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Commentaires GHI - Page 3

  • Aimer Genève, jusqu'au bout

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.07.26

     

    Genève est une ville magnifique, j’y suis né, j’y ai grandi, je suis habité par l’équilibre et la grâce de ses paysages, le lac, le Mont-Blanc, le Môle, les Voirons, le Salève, le Jura. Par beau temps, on aperçoit même la Verte, altière, et c’est juste si on ne voit pas le fameux pilier du Dru, conquis de si haute lutte par Walter Bonatti, en 1955. De Genève, on voit presque l’Italie. Et voir l’Italie, ou même seulement se l’imaginer, juste-là, derrière le Mont-Blanc, derrière la barrière alpine, c’est déjà le premier pas vers le bonheur. Car l’Italie, c’est la vie.

     

    Genève est devenue une ville difficile à vivre, et ce mal-être s’est multiplié par dix, comme partout, dans la douloureuse période de canicule que nous avons traversée en juin. Problèmes de circulation. Chantiers interminables. Aucune coordination, en haut lieu, en se mettant à la place des usagers, entre les travaux. Episode G7, qu’on espère ne revoir jamais avant 23 ans. Logements introuvables. Médecins généralistes se raréfiant, alors qu’ils sont le premier recours, le degré le plus important, celui qui seul prend le patient dans sa totalité humaine, son passé. Classes moyennes qui étouffent, elles payent, payent, et payent encore, la fiscalité qui pèse sur elles est confiscatoire, elles ne font que cracher au bassinet, et ne touchent, quant à elles, jamais la moindre subvention. C’est tout simplement dégueulasse.

     

    Alors voilà, pour un habitant de la Ville, même pour le natif que je suis, le contraste est posé. Il est saisissant. D’un côté, un paysage d’exception, la plus belle Rade du monde, la présence alpine qui rappelle Hannibal et Bonaparte, la beauté majestueuse de nos parcs, des arbres plusieurs fois centenaires, des cèdres, des séquoias, des chênes, des tilleuls, incomparables. Un Jardin Botanique exceptionnel. Des serres tropicales – je fréquente la plus ancienne depuis ma naissance – qui sont des lieux prodigieux de connaissance et de présence mystique. Et puis, d’un autre côté, l’arrogance des puissances de l’Argent, une démographie étouffante, l’impossibilité d’atteindre les services publics, ou les assurances, au téléphone. Toujours, un quart d’heure au moins à patienter, une musique insupportable. On pourrait au moins nous balancer Mozart, Debussy, Richard Strauss, ou Béla Bartok.

     

    Telle est Genève. La ville de Jean-Jacques Rousseau, esprit universel, styliste incomparable. Ma ville. Notre ville à tous. Terre de splendeurs et de contraintes, de passé spirituel puissant, à commencer par la Réforme, les humanistes, mais aussi, hélas, de domination écrasante par les forces cyniques du Capital. Ceinture urbaine où les habitants doivent s’accrocher, on essaye par tous les moyens de les déloger, les pousser à l’exil. Dans ce monde de contrastes d’une rare vivacité, j’essaye, à mon modeste niveau, de jeter des ponts. En organisant la parole citoyenne. J’aime Genève, je la porte en moi, je l’ai dans la peau, comme une première amante, mais elle étouffe. Alors qu’elle doit respirer. Et incarner la vie.

     

    Pascal Décaillet

  • Combat naval

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.06.26

     

    Est-il inscrit, dans la Constitution cantonale genevoise, que le mois de juin doive absolument, toutes années confondues, tous prétextes brandis, se transformer en enfer pour la population de la Ville ?

     

    Tous les 23 ans, séduisant nombre premier qui rappelle celui des paires de chromosomes chez l’être humain, nous avons le G7. Enfin, G8 en 2003, sans doute G6 en 2049. Je sais, c’est un peu complexe. Comme au combat naval. Ou au scrabble. Concentrons-nous.

     

    Tous les ans, nous avons le Port-Noir le 1er juin, la cérémonie où officiels, impétrants et intrigants adorent se montrer. Mais aussi, les séances de Comptes du Grand Conseil, avec leur liturgie de manifs de la fonction publique, tradition de solstice.

     

    Tous les ans, la Fête de la Musique. 40 degrés à l’ombre, le sons et les parfums rôtis dans des cuves de chaleur, il paraît que c’est convivial.

     

    Tous les ans, la Fête des Ecoles, que de mon temps, Monsieur, on appelait les Promotions. Il y règne soit une chaleur accablante, soit des pluies diluviennes. Un avant-goût de mousson.

     

    J’oublie les innombrables festivités sportives, associatives ou culturelles qui permettent aux autorités de s’adonner à leur passion amirale : limiter la circulation. Tout cela, sous un soleil de plomb.

     

    Et puis, pour quelques semaines, Genève devient vivable. Sous réserve, bien sûr, d’un 38ème Accord USA-Iran, monté en catastrophe, puis annulé sur un caprice du locataire de la Maison-Blanche. La vie est belle, non ?

     

    Pascal Décaillet

  • Démographie : rien n'est réglé !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.06.26

     

    Il était sans doute malhabile de proposer au peuple suisse cette barre arbitraire des dix millions d’habitants. Notre corps électoral, tous sujets confondus, se méfie des chiffres imposés dans la Constitution, texte qui doit demeurer concis, ouvert, général. Tout comme il se méfie des plafonds, des planchers. Le monde des chiffres, dans son esprit, doit appartenir éventuellement aux lois, pas à notre Charte fondamentale. Ou même, un étage plus bas, aux directives, qui par définition s’adaptent aux circonstances, cet élément si capital du « terrain » dont parle constamment, dès les années vingt, et même dès ses mille jours de captivité en Allemagne entre 1916 et 1918, le jeune officier Charles de Gaulle. Alors oui, le peuple suisse est intelligent, avisé, pragmatique, il ne veut pas couler dans le bronze, il veut laisser le champ ouvert.

     

    Pour autant, l’UDC a fédéré 45% de votants autour de son texte. Ça n’est, bien sûr, pas la victoire. Mais c’est tout, sauf une défaite. C’est 15% de plus que son socle électoral, au niveau fédéral. Dans ces 15%, bon nombre de PLR, qui était très divisé, sans doute des conservateurs démocrates-chrétiens de Suisse centrale et orientale, et plein d’autres, qui ne veulent tout simplement pas que la Suisse étouffe.

     

    Chez les opposants, je l’ai déjà souligné ici, l’alliance la plus surréaliste de notre Histoire politique suisse, entre le grand patronat ultra-libéral, ses millions jetés dans la campagne comme miettes aux moineaux, et la gauche la plus naïve, la plus candide, du monde. Cette dernière, toute occupée à taxer de « xénophobes » les partisans, ce qui est totalement ridicule, s’est laissée complètement manipuler par les forces mêmes qu’elle combat, à juste titre, le reste de l’année : celles de l’Argent-Roi, de l’exploitation des travailleurs (sous-enchère salariale), de la financiarisation du travail. Elle a juste combattu cette initiative, « parce qu’elle venait de l’UDC ». Le degré zéro de l’intelligence politique.

     

    Les dix millions sont donc tranchés, nous sommes démocrates, nous prenons acte. Pour autant, l’étouffement démographique de la Suisse demeure l’un de nos thèmes majeurs. En matière de logements pour nos enfants, de lutte contre le mitage du territoire (l’un des thèmes amiraux du grand Franz Weber), de congestion des autoroutes, de vieillissement du réseau ferroviaire, de prise d’assaut de nos assurances sociales, de gestion hospitalière, rien n’est réglé.

     

    Dans tous ces domaines, la droite libérale, qui mène le bal en Suisse, n’a strictement rien entrepris en un quart de siècle de relations bilatérales, et de libre-circulation. Elle se trouve donc totalement disqualifiée pour prendre en mains les impérieuses mesures concrètes pour conjurer l’explosion démographique. Les solutions, tous domaines confondus, exigeront le sens du collectif, des intérêts supérieurs du peuple suisse, la mise en action de l’Etat, et non des féodalités financières privées, pour réinventer un Contrat social digne des pionniers radicaux de 1848.

     

    Pascal Décaillet