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Liberté - Page 1562

  • Manuel Tornare, ou la pyrotechnie du désir

    Donc, la tornade.

    Les socialistes genevois s’imaginaient déjà une campagne bien peinarde, la parité apaisée entre un sortant et la nécessité d’une femme. Une campagne de petits vieux, au fond, sans tension ni désir. Promenade de santé. Juste pour digérer.

    Mais c’est quoi une campagne, connaissez-vous seulement le poids des mots ? Acte de guerre. On s’y étripe, on s’y surprend, on s’y piège. Et fratricide, en plus : le pire des ennemis, en politique, c’est le plus proche, ton autre toi-même, celui qui te ressemble. Peut-être dort-il dans ton lit, se faufile-t-il dans tes rêves.

    Bref, hier, Manuel Tornare a surgi. Comme un delta de dilatation dans les équations trop sages des puissants penseurs du PS. A la mathématique d’ombre de leurs prévisions, le nouvel arrivant va substituer une physique de lumière. La campagne, il daignera l’inonder de ses rayons, submergeant de pénombre la géométrique tristesse de ses rivales. Trianons, jardins, jets d’eau, fééries, pyrotechnie du désir : il suffira au Prince d’apparaître. Le soleil aura rendez-vous avec la lune, juste pour l’indicible plaisir de l’éclipser.

    Il suffisait de le voir, hier soir : ce sourire, cette illumination de la prunelle dévoilant l’extase d’avoir joué un sacré coup à la grisâtre égalité des camarades. L’homme avait rajeuni de dix ans, piétinait d’en découdre, pulvérisant la parité comme poudre d’archaïsme. Ah, le beau candidat !

    Social-démocrate, cultivé, bon magistrat pouvant se prévaloir d’un bilan, apprécié d’une bonne partie de la droite, le maire de Genève constitue, et bien au-delà de son parti, le candidat idéal pour accéder au Conseil d’Etat. Mendésiste, il ne méprise pas l’économie. Humaniste, il ne méprise pas l’individu. Lettré, il ne confond pas la culture, ni l’éducation, avec l’assistance sociale. Dans son combat, qui cherche-t-il à abattre ? Une femme, vraiment ? Vous croyez ?

    Oui, les socialistes se préparaient à confondre une campagne avec une promenade dans le vieux parc solitaire et glacé, cher à Verlaine. Et puis, soudain, le Soleil est arrivé. Ils vont tout entreprendre, mille parasols, pour l’empêcher de nous irradier. Mais lui, déjà, a remporté la première manche. De l’astre au désastre, l’équilibre tient parfois à un fil. Celui du destin, peut-être ?

    Pascal Décaillet

  • Haute Route

    Si douce était sa voix, et minérale son écriture, de Dranse et de limon mêlés, là voilà donc, cette œuvre, elle ne fait que commencer. J’aurais voulu être au Châble ce lundi matin, l’église de mon baptême, j’y serai en pensée. Là-bas, tout le Valais, tradition et révolution, Dieu et Diable, terroir et ciel, pays et diaspora. Quel pays ?

    Auteur régional ? Vous voulez rire. L’infinité de ce cadastre-là, on en redemande. Valais, Judée, mêmes Bibles, mêmes Psaumes, poussières de désert, fragments de solitude. De la bassesse à l’Elévation, quel chemin ? La Haute Route de l’Ecriture ?

    Oui, l’œuvre de Chappaz ne fait que commencer. Samedi, dans une grande librairie de Genève, nul rayon spécial, rien. Comme un hommage du vide et du silence à cette œuvre qui foisonne.

    Mais la vraie vie est-elle celle des bornes de nos existences ? Sainte Ecriture ou vaine pestilence, eau de source ou boue d’alluvions, la voilà cette œuvre, à nous offerte, et pour longtemps.

    Merci Kuffer, merci Jean Romain pour vos hommages. Merci Pierre-Marie, de Chamoson et de Poitiers, de m’avoir, un jour de 1976, indiqué que cet auteur-là existait. Merci à tous les profs qui le liront avec leurs élèves. Merci à lui, surtout, d’avoir porté si haut l’art d’écrire. Sur les cimes. Si universelles qu’elles en perdent leur accent.

    Pascal Décaillet

     

    Tribune de Genève - Lundi 19.01.09

  • Chez nous, chez eux

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 15.01.09

     

    Ils représentent la Synagogue ou la Mosquée, se côtoient dans Genève depuis tant d’années, s’interpellent par leurs prénoms, se tutoient. Cela s’appelle le dialogue interreligieux, notre ville cosmopolite s’y prête à merveille. Cela, en temps de paix, donne presque l’impression d’un monde réconcilié.

     

    Lorsque, là-bas, les armes se font entendre, même ces hommes de paix, d’ici, redeviennent les représentants de leurs clans respectifs. Comme si l’appartenance, avec ses petites griffes lacérantes, était plus forte que le verbe de lumière de leurs discours.

     

    Oh, certes, nulle douceur ne les déserte, mais en ces temps d’horreur (et les événements de Gaza en sont un), certains, et des plus brillants, et des plus translucides dans la métaphysique, deviennent aveugles aux victimes de l’autre camp. Ou les sous-estiment. Tellurisme de l’appartenance, auquel, sans doute, nul d’entre nous n’échappe.

     

    Et nous, d’ailleurs, qui serions-nous pour les juger ? Avons-nous des familles à Gaza, écrasée par l’attaque ? Ou dans des villages israéliens à portée des roquettes du Hamas ? Dire aux uns et aux autres que nous demeurons leurs amis. Aider les efforts humanitaires. Tout faire pour la coexistence, un jour, de deux Etats, là-bas. Leur dire, aussi, aux uns et aux autres, qu’ils sont ici chez nous. Chez eux, tout simplement.

     

    Pascal Décaillet

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