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Commentaires GHI - Page 2

  • L'impôt oui, la tonsure ovine, non !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.02.26

     

    Pourquoi payons-nous des tonnes d’impôts ? Parce que des parlementaires, de gauche comme de droite, cantonaux ou fédéraux, ont un jour voté majoritairement de nouvelles dépenses. C’est formidable, une nouvelle dépense, ça vient alimenter la mythologie du progrès, ça renforce la réputation de l’Etat social, ça donne du prestige, ça permet de se faire réélire. Que du bonheur. Ils sont champions, les élus, dans la rassurante tiédeur d’un cénacle, pour voter des crédits qui ne seront pas financés par eux, mais par les contribuables. Ceux des Cantons. Et ceux de la Confédération. Qui sont d’ailleurs les mêmes, doublement imposés, mais c'est un détail.

     

    A Genève, l’impôt n’est versé que par environ 60% de la population. Près de 40% des gens, en-dessous du seuil, n’en payent pas ! Mais ceux qui payent, passent à la caisse, et ça fait mal. On a beau être un citoyen adulte, mûr et vacciné, féru d’Histoire et de responsabilité collective, bref tout sauf une brute individualiste et ultra-libérale, ne contestant nullement le principe de l’impôt, soucieux de cohésion sociale, il y a un moment où on n’en peut simplement plus.

     

    Un moment où travailler semble inutile, à part le plaisir qu’on n’y éprouve, pour ceux qui ont au moins cette chance. Pour les classes moyennes, essorées à l’extrême, plus possible de mettre un seul sou de côté. Charges sociales. Impôts. Loyers délirants. Carence de logements vacants. Primes d’assurance maladie. Et, pour ces classes-là, entre les assistés et les nababs, pas un seul centime de subvention ! D’ailleurs, quantité de ces gens n’ont absolument pas la mentalité d’aller quémander un seul centime à l’Etat. Pensez aux indépendants, les petits entrepreneurs, qui financent eux-mêmes la totalité de leurs retraites, payent un loyer professionnel, des assurances sur leur entreprise, la TVA, n’ont aucune garantie de travail, crèvent de trouille à l’idée de perdre un mandat ou tomber malades, vous croyez qu’ils auraient l’idée d’aller réclamer de l’aide ? Non, non, et non ! Ça n’est, tout simplement, pas dans leur tempérament, leur vision du monde.

     

    Alors, de grâce au moins une chose. Un peu de respect, dans la République, pour ceux qui bossent. Ce sont eux qui financent l’Etat social. Eux qui triment, et triment encore, et ne reçoivent jamais la moindre aide. Eux que les élus, grands seigneurs soucieux de leur blason, tondent comme moutons d’Ecosse, sur la lande. Certains d’entre eux n’en peuvent plus. Envisagent de quitter Genève. Les libéraux ne songent même pas à les retenir, ils sont trop soucieux de ménager les toutes grandes fortunes, les multinationales, la « Genève internationale », la banque privée, le capitalisme mondialisé. Et l’humain, dans tout ça ? Et la valeur travail ? Et la dimension sociale de l’entreprise, dont parle si admirablement Léon XIII, dans son texte fondateur, l’Encyclique Rerum Novarum, en 1891 ? Et les réflexions, aujourd’hui mises de côté, pourtant si pénétrantes, de Karl Marx sur le travail, face au Capital ? Alors, désolé, l’impôt oui, bien sûr, mais la tonsure ovine pour la laine d’Écosse, ça suffit !

     

    Pascal Décaillet

  • La Colline inspirée

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.02.26

     

    Diction, Histoire de l’art : ces deux branches majeures, et magnifiques, sont en danger de disparition au Collège de Genève. Levées de boucliers, mobilisations : cela suffira-t-il ? Empoignons le problème, non pour défendre la corporation des intéressés, mais celle, essentielle et centrale, des élèves.

     

    J’ai passé ma propre Maturité fédérale, type A (latin-grec), il y a cinquante ans, le 7 avril 1976. A l’époque, il n’était pas question de diction. Ni d’Histoire de l’art. Si cette dernière avait été possible, je l’aurais très volontiers troquée contre, par exemple, la physique ! Mais c’était une autre époque.

     

    La diction nous invite à habiter corporellement la langue et les syllabes. Le souffle. Les silences. Les intonations. L’Histoire de l’art nous initie aux grandes œuvres, les ausculter, les décrypter. Dans les deux cas, des ondes merveilleusement positives. Après deux heures de maths, avec des dérivées et des intégrales, et une heure de physique, franchement ça fait du bien ! A 17 ans, ça m’aurait fait du bien. Aux jeunes d’aujourd’hui, ça fait du bien ! Ça ouvre des horizons. Ça élève.

     

    Bien sûr, nulle branche n’est indispensable. Pas plus, d’ailleurs, que de fréquenter à tout prix le Collège. Mais il est des lieux, écrit Barrès au début de sa Colline inspirée, où souffle l’esprit. De grâce, qu’il souffle ! Et souffle encore !

     

    Pascal Décaillet

  • Oser dire non aux Verts !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.02.28

     

    En ce milieu, déjà dépassé, de législature 2023-2028, le Conseil d’Etat genevois a-t-il une cohérence idéologique ? Une épine dorsale ? Un programme de législature qui repose sur une philosophie politique, plutôt qu’un amoncellement administratif ? A-t-il un cap, tient-il le gouvernail, plutôt que d’errer, tel un Vaisseau fantôme, au gré des vents ? Travaille-t-il en intelligence interne, plutôt qu’en juxtaposition de sept baronnies, indifférentes les unes aux autres ? A-t-il du courage, celui de dire OUI, mais aussi parfois celui de dire NON ? Tient-il ses engagements de campagne ? Respecte-t-il la très nette majorité de droite plébiscitée par le peuple au printemps 2023 ? Voit-t-il, simplement, que la mode de la doxa Verte des quinze dernières années, une vague sur Fukushima, puis une autre sur le climat, s’est nettement tassée ? Voit-il, tout court ? N’est-il pas dans la nuit ?

     

    Une question, claire : en quel honneur, et en vertu de quel basculement, le Conseil d’Etat genevois a-t-il cru bon, le mercredi 4 février, de se prononcer en faveur de l’initiative Verte sur le « Fonds Climat » ? Une initiative fédérale de gauche, sur laquelle nous voterons le 8 mars prochain, qui demande d’investir entre 0,5% et 1% du PIB (produit intérieur brut) de la Suisse pour le « climat ». Et qui, au nom de l’impératif que cet enjeu représenterait, entend soustraire ces milliards de dépenses au mécanisme du frein à l’endettement, dûment mis en place par notre ordre démocratique. En clair, une dépense qui, au nom d’un impératif moral supérieur, aux accents de dogme théologique, échapperait à la loi suisse. Quoi qu’on pense de la nécessité de protéger notre planète (nous n’en contestons pas ici le principe), ce saute-moutons sur la loi suisse, démocratiquement votée, est inacceptable. Il en dit long, très long, sur la mentalité des initiants, leur légèreté face à la loi, leur approximation marécageuse face au marbre républicain.

     

    Le Conseil d’Etat genevois est composé de trois personnes de droite, trois de gauche, et un imprévisible. Aux trois de gauche, nous n’avons nul reproche à adresser. L’initiative vient de leurs rangs, elle est parfaitement légitime sur le plan formel, elle a eu les signatures, ils ont absolument le droit de la défendre. Mais il a bien fallu, arithmétiquement, qu’un membre, au moins, du collège bascule à gauche, pour obtenir ce soutien du Conseil d’Etat à l’initiative sur le Fonds Climat. Aux Verts, nul reproche : ils soutiennent leur texte. Aux socialistes, nul reproche : ils soutiennent les Verts. Mais le drame d’une bonne partie de la droite suisse, depuis au moins deux décennies, c’est qu’elle semble comme apeurée par les thèses des Verts. Comme si on n’avait pas le droit de leur dire, en toute fraternité républicaine : « Vous êtes adorables, mais votre initiative est excessive. Nous n’en voulons pas ». Il est temps que la droite suisse se réveille. Organise sa pensée autour de ses propres valeurs. Et non autour de celles des Verts.

     

    Pascal Décaillet