Jeudi 20.08.09 - 20.15h
Des excuses, des excuses, des excuses. Il n’y a plus que cela : des excuses.
Aujourd’hui, Monsieur, en Suisse, on ne fait plus de politique : on saigne ses genoux sur le chemin rugueux de Fatima, celui de la rédemption par la repentance, brûlante, sous la canicule.
Que la police genevoise ait interpellé de façon trop musclée, quant à la forme, le fils Kadhafi, c’est probable. Qu’il y ait eu disproportion, soit. Mais enfin, il y a surtout eu maltraitance de domestique, c’est cela qui est inadmissible, cela que la loi suisse – la seule qui vaille en nos frontières – condamne. En Suisse, il n’y a ni gueux, ni fils de prince : il y a l’égalité de tout humain, quel qu’il soit, devant la loi. À cet égard, les autorités genevoises n’ont pas eu tort, sur le fond, d’interpeller Hannibal Kadhafi, comme elles l’auraient fait pour n’importe quel autre justiciable.
Au final de cette lamentable affaire, voici donc le chef de l’Etat suisse en situation de Canossa devant ce très grand défenseur des droits de l’homme qui, depuis juste quarante ans, avec la sagacité qu’on sait, préside aux destinées de la Libye. La Suisse, vieille démocratie, d’au moins 161 ans, modèle à bien des égards, pieds nus et en chemise devant le maître de Tripoli. L’image, pour l’opinion publique de notre pays, pour le principe d’égalité devant la loi, est tout simplement insupportable.
Non, Monsieur Merz, la Suisse n’avait pas à présenter d’excuses.
Pascal Décaillet
Liberté - Page 1564
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La Suisse n’avait pas à présenter d’excuses
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Le bel été de Christian Levrat
Jeudi 20.08.09 - 07.45h
Ah, le bel été de Christian Levrat ! Insouciant, sifflotant, comme un merle moqueur par un petit matin de canicule.
Présider un parti qui n’est pas directement concerné par le remplacement de Pascal Couchepin, donc se retrouver arbitre, c’est être courtisé par tous. Il y a, dans la vie, des situations plus désagréables. Alors, va pour les apéros, va pour les cacahuètes de Locarno avec Fulvio Pelli. Et puis, le coup suivant, va pour la découverte, sur les ondes publiques, des incroyables convergences du PS avec le PDC en matière d’assurance maladie. C’était hier soir, avec Christophe Darbellay.
À entendre les deux hommes, ce savoureux dialogue de Dom Juan et de Monsieur Dimanche, il n’y aurait qu’ordre et beauté entre les deux partis. Intersections. Visions communes. Confluences. Il y aurait tant à reconstruire, ensemble, sur les décombres de l’ère Couchepin. Tant de lendemains qui chantent. Tant de roses, avec tant de résédas.
C’est fou, la politique, comme ça peut vous déconcerter. Allez, tant qu’on y est, allons-y pour la fusion. Une petite prière sur la tombe de Jaurès. Et quelques roses sur celle de Léon XIII. Et après, pour fêter ça, on va prendre une caisse ensemble. Une bonne caisse. Mais unique, c’est juré.
Pascal Décaillet
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Monsieur X doit-il être le docteur Berlitz ?
Mercredi 19.08.09 - 09.10h
Celui qui signe cette chronique est germanophile, germanophone, a enseigné l’allemand avant de se lancer dans le journalisme, a été correspondant à Berne, lit tous les jours la presse alémanique, et bien souvent la presse allemande. On ne lui fera donc pas procès de méconnaissance de cette langue et de cette civilisation auxquelles on reproche à Pascal Broulis de rester à ce point étranger.
Mais il vous dit, le signataire de ces lignes, que ce procès à Broulis, si sonore et si longuement instruit hier soir sur les ondes publiques, est à côté de la question.
Bien sûr, un conseiller fédéral doit entendre la langue de l’autre. Et si, au départ, ça n’est pas le cas, il doit assurément aller à la rencontre de cette langue, ce que Jean-Pascal Delamuraz avait entrepris, avec cœur et détermination, dès les premiers mois de sa charge. Prendre des cours, éveiller son oreille, aller vers des idiomes et des sonorités qui lui seraient étrangers. Bref, s’atteler à cette aventure, l’une des plus belles, qui s’appelle le chemin vers une langue. Assurément, se contenter systématiquement d’une oreillette dans les commissions et les séances couperait l’élu, non du sens, mais de quelque chose de tellement fort dans le terroir verbal, l’imagerie, la représentation : une langue, ce sont aussi des syllabes, des sons, des couleurs, un rythme, des intonations.
Tout cela, oui. Mais tout cela, Broulis s’y est engagé. C’est un travail de plusieurs mois, et non de quelques jours. Dès lors, lui tomber dessus parce qu’il aurait raté une rencontre avec les Alémaniques relève davantage du procès en sorcellerie que de l’analyse politique. Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin parlent finalement allemand, enfin leur allemand à eux, avec leur accent, mais cet effort, ils l’ont entrepris. C’est cela qu’on attend d’un conseiller fédéral, avoir parcouru un chemin. Point besoin d’être bilingue, mais avoir fait l’effort, sur la durée, d’aller vers l’autre.
Une chose encore : le culot de certains élus, notamment UDC, de Suisse alémanique, lorsqu’ils lancent ce grief à Pascal Broulis. Et le français, eux, ils l’ont, une seule fois dans leur vie, murmuré ?
Ce procès à Pascal Broulis, au final, est aussi injuste que celui, en défaut de latinité, intenté à Urs Schwaller. Chacun de ces deux hommes, et quelques autres aussi parmi les candidats, a la carrure pour devenir conseiller fédéral. Qu’on les juge pour ce qu’ils sont, leurs legs dans les exécutifs cantonaux où ils ont siégé, leurs projets pour la Suisse, mais pas sur des présupposés ethniques indignes de notre débat national.
Il y a ce vers d’Aragon, tellement beau, qui pourrait résumer l’aventure suisse, la lente création de cette rencontre avec l’autre. Celui qui parle une autre langue. Celui qui vient d’ailleurs. Celui vers lequel nous tentons un chemin : « J’arrive où je suis étranger ».
Pascal Décaillet