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Commentaires GHI

  • Contrat social

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.07.26

     

    A Genève, ville de Rousseau, le Contrat social fonctionne-t-il, entre les habitants et les autorités, en 2026 ? D’un côté, oui : les inégalités sont corrigées par un océan de subventions aux plus défavorisés. La subvention, c’est bien, il est clair que personne, en Suisse, ne doit être laissé sur le chemin. Mais le côté « océanique », justement, pose problème.

     

    Il n’est absolument pas normal que près de 38% des habitants du Canton soient exemptés d’impôts, parce qu’ils sont sous les seuils. Les mêmes reçoivent de solides subventions pour payer, entre autres, leurs primes d’assurance maladie. En clair, les 62% de Genevois qui payent des impôts doivent non seulement payer pour eux les primes les plus chères de Suisse. Mais en plus, ils doivent, comme contribuables, financer ces fameuses subventions pour payer les primes des autres ! Mais eux, jamais, ne reçoivent la moindre subvention.

     

    Et là, il y a scandale. S’il est normal d’aider les plus précaires, il ne l’est absolument pas de faire payer par l’impôt, donc l’argent d’Etat, celui des contribuables, des primes enrichissant encore des Caisses privées, les mêmes qui déjà nous tondent à longueur d’année ! La subvention directe à l’assurance n’aurait de sens que dans le cas, pour lequel je plaide depuis toujours, de Caisse maladie unique, en Suisse, Ou, tout au moins, de Caisse cantonale publique. Cette erreur hallucinante du système doit être corrigée. Par un retour régalien de l’Etat.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Aimer Genève, jusqu'au bout

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.07.26

     

    Genève est une ville magnifique, j’y suis né, j’y ai grandi, je suis habité par l’équilibre et la grâce de ses paysages, le lac, le Mont-Blanc, le Môle, les Voirons, le Salève, le Jura. Par beau temps, on aperçoit même la Verte, altière, et c’est juste si on ne voit pas le fameux pilier du Dru, conquis de si haute lutte par Walter Bonatti, en 1955. De Genève, on voit presque l’Italie. Et voir l’Italie, ou même seulement se l’imaginer, juste-là, derrière le Mont-Blanc, derrière la barrière alpine, c’est déjà le premier pas vers le bonheur. Car l’Italie, c’est la vie.

     

    Genève est devenue une ville difficile à vivre, et ce mal-être s’est multiplié par dix, comme partout, dans la douloureuse période de canicule que nous avons traversée en juin. Problèmes de circulation. Chantiers interminables. Aucune coordination, en haut lieu, en se mettant à la place des usagers, entre les travaux. Episode G7, qu’on espère ne revoir jamais avant 23 ans. Logements introuvables. Médecins généralistes se raréfiant, alors qu’ils sont le premier recours, le degré le plus important, celui qui seul prend le patient dans sa totalité humaine, son passé. Classes moyennes qui étouffent, elles payent, payent, et payent encore, la fiscalité qui pèse sur elles est confiscatoire, elles ne font que cracher au bassinet, et ne touchent, quant à elles, jamais la moindre subvention. C’est tout simplement dégueulasse.

     

    Alors voilà, pour un habitant de la Ville, même pour le natif que je suis, le contraste est posé. Il est saisissant. D’un côté, un paysage d’exception, la plus belle Rade du monde, la présence alpine qui rappelle Hannibal et Bonaparte, la beauté majestueuse de nos parcs, des arbres plusieurs fois centenaires, des cèdres, des séquoias, des chênes, des tilleuls, incomparables. Un Jardin Botanique exceptionnel. Des serres tropicales – je fréquente la plus ancienne depuis ma naissance – qui sont des lieux prodigieux de connaissance et de présence mystique. Et puis, d’un autre côté, l’arrogance des puissances de l’Argent, une démographie étouffante, l’impossibilité d’atteindre les services publics, ou les assurances, au téléphone. Toujours, un quart d’heure au moins à patienter, une musique insupportable. On pourrait au moins nous balancer Mozart, Debussy, Richard Strauss, ou Béla Bartok.

     

    Telle est Genève. La ville de Jean-Jacques Rousseau, esprit universel, styliste incomparable. Ma ville. Notre ville à tous. Terre de splendeurs et de contraintes, de passé spirituel puissant, à commencer par la Réforme, les humanistes, mais aussi, hélas, de domination écrasante par les forces cyniques du Capital. Ceinture urbaine où les habitants doivent s’accrocher, on essaye par tous les moyens de les déloger, les pousser à l’exil. Dans ce monde de contrastes d’une rare vivacité, j’essaye, à mon modeste niveau, de jeter des ponts. En organisant la parole citoyenne. J’aime Genève, je la porte en moi, je l’ai dans la peau, comme une première amante, mais elle étouffe. Alors qu’elle doit respirer. Et incarner la vie.

     

    Pascal Décaillet

  • Combat naval

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 24.06.26

     

    Est-il inscrit, dans la Constitution cantonale genevoise, que le mois de juin doive absolument, toutes années confondues, tous prétextes brandis, se transformer en enfer pour la population de la Ville ?

     

    Tous les 23 ans, séduisant nombre premier qui rappelle celui des paires de chromosomes chez l’être humain, nous avons le G7. Enfin, G8 en 2003, sans doute G6 en 2049. Je sais, c’est un peu complexe. Comme au combat naval. Ou au scrabble. Concentrons-nous.

     

    Tous les ans, nous avons le Port-Noir le 1er juin, la cérémonie où officiels, impétrants et intrigants adorent se montrer. Mais aussi, les séances de Comptes du Grand Conseil, avec leur liturgie de manifs de la fonction publique, tradition de solstice.

     

    Tous les ans, la Fête de la Musique. 40 degrés à l’ombre, le sons et les parfums rôtis dans des cuves de chaleur, il paraît que c’est convivial.

     

    Tous les ans, la Fête des Ecoles, que de mon temps, Monsieur, on appelait les Promotions. Il y règne soit une chaleur accablante, soit des pluies diluviennes. Un avant-goût de mousson.

     

    J’oublie les innombrables festivités sportives, associatives ou culturelles qui permettent aux autorités de s’adonner à leur passion amirale : limiter la circulation. Tout cela, sous un soleil de plomb.

     

    Et puis, pour quelques semaines, Genève devient vivable. Sous réserve, bien sûr, d’un 38ème Accord USA-Iran, monté en catastrophe, puis annulé sur un caprice du locataire de la Maison-Blanche. La vie est belle, non ?

     

    Pascal Décaillet