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Liberté - Page 946

  • Cigales hallucinées

     

    Sur le vif - Jeudi 27.04.17 - 12.25h

     

    Pour l'élection du 7 mai à la Présidence de la République, les Français ont le choix entre deux candidats, comme il sied à tout deuxième tour depuis décembre 1965. Deux programmes, deux visions pour la France, radicalement différentes.

     

    Ils ont parfaitement le droit de voter pour l'un, comme pour l'autre. Chaque citoyenne, chaque citoyen, vote librement. En conscience.

     

    Nul n'a à leur faire la moindre leçon de morale sur leur choix.

     

    On peut tenter de convaincre le camp adverse, lui prouver à quel point le programme de son candidat, à soi, est meilleur. Avec des arguments politiques. Les champs d'antagonismes, sur le fond, sont passionnants, tant ces deux candidats divergent sur tout, ce qui est très sain, et offre aux Français un vrai choix, entre deux visions du monde. Le 7 mai, pour cinq ans, ils trancheront. Qui éliront-ils ? Je l'ignore absolument.

     

    Mais désolé, les "appels républicains" de toute cette coterie d'artistes, de vedettes, de cigales hallucinées de la mondanité parisienne, pour diaboliser l'un(e) des deux candidats, les grandes leçons des Attali, Cohn-Bendit, Jamel Debbouze, BHL, pour nous dessiner l'Apocalypse de l'irréparable, tout cela ira à fins contraires.

     

    Cette manière de penser à la place des citoyens, comme aux plus riches heures de Sartre et des Temps modernes, et de leur imposer, pistolet sur la tempe, l'orthodoxie du Bien, n'est absolument plus de mise en 2017, à l'heure de la mise en partage des connaissances et des réseaux sociaux. Nos Frères Prêcheurs se trompent d'époque ! La vérité ne vient plus des Salons de Lumière.

     

    Les Français en ont tellement marre des prétentions de cette clique à un quelconque magistère, que chaque leçon de ces moralistes de sunlights amène des milliers de voix au camp adverse.

     

    Alors... Alors, quoi ? Alors, qu'ils continuent, pardi ! Et nous verrons bien.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La convergence des silences

     

    Sur le vif - Mercredi 26.04.17 - 08.46h

     

    Sur les plans économiques et sociaux, sur la souveraineté nationale, le rapport à l'Etat, la défense des services publics, l'attention aux plus défavorisés, le sort des paysans, des ouvriers et des chômeurs, la question européenne, l'Allemagne, de nombreux enjeux de politique internationale, la démocratie directe, et une foule d'autres sujets, les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se rejoignent.

     

    Ils sont, l'un et l'autre, à des années-lumière du programme d'Emmanuel Macron, pro-européen, pro-américain, atlantiste, inféodé à Mme Merkel et à Bruxelles, pro libre-échange, pro libre-circulation des personnes, pro finance internationale, anti-protectionniste, bref la parfaite continuation des politiques libérales et dérégulatrices, à droite comme à gauche, menées depuis tant d'années.

     

    Dans ces conditions de proximité idéologique sur tant de sujets, de silence-tabou sur cette proximité, et d'ennemi commun en la personne du chouchou des médias, des banques, des places financières mondiales, de l'Allemagne et de Bruxelles, le silence de Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, s'explique et s'éclaire.

     

    Une partie de l'électorat Mélenchon, dimanche 7 mai, ainsi qu'une partie de l'électorat Fillon, ainsi que tant d'autres silencieux d'aujourd'hui, voteront pour Marine Le Pen. Que cela plaise ou non à M. Mélenchon lui-même : les voix de ses électeurs du premier tour ne lui appartiennent pas. Aucune voix, d'ailleurs, n'appartient à personne.

     

    Pascal Décaillet

     

  • France : l'équation s'éclaircit !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.04.17

     

    En politique comme en algèbre, il y a des moments devenus tellement complexes qu’il convient de simplifier l’équation. Juste pour y voir clair. Poser les enjeux de façon lisible. Permettre à chaque citoyenne, chaque citoyen, de se forger une opinion sans pour autant devoir pondre une thèse en Sorbonne. C’est ce qu’a fait, ce dimanche 23 avril, le corps électoral français. Non seulement il nous a sélectionné deux finalistes, ce qui était le but de l’exercice. Mais à la réflexion, toutes déceptions laissées en chemin, toute nostalgie bue et digérée, il a fait plus que cela : il se propose à lui-même de retourner dans les urnes, dans deux semaines, avec un binôme parfaitement antagoniste. Deux candidats que tout oppose. Et c’est très bien ainsi : c’est de la dialectique de confrontation, y compris douloureuse, vive, sonore, que procède la démocratie. Et non de combinazione silencieuses, entre clercs. Rien de pire que deux finalistes qui se ressemblent : les « blancs bonnets, bonnets blancs », formule choc et géniale du vieux communiste Jacques Duclos pour qualifier Georges Pompidou et Alain Poher, retenus au deuxième tour en juin 1969.

     

    Là au moins, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, les choses sont claires. Ces deux candidats ne sont d’accord sur rien. Ils divergent, de façon diamétrale, sur la notion de la souveraineté nationale française. Mais aussi, sur la continuation de l’intégration du pays à l’Union européenne, dont la France fut, dès 1957, l’un des membres fondateurs. Mais encore, sur l’opportunité de garder l’euro. Sur l’existence même d’une supranationalité européenne. Sur les rapports avec les Etats-Unis d’Amérique. Avec l’OTAN. Avec la Russie de M. Poutine. Avec l’Allemagne de Mme Merkel. Sur la nécessité d’un ordre multilatéral du monde, celui qu’incarnent toutes les organisations internationales sises à Genève. Sur l’Ukraine. Sur la Syrie. Sur le protectionnisme. Sur le libre-échange des marchandises. Sur la libre-circulation des personnes. Sur la notion de frontière. Sur le contrôle des flux migratoires. Sur l’ensemble des questions économiques. Sur le rôle de l’Etat. Sur la fonction publique. Sur l’interventionnisme dans l’économie. Sur l’émergence, en France, d’une forme de démocratie directe. Sur le rôle des places financières mondiales. Sur les rapports entre finance et industrie. Sur la question agricole, dans un pays où, hélas, des paysans en viennent à se suicider. Je n’ai pris, ici, que quelques exemples.

     

    Entre ces deux France, les électeurs trancheront. Pour la première fois depuis le suffrage universel, décidé en 1962, appliqué dès 1965, ils auront à choisir entre deux candidats n’émanant ni l’un ni l’autre des grands partis antagonistes de la Cinquième. Mais d’une formation profondément protestataire, et, en face, d’un parti créé tout récemment ! C’est une donne totalement nouvelle, comme aux cartes après le brassage. Les fronts, enfin, sont d’une clarté cristalline. Une nouvelle géographie politique est en train de naître en France, jetant les anciens repères, ceux qui nous guidaient depuis 1958, aux orties. Passionnant pays !

     

    Pascal Décaillet