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Commentaires GHI - Page 2

  • Périclès, l'hommage aux morts, vous connaissez ?

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.04.26

     

     

    En temps de guerre, l’intox généralisée submerge la planète. Tous les belligérants du monde, à toutes les époques, accompagnent leurs actes de guerre d’un discours de propagande. Celui qui fait la guerre s’emploie, dans le même temps, à produire des mots, des formules, destinés à la justifier. Au fur et à mesure qu’il livre des batailles, il élabore sa version de leur succès, de sa supériorité sur le terrain, de sa progression vers la victoire. Ce discours, qui est l’une des armes de la guerre, parmi les autres, s’adresse à de nombreux destinataires. D’abord, son propre camp : le fortifier dans sa rage de combattre, ancrer la légitimité de la guerre, sa nécessité vitale pour la communauté qui la mène, lui dessiner des objectifs de victoire. Mais aussi, on s’adresse au camp adverse, qui doit bien saisir notre détermination à aller jusqu’au bout. Et trembler devant notre force, notre union. Enfin on fait savoir à la communauté des autres nations qu’on est en train de gagner, et qu’il faut parier sur nous pour l’avenir. Par exemple, en nous livrant des armes.

     

    Lisez les historiens antiques. Je les ai pratiqués très jeune, dans la langue, et ne les jamais vraiment abandonnés, malgré ma passion totale pour l’Histoire contemporaine. Lisez Hérodote, Thucydide, les deux grands du Cinquième siècle avant notre ère, très différents dans la démarche. Lisez Polybe. Lisez Plutarque. Chez les Latins, lisez Salluste, Tacite, Tite-Live. Tous, déjà, nous racontent des batailles, mais tout autant ils nous restituent les discours des antagonistes. Le plus célèbre, et peut-être le plus beau, est celui de Périclès où il rend hommage aux soldats athéniens morts durant la première année de la Guerre du Péloponnèse. Il y célèbre les morts, mais il place soudain ce conflit dans une dimension politique beaucoup plus large, en nous exposant ce système, en vigueur à Athènes il y a 2500 ans, « où l’Etat est administré pour la masse et non pour une minorité », qu’on appelle « démocratie » (Guerre du Péloponnèse, II, 35-43). C’est un immense moment de rhétorique grecque. Mais c’est aussi, certes avec une classe insurpassable, un discours de propagande, chargé d’ancrer les sacrifices dans une grande cause.

     

    J’invite tous les profs du monde à lire ce passage de Thucydide avec leurs élèves. Et à leur parler de la place et du rang des mots dans la guerre. Dans celle du Péloponnèse, il y a 2500 ans. Dans les guerres des Athéniens contre les Perses. Celles des Romains contre Carthage, contre la Numidie, contre la Gaule, contre la Dacie (génialement résumée dans la Colonne de Trajan, à Rome). Dans celle d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran. Dans celle des Alliés contre les Allemands, en 1943, 44 et 45. Initiez vos élèves au décryptage des mots. Tous les mots, ceux des vainqueurs, ceux des vaincus, ceux des gentils, ceux des méchants, ceux des colons, ceux des opprimés. La seule école de lucidité, c’est celle qui passe par l’Histoire et par la linguistique. Se renseigner, s’imprégner de toutes les versions. Plutôt que de moraliser.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La mer Rouge

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.26

     

    Bien sûr, il y a l’arrivée du printemps. Le retour de la vie. Déméter, Perséphone. Rituel vieux comme le monde. Avant la mythologie grecque. Avant les grands textes bibliques. Bien sûr, en nous promenant dans les vignes, en février ou mars, face à la ligne épurée, cistercienne, des ceps, nous sommes tous en espérance des premiers feuillages. Bien sûr, il y a ce temps d’attente.

     

    Bien sûr, il y a tous ces textes, éblouissants, sur le Passage. Il y a la mer Rouge. Il y a la Terre promise. Il y a tout ce travail, immense, intérieur à chacun de nous, pour permettre, un jour, une ouverture. Il y a les Passions de Bach, toute cette architecture de l’attente, sublimée par une musique sans égal. Il y a les poèmes du Roumain de langue allemande Paul Celan (1920-1970). Du Pont Mirabeau, il s’est jeté dans la Seine. Laissant derrière lui une œuvre unique, construite autour du vide. Le néant.

     

    Bien sûr, il y a tous les rituels du Passage de l’Empire romain d’Orient. Byzance. La Grèce du Nord, celle des monastères. Les Coptes. Les Syriaques. Un homme, mieux que tous, nous en parlait : Georges Haldas.

     

    Tout cela, bien sûr.

     

    Et puis, comme le feu, ces quelques lignes, passantes, énigmatiques, où il est question d’un Tombeau, trouvé vide, un certain matin. Et, face à ce texte, chacun de nous, seul. A chacun, son chemin. A chacun, son passage. A tous, aux Hébreux comme aux Égyptiens, oui à tous, je souhaite de Joyeuses Fêtes de Pâques.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La messe sera dite. Quelle messe ?

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.04.26

     

    C’est reparti pour le scénario habituel. Il règne, dans la politique suisse, comme un parfum d’inéluctable. Une liturgie, toujours recommencée. L’UDC avance une initiative. Tout le monde est contre. L’UDC, comme un lion, se bat pour son texte. La masse des autres, en face, jouit du soutien des milieux patronaux, qui dépensent des sommes astronomiques. Souvent, malgré tout, l’UDC gagne, un beau dimanche, auprès du peuple et des cantons. Dans ces cas-là, comme après le OUI à l’initiative du 9 février 2014 sur l’immigration de masse, la coalition des perdants s’arrange, dans les conciliabules bernois, pour éviter à tout prix de mettre en application la volonté du souverain. Liturgie ? Oui. Mêmes mots. Mêmes anathèmes. Le moins qu’on puisse dire, c’est que notre personnel politique, tous partis confondus, ne brille pas par la réinvention du verbe. On ressort les grimoires. Les lèvres articulent les mêmes syllabes. L’argument, remplacé par l’incantation.

     

    Le 14 juin prochain, l’UDC propose de plafonner à dix millions le nombre d’habitants de la Suisse. C’est un vieux thème : dès la fin du dix-neuvième siècle, plus fortement au début du vingtième, on saisit régulièrement le peuple, ou l’opinion publique, du sujet de l’Überbevölkerung, la surpopulation. C’est la vieille peur d’un très grand nombre de nos compatriotes, qui ne sont ni des fascistes, ni des xénophobes. Ce sont, simplement, des esprits géographiques. La moindre des choses, pour connaître un pays, est d’en observer le terrain. Le relief. L’hydrographie. Les zones habitables. Très vite, on voit que le territoire vivable, en Suisse, est loin d’être extensible à souhait. Ce territoire mité, par une politique de constructions longtemps sauvage et déréglée. Franz Weber, l’un de nos plus lumineux contemporains, avait parfaitement saisi cela. L’initiative Ecopop aussi, méprisée par les élites.

     

    Toujours, sur ce genre de thèmes, l’UDC voit se dresser face à elle un double front. D’un côté, un patronat avide de profit financier, peu regardant sur les salaires minimaux, ouvert à l’immigration pour mieux pratiquer la sous-enchère. Ce sont eux, les principaux profiteurs de la libre-circulation des personnes. Eux, et non le peuple, surtout pas ces classes moyennes étouffées par les charges, l’impôt confiscatoire, pour financer des infrastructures toujours plus coûteuses, à cause de la masse migratoire. Et puis, en alliance malsaine avec ces ultra-libéraux qui détestent l’Etat, il y a, trois fois hélas, la candeur internationaliste de la gauche et des syndicats. Ceux-là, depuis longtemps, ne défendent plus les Suisses qui souffrent, qui perdent leur travail. Ils n’ont qu’une chose à la tête : promouvoir la libre-circulation des masses venues d’ailleurs, au nom d’un universalisme béat, inculte, sans frontières. Contre l’UDC, le 14 juin prochain, c’est exactement cette alliance-là que nous retrouverons. Ils auront mis des dizaines de millions dans la campagne. Liturgie. Puissance de l’inéluctable. La messe sera dite. Quelle messe ?

     

    Pascal Décaillet