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Liberté - Page 951

  • La libre expression, notre bien le plus cher

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.03.17

     

    Sommes-nous bien conscients de ce privilège ? En Suisse, chacun d’entre nous est libre d’exprimer publiquement son opinion. Vous pouvez être de gauche ou de droite, protectionniste ou libre-échangiste, pour ou contre l’armée, la libéralisation du cannabis, le suicide assisté, l’euthanasie, vous êtes libre de le dire. C’est un trésor de notre démocratie, dûment et lourdement conquis au fil des générations qui nous ont précédés. Tous les pays du monde, de loin, n’ont pas cette chance. Bien sûr, cette liberté n’est pas absolue, aucune ne l’est. Elle doit respecter les lois de notre pays, notamment en matière de racisme. Elle doit aussi s’abstenir d’attenter à l’honneur des gens, par exemple en les diffamant. Mais enfin, ces restrictions posées, la marge de liberté est immense. Utilisons-la ! La liberté de pensée, contrairement à certaines piles, ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.

     

    La liberté d’expression est souvent invoquée par les seuls journalistes. C’est une aberration. Elle s’applique à tout le monde, entre autres les journalistes. Ces derniers peuvent s’en réclamer, mais ni plus ni moins que n’importe qui. Nous avons tous le droit d’exprimer ce que nous pensons. Mieux : avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun peut se ménager un espace, un chez-soi, où il est totalement libre de tenir son journal, commenter l’actualité, partager l’information. Vous vous rendez compte de la révolution que cela est en train d’engendrer ? Chacun peut mettre en forme. Chacun peut éditer. Chacun peut publier. J’ai beau chercher, je n’entrevois pas, depuis la découverte de l’imprimerie par Gutenberg, ou la traduction de la Bible en allemand moderne par Luther (1534), de révolution plus fondamentale dans la diffusion des idées.

     

    A nous, dès lors, de nous montrer dignes de cet exceptionnel progrès. Ecrivons, partageons, critiquons. Ne ménageons ni nos joies, ni nos colères. Mais, je vous en supplie, en respectant la sphère privée, en se gardant de toute diffamation, bref en respectant tout simplement la loi. Pour ma part, je n’en demande pas plus : la loi, toute la loi, rien que la loi. La loi, et pas la morale dominante. La loi, et pas le carcan que voudraient nous imposer toutes sortes de pouvoirs. A commencer par le plus insupportable : celui des médias. En clair, on a le droit d’être pour Trump, contre Mme Merkel, pour Fillon, pour Poutine, pour Erdogan. Et on a, tout autant, celui de les combattre. Si on doit s’abstenir de toute diffamation, on ne doit aucunement, en revanche, se sentir lié par des confluences de pensée majoritaires, étouffantes, celles hélas que la majorité des médias tentent de nous imposer.

     

    Aussi paradoxal que cela puisse paraître, moi journaliste, qui ai consacré plus de trente ans de ma vie à ce métier qui me passionne, j’appelle le public à s’affranchir de la terrorisante tutelle de la juste pensée, véhiculée par les médias. J’invite chacun d’entre nous à penser par lui-même, en se nourrissant des mille sources de la vie intellectuelle. A penser, à formuler ses idées, à les exprimer. Mais, de grâce, dans le respect des personnes. Sinon, il en sera vite fini de cette prodigieuse révolution qui s’offre à nous.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Le glas des invités décalés

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    Sur le vif - Dimanche 26.03.17 - 16.39h

     

    L’intervention ahurissante, jeudi soir, de Christine Angot sur le plateau d’une émission politique, sonne avec une clarté fracassante le glas d’une mode, surgie il y a vingt ou trente ans, celle des "invités décalés", censés représenter la « société civile », au sein de discussions sur l’avenir de la Cité. On rêve de voir poindre Eckermann face à Goethe, Malraux à la Boisserie, Gide à Moscou : la déception, toujours, est la première au rendez-vous.

     

    La « société civile » n’a jamais particulièrement demandé à se faire inviter dans les émissions politiques. Non, c’est juste un truc de journalistes, en mal d’inspiration. J’étais là, dans les séances de rédaction, lorsque cette mode est née, j’ai toujours été contre, toujours trouvé cela faux, démagogique, à côté du sujet. De même, j’ai toujours été contre les émissions mélangeant vie privée et mandat politique, où le violon d’Ingres prend l’ascendant sur la discussion autour de la mission citoyenne confiée à un élu.

     

    Remarquez que j’ai été le premier à me faire avoir. Un après-midi de préadolescence, trop fiévreux, j’avais été dispensé de l’école. Alors, avec ma mère, j’ai regardé « Aujourd’hui Madame », une émission en milieu d’après-midi. L’invité s’appelait François Mitterrand, chef de l’opposition. Il a parlé littérature, il a séduit ces dames, et tout autant le gamin malade que j’étais. Et les producteurs ont dû se féliciter d’avoir laissé perler la « dimension humaine » de l'illustre politicien.

     

    Lorsque François Mitterrand vient nous parler de Chardonne ou Chateaubriand, ç’est assurément jouissif. Lorsque Christine Angot, spécialiste de la vie privée, à commencer par la sienne, est censée en découdre avec un ancien Premier ministre candidat à la Présidence, et qu’elle s’adonne à une exécution programmée (sur commande du clan Macron ?), ça passe un peu moins bien. David Pujadas voulait faire dans le « décalage » ? Il a été servi ! Disons que nous eûmes, avec trois jours d’avance, un avant-goût de l’heure d’été, sauf qu’au lieu d’avancer la montre d’une heure, on nous a propulsés dans les plus éblouissantes années-lumière du hors-sujet. Mme Angot se voulait impertinente ? Elle fut, tout simplement, non-pertinente.

     

    Le responsable, ça n’est pas elle. Elle a répondu à une invitation, celle de David Pujadas. C’est lui qui doit répondre de cette incongruité. Soyons clairs : écrivain de l’intime et la vie privée, n’ayant d’horizon que celui-là, spécialiste du clash sur les plateaux pour promouvoir ses derniers ouvrages, Christine Angot n’avait strictement rien à faire dans une émission politique, à quatre semaines de la présidentielle. Résultat : on ne sait toujours rien, faute d’avoir pu l’établir dans un vrai questionnement de journalisme politique, des paradoxes de la candidature Fillon face, par exemple, à l’ultra-libéralisme, la fonction publique, ou l’Europe.

     

    Dans cette lamentable affaire, c’est aux médias qu’il faut en vouloir. Dans cette campagne, on n’a toujours pas parlé de l’essentiel : l’avenir de la France, sa souveraineté, son indépendance, ses assurances sociales, ses réseaux de solidarité pour protéger les plus fragiles, le sort de ses paysans, de ses ouvriers, de ses chômeurs, etc.

     

    Non. On a juste relayé, misérablement, la campagne orchestrée par un camp pour avoir la peau d’un homme. Et on a juste essayé de « faire le buzz » avec des invités décalés. Je hais cela, de toutes mes forces.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Bravo, Madame Angot. Continuez.

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    Sur le vif - Vendredi 24.03.17 - 17.12h

     

    Hier, sur le coup de 22h, Christine Angot a déboulé. Elle a surgi dans un univers qui n’est pas le sien, dans lequel elle n’avait rien à faire, où il était totalement inopportun, voire franchement manipulateur, de la part de David Pujadas, de l’inviter.

     

    Une émission politique – je crois savoir de quoi je parle – doit demeurer, dans la Cité, un lieu d’échanges rationnels. On s’affronte, pourquoi pas violemment, le ton monte, aucun problème. Mais tout cela, au nom d’antagonismes dans l’ordre des idées. La gauche contre la droite, le souverainisme contre l’interdépendance, le libre-échange contre le protectionnisme, etc.

     

    Si j’avais un jour M. Fillon face à moi, j’aimerais tant comprendre, par exemple, d’où lui vient, lui naguère proche du gaulliste social Philippe Séguin, cette voracité libérale que je rejette depuis toujours. L’explication serait dure, mais franche, correcte, respectueuse. Elle tournerait autour d’un thème, non d’une personne, en tout cas pas sa vie privée.

     

    Mais ce monde-là, celui des antagonismes rationnels d’une émission politique, est à des millions d’années-lumière de celui de Mme Angot. Jamais je n’ai entendu cette dame, depuis quelque vingt ans qu’elle sévit sur les plateaux, tenir un discours argumenté, nourri d’Histoire, de culture politique, sur les intérêts supérieurs de la Cité. Non. Toujours la vie privée. J’ai pensé, hier soir, au malaise légitime qui avait été nôtre, il y a plus de trente ans, lorsque la grande Marguerite Duras, au nom de l’instinct, s’était permise une piste autour de l’affaire du Petit Grégory, un meurtre d’enfant, terrible, dans les Vosges. Cette intime conviction, jetée en pâture à l’opinion, était insupportable.

     

    Hier soir donc, Mme Angot a surgi. Elle avait préparé son petit numéro, qui n’avait pas à être un dialogue, elle l’a précisé. Elle avait concocté son réquisitoire, autour d’une histoire de bracelet et de costumes, évidemment passionnante dans une émission politique, à quelques semaines de la présidentielle. Elle avait pris soin d’assaisonner sa diatribe de la bonne vieille morale des écrivains de gauche, donneurs de leçons. Quelques semaines plus tôt, elle avait publiquement demandé à François Hollande de revenir sur sa décision, et se présenter tout de même. Son camp, au moins, est clair.

     

    Elle avait amoureusement préparé son petit numéro. Hélas pour elle, après huit minutes de honte télévisuelle dont M. Pujadas devrait avoir à répondre, elle est sortie en lambeaux. Elle a trouvé, face à elle, un homme admirablement maître de lui, demeurant courtois alors qu’il était légitimé à l’étriller. A ce moment, face aux Français, ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent, François Fillon a montré qu’il avait la distance et la stature présidentielles.

     

    Mme Angot, hier, s’est calcinée en direct. Par son exceptionnelle contre-performance, elle a ridiculisé plus d’un siècle de tentatives, rarement heureuses, des écrivains de se frotter aux politiques. Elle a insulté le Zola du 13 janvier 1898, celui de l’Aurore, mais aussi Gide et Malraux, Duras, Sartre, et tant d’autres. Elle a rabaissé le champ d’action de l’écrivain, dont on se demande d’ailleurs à quel titre, sous prétexte de ses qualités de plume (je ne juge pas ici celles de Mme Angot), il aurait plus que d’autres, au fond, le droit à l’expression sur la Cité.

     

    Mais enfin, ce droit étrange, une vieille tradition française le lui concède. Hier, toute seule, en huit minutes d’autodafé que personne ne lui demandait, Mme Angot a ruiné, pour longtemps, le crédit des auteurs à venir publiquement se mêler de politique. Son suicide télévisuel entraîne dans les abysses la corporation des siens.

     

    Bravo, Madame. Continuez.

     

    Pascal Décaillet