer, à l’époque du Covid ?

     

    Le scandale, c’est l’absence d’un vrai contrôle politique, par le peuple et ses élus, sur l’armada de fonctionnaires de la Confédération. Le scandale, c’est l’opacité totale de notre système de santé. On a l’impression que la machine tourne seule, hors d’une volonté humaine. Où est la politique ? Où est la Cité ? Où est l’intérêt général ? Où sont la défense, la protection des plus faibles ?

     

    Le scandale, c’est que la santé publique, en Suisse, échappe une fois de plus à la clairvoyance, à la légitimité d’une vision politique. Il existe pourtant une solution : nationaliser le secteur des médicaments. La main invisible du marché, ça suffit !

     

    Pascal Décaillet