Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Commentaires GHI - Page 3

  • La droite non-libérale, ça existe !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.05.26

     

    La marée ultra-libérale qui a submergé l’Europe depuis 35 ans, suite à la chute du Mur et à l’éclosion d’idéologies économiques libertaires d’origine anglo-saxonne, mortifères à mes yeux, toute cette Croisade anti-Etat, anti-services publics, donne l’impression que la droite ne peut être que libérale. Pire : ultra-libérale. Il n’y aurait, face à la gauche, que cette droite-là : capitaliste, mondialiste, cosmopolite, se jouant des frontières et des nations, dérégulatrice. Une droite de la spéculation en officines, du profit aux actionnaires plutôt qu’aux travailleurs. Une droite de la financiarisation de l’industrie. Une droite des délocalisations. Une droite qui méprise l’agriculture. Une droite des flux migratoires sans entraves, constituant une main d’œuvre payée à la sous-enchère. Une droite de l’Argent roi. Une droite du Veau d’or.

     

    A qui profite cette réduction sémantique et intellectuelle ? A la gauche, bien sûr ! Elle saisit l’occasion au vol, et associe depuis trois décennies la droite au capitalisme le plus débridé. Pourquoi se gênerait-elle ? Dans ce Yalta, où l’univers vivant serait scindé en deux, d’’un côté une droite égoïste et sauvage, de l’autre une gauche de la justice et de la rédemption (la gauche théologique, moralisatrice à souhait), il est, je dois l’avouer, difficile de plaider pour une troisième voie. J’en sais quelque chose ! C’est exactement ce que je fais, depuis près d’un demi-siècle d’engagement éditorial.

     

    Je me sens homme de droite, par l’éducation qui fut la mienne, l’école que j’ai fréquentée, les maîtres qui m’ont initié, les milliers de livres que j’ai lus, mon rapport à la langue, au passé, bref une droite culturelle. Je l’assume, bien évidemment. Pourtant, depuis toujours, sur les grands sujets sociaux, je vote avec la gauche. J’ai voté pour la Caisse unique, pour la Caisse publique, pour la treizième rente. Je défends le monde ouvrier. Je défends les paysans. Je considère absolument tous les humains de la terre de façon égale, quelle que soit leur condition sociale, la couleur de leur peau, leur origine, leur religion. J’utilise exactement le même ton avec chacun d’entre eux. Je défends le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit des Palestiniens à avoir leur Etat, par exemple, depuis ma jeunesse. Je ne supporte pas la morgue, ni l’arrogance de classe.

     

    Ma position est peu lisible ? Je n’en suis pas si sûr. Peu lisible, dans la droite libérale, ou à l’inverse dans la gauche moralisante, les deux pôles que le Yalta dichotomique arrange bien, ça oui ! Mais auprès des couches profondes de la population, à en juger par les milliers de réactions que je reçois, ma ligne est parfaitement claire. Et parle à un nombre immense de mes compatriotes, qui ne veulent ni la doxa des camarades, ni la satisfaction repue des nantis. Des patriotes, oui ! Des gens qui aiment leur pays. Aiment le travail. Lui sacrifient une partie de leur vie, comme l’ont fait avant eux leurs parents. Ah, un dernier détail, infinitésimal : les colleurs d’étiquettes, je les emmerde.

     

    Pascal Décaillet

  • Le Laos, peut-être ?

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.05.26

     

    Prenons les faits, et eux seulement. Quel pays, depuis 1945, a-t-il utilisé deux fois la bombe atomique, le 6 août 45 sur Hiroshima, puis le 9 sur Nagasaki, pulvérisant, à trois jours d’intervalle, deux villes importantes du Japon ? Ce pays, je ne crois pas que ce soit l’Iran. Ni l’Irak. Ni la Serbie. Ni le Vietnam. Ni Cuba.

     

    Les faits, toujours. Quel pays, premier à utiliser l’arme nucléaire, est devenu la première puissance atomique du monde, profitant de l’effroi pour établir sur la planète un impérialisme rarement égalé dans l’Histoire ? Digne de celui de Rome sur le monde méditerranéen, ou de la puissance navale britannique, aux 18ème et 19ème siècle ? Le Vietnam ? Cuba ?

     

    Quel pays, usant de sa monnaie comme étalon de référence, l’ayant déconnectée en 1971 de son pesant en or, faisant rouler sa planche à billets, impose sa domination économique et financière sur le monde, depuis 1945 ? L’Iran ? L’Irak ? La Serbie ? Le Vénézuéla ?

     

    Quel pays, finançant Israël depuis des décennies, fermant les yeux sur les exactions de Netanyahu, s’oppose à toutes les sanctions internationales tentées contre ce pays ? Cuba ? Le Nicaragua ? Le Cambodge ? Hmmm, le Laos, peut-être ?

     

    Quel pays bombarde, napalmise, incendie les récoltes de pays pauvres, impose au monde ses systèmes informatiques, et demain son intelligence artificielle ? L’Iran ? La Serbie ? Ou, peut-être, la République de Saint-Marin ? Oui, c’est cela : Saint-Marin.

     

    Pascal Décaillet

  • Darius et ses Généraux

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.05.26

     

    « Et vous-même, mon Général, qu’en pensez-vous ? ». Partagez-vous l’avis de l’Amiral ? Ou plutôt, celui du Colonel ? Et vous, l’expert en aéronautique, expliquez-nous, dans le détail, le merveilleux fonctionnement du tout nouvel avion de combat, à décollage vertical, de l’armée américaine. Et vous, Alain Bauer, l’expert en expertises, vous l’universelle araigne, lumière née de la lumière, comment interprétez-vous la toute dernière valse-hésitation de Trump sur le Détroit d’Ormuz ? Et vous, Roger, vous êtes formel : vous qui êtes « sur place », vous nous annoncez l’imminence, pour cette nuit, des premières troupes terrestres secrètes, ces commandos que vous connaissez de l’intérieur, et dont vous allez nous détailler le fonctionnement. Et vous, Alain Bauer, que pensez-vous, à la lumière ces révélations, de vos propres positions d’avant-hier sur les réserves en pétrole ?

     

    « Mais pardonnez-moi, Alain, une dépêche me parvient à l’instant. Il semblerait que les congés, sur le porte-avions amiral, en rade de Chypre, aient tous été suspendus, ce qui confirme la thèse d’une attaque pour cette nuit, autour de trois heures du matin ». Vous n’êtes pas d’accord, Alain ? Ni vous, Général ? C’était pourtant la thèse, avant-hier, du Contre-Amiral, qui bénéficie comme on sait d’informations privilégiées. Mais regardez plutôt ce graphique : il nous expose en détail les stocks de kérosène dont disposent encore les avions de reconnaissance qui préparent l’attaque de cette nuit. Nous avons obtenu cette information grâce à une amie de l’Ambassadeur que j’ai rencontré hier soir, par hasard, dans un cocktail du Club Presse et Stratégie. Comment, Alain, vous étiez au courant bien avant elle ? Ah, dans ces conditions…

     

    « De minute et minute, les choses se confirment et s’accélèrent : l’attaque, décidée en ce moment même dans le Bureau Ovale, devrait se dérouler cette nuit à trois heures et trente-trois minutes. Elle est ciblée sur des objectifs que nous tentons de décrypter, grâce à notre réseau de Généraux en retraite à Washington, Doha, Abu-Dhabi, Djibouti et Suez. Nous garderons l’antenne cette nuit, pour nous greffer sur l’événement. Nous attendons, d’une minute à l’autre, l’ancien Ambassadeur de Finlande au Vatican, dont le fils, futur Général en retraite, a fait sa thèse, à l’Ecole de Guerre d’Helsinki, sur les armes à sous-munitions dans le Golfe Persique ». Et vous-même, Alain, vous nous quittez quelques minutes pour aller sur une chaîne concurrente et passer aux toilettes, mais je compte sur vous à partir de deux heures du matin. Le Vice-Amiral en retraite, spécialiste des questions de logistique, confrontera ses thèses avec les vôtres, dans un esprit de lumières partagées. Nous tenterons de réveiller le ministre dès que l’attaque aura commencé, grâce à son aide de camp, l’ancien chef d’état-major par intérim de l’armée de terre d’Andorre. Surtout ne quittez pas notre antenne. Pendant la pub, un drink s’impose : un doigt de porto, mon Général ?

     

    Pascal Décaillet