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Liberté - Page 948

  • L'incroyable machine à fabriquer des rêves

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    Commentaire publié dans GHI - 19.04.17

     

    Par métier, je suis un spécialiste de la politique suisse, et bien sûr aussi genevoise. Mais comme un sacré nombre d’entre nous, la politique française me passionne. A chaque présidentielle, je me laisse prendre. Les débats, je les regarde, juste après avoir mené les miens, sur Léman Bleu. J’aime la politique française, parce que j’aime la France, tout court. Son Histoire, qui m’occupe depuis plus d’un demi-siècle, oui j’ai commencé très tôt. Sa littérature. Ses paysages, si beaux, si variés. La continuité de cette Histoire, depuis des siècles, me fascine. Tout comme l’Histoire allemande. Ou… l’Histoire suisse !

     

    Enfant, j’étais l’un des seuls du quartier dont la famille avait la TV. Nous n’avions, en ce début des années soixante, que deux chaînes : « La France » et « La Suisse » ! Alors, nous regardions de Gaulle, ses numéros exceptionnels, ses jeux de voix, sa gestuelle, c’était impressionnant. Mon premier souvenir électoral est la présidentielle de décembre 1965, première du genre au suffrage universel. De Lecanuet à Tixier-Vignancour, une galerie extraordinaire de personnages. Au second tour, de Gaulle « face » à Mitterrand : les deux plus grandes figures de la Cinquième République ! Hélas, nulle rencontre entre les deux  : nous eussions eu là, entre ces deux hommes qui se connaissaient depuis leur rencontre d’Alger en 1943, le débat du millénaire.

     

    C’est le 28 octobre 1962, sur proposition de Charles de Gaulle et contre l’avis d’une bonne partie de la classe politique, que les Français, par 62,25% des votants, ont accepté par référendum le principe de l’élection du Président de la République au suffrage universel. Trois ans et deux mois plus tard, premier test grandeur nature, dont je parle plus haut. C’est une incroyable machine à fabriquer des rois, à sécréter des rêves. Tous les sept ans (et, depuis 2002, tous les cinq ans), nos voisins peuvent s’imaginer qu’ils vont pouvoir, par la grâce d’un homme ou d’une femme, réinventer la vie. Il y a un sacre, un état de grâce, puis assez vite le scepticisme, puis la lassitude, et souvent à la fin le rejet. Celui de Giscard, en 1981, avait été d’une rare cruauté, que je juge aujourd’hui, avec le recul, imméritée.

     

    Une machine à propulser des songes. Comme si le choix d’une seule personne pouvait amener à la Révolution des consciences. Il y en eut, des hommes providentiels, dans l’Histoire de France : Bonaparte à son retour d’Egypte (1799), Pétain en 1940, de Gaulle en 1944, puis en 1958, Mitterrand en 1981. Et cette fois, qui ? Franchement je n’en sais rien ! Nous verrons bien. Mais une chose est sûre : même s’il est très à la mode de parler d’une « Sixième République », on pourrait peut-être commencer par rendre hommage à l’extraordinaire solidité de la Cinquième. Née d’un homme d’exception, elle fêtera l’an prochain ses soixante ans. Et se place nettement deuxième, en longévité, derrière la Troisième République (1870-1940). Jusqu’à nouvel ordre, elle fonctionne : après tout, nos amis français ont le choix entre plusieurs candidats, qui s’affrontent. Ils en choisiront un, ou une. Bref, la machine fonctionne. On est encore assez loin de la crise de régime.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Imprévisible ? J'espère bien !

     

    Sur le vif - Jeudi 13.04.17 - 08.52h

     

    La présidentielle française est imprévisible ? Mais tant mieux, pardi !

     

    Depuis quand une élection devrait-elle être prévisible ? Pour faire plaisir aux sortants ? Aux sondeurs ? Aux médias ? Aux humoristes et dessinateurs au service du pouvoir ? Aux courtisans de l'ordre établi ?

     

    Le principe de toute élection est de remettre les compteurs à zéro. Même temps de parole, même considération pour tous. Même attention pour les propos de M. Lassalle (qu'au passage, j'apprécie beaucoup) que pour ceux des "favoris".

     

    Sinon, autant reproduire le système, comme on se passait les charges avec la robe, sous l'Ancien Régime.

     

    Beaucoup de journalistes, de commentateurs, en sont encore à l'Ancien Régime. Ils continuent de parler "d'extrêmes" pour Mme Le Pen ou M. Mélenchon, ils continuent de nous imposer la géométrie du convenable.

     

    Mais au final, le 23 avril et le 7 mai, c'est le peuple français qui tranchera. La nouvelle géométrie, c'est lui qui la dessinera. La nouvelle donne, c'est lui qui la sortira.

     

    Sa décision, il la prendra en fonction du tellurisme de l'instinct, l'intimité de chaque conscience citoyenne, et certainement pas en cherchant à faire plaisir aux nostalgiques d'Ancien Régime, qui nous brandissent le "prévisible", ou le convenable, comme d'autres nous imposaient leurs privilèges, la régale et la gabelle.

     

    Pascal Décaillet

     

  • France, souviens-toi de tes paysans !

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    Sur le vif - Mercredi 12.04.17 - 14.52h
     
     
    Quel que soit le futur Président, ou la future Présidente, s'il n'établit pas comme priorité absolue la renaissance de l'agriculture, son mandat sera un échec.
     
     
    La paysannerie française vit ses années les plus douloureuses depuis celles, autour de 1787, 1788, qui ont immédiatement précédé la Révolution. Lire Michelet ! L'ouverture des frontières, la mondialisation lui ont été fatales. Il faut tout reprendre à zéro. Il faut un nouveau Sully pour réinventer une ambition agricole. Sully, ministre d'Henri IV, ce souverain d'exception qui avait réussi à réconcilier un pays en lambeaux.
     
     
    Aucun d'entre nous n'a la moindre idée de la souffrance du monde paysan, en France, aujourd'hui. Et nous, Suisses, pourrions d'ailleurs commencer par nous pencher sur la nôtre, même si nous n'en sommes, Dieu merci, pas encore au niveau de dévastation morale de certaines campagnes françaises.
     
     
    Les candidats dits "principaux" de la présidentielle n'ont que peu parlé d'agriculture. Comme si la compétition suprême n'était qu'une joute urbaine, un derby de villes, confluant vers la finale. Comme si la campagne devait se résoudre à demeurer muette sur l'autre campagne, la vraie, celle des champs et des villages reculés.
     
     
    La France est une grande nation agricole, il suffit de la traverser ou de la survoler pour s'en rendre compte. Mais depuis des décennies, en tout cas depuis le début des années 1990, lorsqu'on a signé Maastricht et qu'on n'a plus juré que par l'Europe, la campagne française est délaissée. On se fout des paysans, on les laisse se suicider, c'est indigne du fronton de la République.
     
     
    Que le que soit le futur Président, ou la future Présidente, il devra réinventer une grande ambition paysanne pour la France.
     
     
    Pascal Décaillet