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Commentaires GHI - Page 2

  • Darius et ses Généraux

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.05.26

     

    « Et vous-même, mon Général, qu’en pensez-vous ? ». Partagez-vous l’avis de l’Amiral ? Ou plutôt, celui du Colonel ? Et vous, l’expert en aéronautique, expliquez-nous, dans le détail, le merveilleux fonctionnement du tout nouvel avion de combat, à décollage vertical, de l’armée américaine. Et vous, Alain Bauer, l’expert en expertises, vous l’universelle araigne, lumière née de la lumière, comment interprétez-vous la toute dernière valse-hésitation de Trump sur le Détroit d’Ormuz ? Et vous, Roger, vous êtes formel : vous qui êtes « sur place », vous nous annoncez l’imminence, pour cette nuit, des premières troupes terrestres secrètes, ces commandos que vous connaissez de l’intérieur, et dont vous allez nous détailler le fonctionnement. Et vous, Alain Bauer, que pensez-vous, à la lumière ces révélations, de vos propres positions d’avant-hier sur les réserves en pétrole ?

     

    « Mais pardonnez-moi, Alain, une dépêche me parvient à l’instant. Il semblerait que les congés, sur le porte-avions amiral, en rade de Chypre, aient tous été suspendus, ce qui confirme la thèse d’une attaque pour cette nuit, autour de trois heures du matin ». Vous n’êtes pas d’accord, Alain ? Ni vous, Général ? C’était pourtant la thèse, avant-hier, du Contre-Amiral, qui bénéficie comme on sait d’informations privilégiées. Mais regardez plutôt ce graphique : il nous expose en détail les stocks de kérosène dont disposent encore les avions de reconnaissance qui préparent l’attaque de cette nuit. Nous avons obtenu cette information grâce à une amie de l’Ambassadeur que j’ai rencontré hier soir, par hasard, dans un cocktail du Club Presse et Stratégie. Comment, Alain, vous étiez au courant bien avant elle ? Ah, dans ces conditions…

     

    « De minute et minute, les choses se confirment et s’accélèrent : l’attaque, décidée en ce moment même dans le Bureau Ovale, devrait se dérouler cette nuit à trois heures et trente-trois minutes. Elle est ciblée sur des objectifs que nous tentons de décrypter, grâce à notre réseau de Généraux en retraite à Washington, Doha, Abu-Dhabi, Djibouti et Suez. Nous garderons l’antenne cette nuit, pour nous greffer sur l’événement. Nous attendons, d’une minute à l’autre, l’ancien Ambassadeur de Finlande au Vatican, dont le fils, futur Général en retraite, a fait sa thèse, à l’Ecole de Guerre d’Helsinki, sur les armes à sous-munitions dans le Golfe Persique ». Et vous-même, Alain, vous nous quittez quelques minutes pour aller sur une chaîne concurrente et passer aux toilettes, mais je compte sur vous à partir de deux heures du matin. Le Vice-Amiral en retraite, spécialiste des questions de logistique, confrontera ses thèses avec les vôtres, dans un esprit de lumières partagées. Nous tenterons de réveiller le ministre dès que l’attaque aura commencé, grâce à son aide de camp, l’ancien chef d’état-major par intérim de l’armée de terre d’Andorre. Surtout ne quittez pas notre antenne. Pendant la pub, un drink s’impose : un doigt de porto, mon Général ?

     

    Pascal Décaillet

  • La main invisible : non merci!

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.26

     

    Il est insupportable d’entendre répéter, comme s’il s’agissait d’un dogme, irréfutable : « La Suisse est un pays libéral ». Non, non, et non ! La Suisse est certes, aujourd’hui, un pays de type libéral, mais elle ne l’est en aucun cas par nature, ou par essence, ce qui la rendrait impossible à modifier.

     

    La Suisse est aujourd’hui libérale, pour une seule raison : elle est gouvernée, à Berne, par une majorité acquise aux principes libéraux ! Et la majorité du Parlement va aussi dans ce sens. Dont acte. Mais qu’advienne, un jour, par la volonté du peuple, une autre majorité, eh bien la Suisse ne sera plus libérale ! C’est aussi simple que cela. Donc, son « état libéral » n’est lié à nulle prédestination qui la figerait pour l’éternité.

     

    Du reste, comme je le montre dans mon texte ci-contre, la grandeur de notre pays, depuis 1848, a justement été d’échapper, pour les grandes causes publiques, à la « main invisible du marché », pour établir et affirmer, par les grands corps de la Confédération, l’autorité de l’Etat, sa primauté sur les intérêts privés.

     

    Ainsi, le système de santé : le virage ultra-libéral qu’on a voulu lui faire prendre, totalement à tort, au milieu des années 1990, n’est en rien définitif. Il suffit, par une volonté populaire majoritaire, de lui substituer un système où l’Etat puisse enfin jouer son rôle régulateur. Ce jour-là, la Suisse sera un peu moins libérale. Mais mieux gérée. Et plus heureuse.

     

    Pascal Décaillet

  • Arracher la santé des griffes du privé

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.26

     

    Depuis 1848, au fil des décennies, la Suisse moderne, dotée d’un Etat fédéral, a progressivement nationalisé son secteur ferroviaire, en rachetant et regroupant des compagnies privées, puis en créant les CFF. Elle a nationalisé ses messageries, en créant la Poste, qui fut longtemps un fleuron, un exemple de respect des régions périphériques, par la grande idée du service universel. Elle a nationalisé les routes, créé le réseau des autoroutes, voulu et financé les grands travaux, les tunnels mythiques que sont, entre autres, le Gotthard et le Lötschberg. Elle a nationalisé les grandes écoles polytechniques, celles de Zurich et Lausanne. Elle a voté des crédits pour la recherche. Elle a nationalisé le soutien à l’agriculture, par les paiements directs. Bref, 178 ans d’une aventure remarquable, où l’Etat fédéral a joué son rôle, au service de tous.

     

    Un parti, avant les autres et plus que les autres, a incarné cette période magnifique de notre Histoire : le parti radical. Mais la démocratie chrétienne, le socialisme et l’UDC ont, chacun à sa manière, apporté leur pierre à l’édifice. Exemple : sans une collaboration intelligente entre ces partis, le compromis voté en juillet 1947 sur la création de l’AVS, entré en vigueur le 1er janvier 1948, n’aurait jamais vu le jour. L’AVS : le fleuron des fleurons, l’honneur de notre système de sécurité sociale. Car la plus belle de nos « nationalisations », depuis 1848, c’est bien cette centralisation fédérale, après un premier siècle d’existence de notre Suisse moderne, de la prévoyance retraite. Pour qu’elle soit universelle. Pour que nul ne soit laissé sur le bord du chemin.

     

    Si on se retourne sur ces 178 ans, on peut être fier. Et constater que l’honneur premier du destin fédéral de la Suisse, loin de se cantonner aux vertus magiques d’un « système libéral », c’est d’avoir, avec pertinence, intelligence, augmenté le terrain de l’Etat (fédéral, en l’espèce), au service du peuple, à commencer par les plus démunis.

     

    Dans ces conditions, comment ne pas rougir de colère de voir le secteur le plus essentiel, le plus vital, de nos domaines d’action publique, celui de la santé, demeurer aux mains non seulement du privé, mais de monstres financiers, infiniment plus intéressés par leur propre enrichissement, celui de leurs actionnaires, que par l’intérêt supérieur du peuple suisse ? Oui, la LAMal, depuis trente ans, est un échec monumental. Elle n’a servi qu’à engraisser les Caisses privées, financiariser le système, appauvrir les assurés, jusqu’à leur faire les poches, au-delà de toute décence.

     

    Si je combats, depuis toujours, pour l’idée d’une Caisse unique d’assurance-maladie, c’est dans l’intérêt des plus faibles. Mais aussi, avec un dessein très clair de philosophie politique : arracher des mains de géants privés le domaine, si précieux, de la santé des Suisses. Et le confier à un grand organisme d’Etat, juste, égalitaire, soucieux du bien de tous. C’est un choix politique. C’est le mien. J’espère qu’il sera, un jour, celui d’une majorité de mes concitoyens.

     

    Pascal Décaillet