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Commentaires GHI - Page 3

  • Les Emigrés de Coblence

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.06.26

     

    Au fond, le tutoiement est chose magnifique lorsqu’elle révèle une affinité de cœur, d’estime, un élan du désir, une relation de sang ou de chair, une étincelle de complicité, une fraternité d’enfance, de combat, de parcours. On se tutoie dans la famille, entre amis, entre amants, entre copains d’armée, de clubs sportifs, de groupes musicaux, ayant vécu ensemble des choses fortes. Et ça, c’est beau, c’est humainement vrai, c’est une part de reconnaissance humaine, en ce qu’elle a de puissamment contemporain.

     

    Ce qui peut parfois choquer, c’est de voir se tutoyer deux êtres de pouvoir, ne défendant pas des intérêts communs. Là, oui, les questions fusent. Pourquoi, cette familiarité ? Qu’ont-ils en commun, ces deux-là ? Quel cénacle d’ombre les réunit ? Dans l’adversité, se ménagent-ils ? Et si, dans le danger suprême, ils en venaient à défendre leur propre corporation, le cercle de leur pouvoir commun, plutôt que ceux dont ils ont, chacun, séparément, la charge ?

     

    Ainsi, la Révolution française se méfiait, à juste titre, des Emigrés. Ces nobles qui, en temps de guerre de la France révolutionnaire contre les puissances coalisées, avaient choisi le territoire de l’ennemi, pour retrouver d’autres nobles, adversaires de la France. Cela, ben sûr, mérite le mépris des patriotes. Ce tutoiement-là, d’exclusion de classe et de caste, est à des années-lumière de ceux de deux humains qui, librement, se reconnaissent amis.

     

    Pascal Décaillet

     

  • L'insupportable tutoiement des puissants

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.06.26

     

    En République, à quoi sert un ministre ? Ou un chef de gouvernement ? Ou un chef d’Etat ? A une seule chose : servir le peuple. Servir son pays. Servir la communauté citoyenne dont il a la charge. Il doit être le serviteur des serviteurs du peuple. Il n’est là ni pour lui-même, ni pour sa gloriole, ni, orgueil suprême et démesuré, pour sa « place dans l’Histoire » (Mitterrand). De même, il doit être jugé, non sur sa vie privée, ni sur la qualité de son sourire (Kennedy), ni sur ses vertus de danseur mondain (Obama), mais sur la réussite – ou l’échec – des missions qui lui ont été confiées.

     

    A-t-il servi son pays, comme de Gaulle, Mendès France, Willy Brandt l’ont fait ? En a-t-il amélioré le sort, comme le très grand socialiste bâlois Tschudi, trois réformes complètes de l’AVS entre 1959 et 1973 ? A-t-il jeté les bases d’un édifice social unique en Europe, comme le grand Bismarck ? A-t-il révolutionné l’Ecole, comme le socialiste André Chavanne, entre 1961 et 1985 ? A-t-il imposé les exigences de l’Etat face aux féodalités de l’Argent, comme l’inoubliable Christian Grobet, entre 1981 et 1993 ? A-t-il amélioré la vie des plus humbles, comme le travailliste Attlee, juste après la guerre, en Grande-Bretagne, ou comme les sociaux-démocrates scandinaves, le Suédois Olof Palme notamment ?

     

    Bref, a-t-il œuvré au service de tous ? Ou, au contraire, a-t-il ruiné son pays, en l’endettant pour des générations (Macron) ? A-t-il provoqué sa perte, en l’entraînant dans une guerre ? A-t-il cassé son tissu social (Thatcher) ? En a-t-il pulvérisé le crédit, dans tous les sens du terme ? A-t-il abdiqué sa souveraineté ? L’a-t-il livré à un pouvoir supérieur, un empire ? L’a-t-il vendu aux usuriers mondialistes dont il s’est fait, pour rembourser la dette, le débiteur ?

     

    A-t-il défendu l’agriculture de son pays, son industrie, en les protégeant par une politique volontariste d’Etat, ou a-t-il laissé la « main invisible du marché », les dévaster, en les livrant à férocité de la concurrence mondiale ? En délocalisant les sites de production au fin fond de l’Asie ? En laissant les vins étrangers submerger les marchés de son pays ? A-t-il, fuyant la fréquentation de son propre peuple, préféré se pavaner, toute la durée de  son mandat (Macron), dans des postures de gluante familiarité avec les autres puissants de la planète ? Les embrassant. Les prenant constamment par le bras. Les tutoyant publiquement. Nous, le peuple, n’élisons pas des gouvernants pour qu’ils tutoient ouvertement d’autres gouvernants, comme s’ils retrouvaient de chères cousines, autrefois aimées, dans une grillade de famille ! Non seulement ils se tutoient, mais ils prennent plaisir à s’afficher en se tutoyant, ils veulent que ça se sache. Ils veulent prouver quoi ? Qu’ils sont du même monde ? Qu’ils font partie du cercle ? Je préfère mille fois le courage ombrageux de Mme Keller-Sutter, quand elle remet à sa place le Roi Ubu de la Maison Blanche. Allez, en guise de tutoiement final, ami lecteur, je te salue ! Et je t’embrasse.

     

    Pascal Décaillet

  • Unité cantonale

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.06.26

     

    Le Conseil d’Etat, le Grand Conseil, ont-ils pris les bonnes décisions, pour la journée du 14 juin à Genève ? On peut en discuter à l’infini, on tirera le bilan après coup, les historiens feront leur boulot. Mais pour l’heure, je lance un appel. Il tient en deux mots : unité cantonale.

     

    Que nous soyons contents ou non du plan d’action de nos autorités, il est absolument capital, le 14 juin, de les soutenir. Il n’y a, au fond, aucune raison qu’une réunion se déroulant à l’invitation de la France, sur territoire français, pour un club dont nous ne sommes pas membres, devienne un facteur de division entre les Suisses. Entre les Genevois.

     

    Le 14 juin, quelles que soient nos opinions politiques, gardons notre calme. La police genevoise, dont la mobilisation va être phénoménale, déjà bien amont de l’événement, a besoin de sentir que le peuple de Genève est avec elle. Il ne s’oppose absolument pas aux manifestants, dont les raisons de contester l’ordre capitaliste mondial sont légitimes. Mais il ne veut en aucun cas de casseurs. C’est eux que tout le monde craint, notamment ceux qui ont vécu 2003. Eux, et pas du tout l’expression d’opinions citoyennes, dans un cortège organisé.

     

    Le pire de tout serait que le corps social genevois, à cause de violences importées, se déchire ce jour-là. Alors oui, je lance un appel, simple et rassembleur : le 14 juin, unité cantonale.

     

    Pascal Décaillet