Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Commentaires GHI - Page 2

  • Santé : la Révolution oui, le rikiki non !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.03.26

     

    La franchise minimale à 400 francs. Au lieu de 300, aujourd’hui. C’est la toute dernière trouvaille du Conseil fédéral, pour tenter d’exister un peu, dans le casse-tête de l’assurance maladie. 100 francs de plus à payer, avant de commencer à être remboursé par sa Caisse, sans compter ensuite la quote-part. Venant de la plus haute instance exécutive de notre pays, cette mesure est mesquine. Elle manque totalement de classe, d’allure, et surtout d’ampleur dans la perception générale de notre politique de santé, en Suisse. C’est petit, c’est rikiki, c’est anti-social. C’est aveugle. Notre petit pays, si grand par la lente et magnifique construction de son système social, culminant en 1947 par l’introduction de l’AVS, mérite tellement mieux que cette mesurette ponctuelle, cette apprentie-comète, déjà éteinte. Déjà oubliée.

     

    On pourrait disserter à l’infini sur le côté « Assommons les pauvres » de cette décision. Ou « Assommons les seniors en difficulté financière ». Ou « Assommons les malades chroniques ». Ou encore « Epargnons les Caisses, gorgées de réserves financières, acharnons-nous sur les assurés, et parmi eux sur les plus précaires ». On pourrait faire cela, oui. Mais prenons – quant à nous – de la hauteur. Regardons-le, ce système de santé suisse, c’est lui qui souffre, lui le malade, lui que le libéralisme ultra des années 1990 s’emploie à rendre incurable. Pour mieux engraisser les finances de ces géants qu’on appelle « les Caisses ». Trente ans qu’on enrichit le système. Trente ans qu’on appauvrit les assurés. Trente ans qu’on entretient la machine. Trente ans qu’on méprise l’humain. Il faut le dire, une fois pour toutes : la LAMal (loi sur l’assurance maladie), dont j’ai eu l’honneur de suivre toute la genèse à Berne, au début des années 1990 comme correspondant parlementaire, est un échec monumental. Une tache. Une honte, dans l’Histoire sociale, pourtant si belle, de la Suisse.

     

    Le Conseil fédéral ? Dans ce dossier, il n’existe pas ! Le Parlement ? Vermoulu par le lobbying éhonté des puissants des Caisses et des pharmas ! A la vérité, nous n’avons rien à attendre, en matière de santé, de notre machine à Tinguely institutionnelle. C’est le peuple qui doit agir. Par voie d’initiative. Sur la Caisse unique, il a déjà échoué, c’est vrai, mais les grands dossiers des assurances sociales, en Suisse, exigent, comme chez La Fontaine, « patience et longueur de temps », regardez l’assurance maternité. Et même l’AVS, notre fleuron, votée en juillet 1947, entrée en vigueur le 1er janvier 1948 : enfin acceptée, après trente ans de combat. Sa première revendication date du Comité d’Olten, en 1918, la dernière année de la Grande Guerre ! Alors oui, nous, citoyennes et citoyens de ce pays, mobilisons nos méninges pour sauver notre système suisse de santé. Pour ma part, je dis : « Grand retour de l’Etat, justice, égalité, primauté de l’intérêt public sur le profit financier ». Bref, arracher le dossier de la santé aux intérêts privés. Je n’ai pas dit « aux requins ». Parce que je suis de bonne humeur.

     

    Pascal Décaillet

  • Se désincarcérer des USA

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.03.26

     

    La Suisse, ce petit pays que nous aimons, dépend beaucoup trop des Etats-Unis d’Amérique. Elle en dépend économiquement. Financièrement. Intellectuellement. Culturellement. Les historiens, un jour, mettront en lumière le chemin d’acceptation coloniale, depuis 1945, de la Suisse face aux USA. Comme, si après les années de guerre, il avait fallu, en forme d’amende honorable, accepter une génuflexion face au vainqueur en Europe occidentale.

     

    Huit décennies d’intrication des intérêts. D’aucuns, au sommet de l’échelle sociale, en ont infiniment profité : grands patrons, actionnaires cossus, investisseurs, exportateurs. Pendant les belles années, celles de la croissance, nul ne semblait s’offusquer de cette inféodation de notre pays, à l’exception de solitaires lucides et courageux, comme Jean Ziegler. L’argent coulait à flots. A quoi bon se soucier de sa provenance ?

     

    Aujourd’hui, l’Histoire bascule. Les Etats-Unis sont de moins en moins considérés en Europe comme des alliés. Et notre brave Suisse ? Eh bien, elle doit, sans tarder, se désincarcérer de ses liens avec les Etats-Unis. Diversifier, plus que jamais, ses exportations. Et surtout, privilégier son marché intérieur. Protection de notre agriculture, relance urgente de notre industrie, priorité à nos PME. Un peu moins de trajets en avion pour aller faire des affaires à New York. Un peu plus d’attention à nos compatriotes qui souffrent. Ne jamais en laisser aucun sur le bord de la route.

     

    Pascal Décaillet

     

  • "La Déroute, géante à la face effarée"

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 18.03.26

     

    L’initiative populaire fédérale est un exercice dangereux. En soi, c’est même un pari complètement fou : celui lancé, au départ, par une poignée de citoyens au peuple suisse tout entier. A la fin d’une longue campagne, harassante, le verdict tombe. La victoire, pour les initiants, est rare : elle exige la double majorité, peuple et cantons, très dure à arracher. Prenez la liste des initiatives, depuis 1891 : beaucoup d’échecs, très peu de réussites.

     

    Et puis, si on perd, tout dépend de l’ampleur du revers : à 55% de NON, vous aurez quand même quasiment gagné, vous aurez imposé au pays un grand débat national. Mais 71% de refus ! Et vous, seulement 29% ! Plus de sept votants sur dix contre vous ! Là, c’est dur. Là, c’est Waterloo. Là, il vous faut relire Victor Hugo, « La Déroute, géante à la face effarée ». Le jeu est cruel. Vous avez choisi de lancer un défi au peuple suisse. Vous avez réuni les signatures. Vous vous êtes battus, à la loyale. Et puis, un beau dimanche, le pays vous signifie sèchement son rejet. Respect à ces combattants. Tous les combattants du monde, ceux qui gagnent, ceux qui perdent.

     

    71% de NON, c’est le verdict des Suisses, le dimanche 8 mars, sur le « fonds climat », présenté par les Verts, soutenu par la gauche, combattu par la droite. C’est une déroute. Il appartient aux Verts, sur l’ensemble du pays, dans toutes leurs sections, avec cette décentralisation qui leur est chère, d’en tirer les leçons. Dire que le peuple « a mal voté », ou qu’il n’a « pas compris les enjeux » est tout simplement ridicule. Le peuple a parfaitement saisi ! Et il a vu, surtout, qu’il était scélérat de prétendre faire échapper ces milliards au mécanisme, démocratiquement voulu par le peuple ou ses représentants, du frein à l’endettement. En quel honneur, je vous prie ? En vertu de quelle théologie, de quel dogme, qui se proclameraient supérieurs à notre ordre démocratique ? En réagissant, dès le 8 mars à midi, avec un tel mépris pour le peuple souverain, les Verts ont aggravé leur cas. Et creusé leur tombe. Les Suisses ne supportent pas une telle arrogance.

     

    L’avenir des Verts ? C’est leur affaire. Disons simplement qu’un peu plus de social, pour un parti qui se réclame des grandes valeurs de la gauche, ne ferait pas de mal. Un peu plus de fin du mois, un peu moins de fin du monde. Un peu plus de pragmatisme, un peu moins de catastrophisme. Un peu plus de politique, un peu moins de morale. Un peu plus de respect pour l’effort fiscal des classes moyennes, qui est phénoménal, tant on les ponctionne. Un peu plus de sens du pays, de sa souveraineté, de sa cohésion sociale. Un peu moins d’internationalisme. Un peu moins de Bruxelles. Un peu moins d’immigration. Un peu plus de marché intérieur : sur les « circuits courts », et la nécessité de consommer local, une majorité de Suisses sont prêts à suivre les Verts. Mais sur les milliards du « fonds climat », c’est NON. Et c’est sans appel.

     

    Pascal Décaillet