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Liberté - Page 1558

  • Philippe Bender éblouissant sur Canal 9

    Sur le vif - Dimanche 01.03.09 - 16h

    Frère de Léonard, donc l’un des fils d’Arthur, conseiller d’Etat radical des années 60-70, l’historien Philippe Bender est en train, en ce moment même, de donner une éblouissante démonstration de son érudition politique, sur les ondes de Canal 9.

    http://www.canal9.ch/television-valaisanne/operations-speciales/cantonales-2009-le-direct.html

    Invité comme consultant, l’homme de Fully analyse et décortique à l’arraché les premiers résultats des élections cantonales valaisannes, renvoie au Sonderbund et à la bataille du Trient, décline de tête les noms de toutes les familles de toutes les communes, est capable de citer à l’unité près les résultats nominatifs de centaines de candidats aux dix-neuvième et vingtième siècles, dans le Haut, dans le Centre comme dans le Bas. Une démo. Un maelström. A déguster, très vite.

    Philippe Bender : un bloc de granit. Une masse. Naguère commandant d’une compagnie de grenadiers de montagne. Aujourd’hui grand officiant de l’Arche sainte du radicalisme, canal historique. Ceux de Fully-Martigny. Les durs des durs. Aucun mandat électif, juste l’onction du grand prêtre. Une passion intransigeante, sans limites, pour l’histoire de son canton, les généalogies, l’organisation politique du Valais, de l’époque des dizains à celle des districts. La mémoire de mille éléphants lâchés dans la broussaille, le souvenir de toutes les bagarres, toutes les rognes et toutes les rancunes. Toutes les vendettas.

    A quoi s’ajoute une culture politique générale, notamment sur les grandes idéologies autour de 1848, qui font de ce locuteur-là, conteur autant qu’il est démonstrateur, l’un des personnages les plus impressionnants à écouter lorsque le démon de la politique étreint et torréfie son discours.

    Pascal Décaillet

     

     

  • Darbellay, forme olympienne

    Pas encore 38 ans, des dents comme des poignards, une dionysiaque ivresse de vivre, une attraction magnétique pour l’altitude, celle du pouvoir. Alors, il marche. Il les connaît, ces cabanes de mon enfance, lever à 2 heures du matin, le guide qui réveille toute la chambrée, et on s’équipe et on s’harnache. Cliquetis, chaussures, on grommelle, ou maugrée, mais on y va, dans le froid. Lampe frontale. Et départ pour la Ruinette. Ou le Pigne. Et c’est l’arête, comme une lame : à gauche le vide, à droite le vide. Le destin d’un centriste. Disons juste une hyper-sensibilité à la direction du vent, il faut bien rester debout, non ?

    Depuis quelques jours, Darbellay-le-Cosaque s’est mis en tête de harceler Merz. Le pauvre argentier est en pleine retraite de Russie, et l’autre, la nuit, hulule et vocifère, menace, gronde, tournoie. Plus une seule intervention sans qu’il ne demande quasiment la tête du président de la Confédération ! Bon, c’est clair, il la veut, la place de Couchepin : aussi vrai que les Français parlent aux Français, les Valaisans succèdent aux Valaisans, alors ça le tenaille, ça le travaille, ça fermente au-dedans. Et ça se voit, tellement ! L’ambition du pouvoir, c’est comme l’amour : il y a un moment où on ne s’en cache même plus. La fuite en avant. Vers quel destin ?

    Reste que cette voracité assumée fait plaisir à voir. Avec ou sans le Kilimandjaro, un fauve reste un fauve. Il est né comme ça, Darbellay, et en plus il a la compétence, et une force de travail exceptionnelle. Son destin est d’essayer de conquérir le pouvoir. Il réussit ou non, mais l’appel de la chasse, régulièrement, l’invite à reprendre le sentier de la guerre. Pour ma part, je préfère mille fois cette franchise dans le rapport au pouvoir à l’hypocrisie de ceux – ou celles - qui en crèvent tout autant d’envie, dans leurs viscères, mais se contentent « de se tenir, le cas échéant, à la disposition de leur parti ».

    La Suisse va traverser des temps difficiles. Pour affronter les tempêtes, il faut des caractères. Pas des gentils. Pas des doux. Des caractères.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • La nausée par l’équilibre

    Sur sept conseillers d’Etat genevois, cinq se représentent. Autant dire que la marge de renouvellement de l’électeur, si ce dernier devait appliquer avec obédience les consignes des partis, est bien faible !

    Donc, justement, pas d’obédience. Pas de fidélité aveugle. Du sens critique, du droit d’inventaire, de l’imagination : on a trop longtemps, dans ce pays, reconduit par automatisme, par routine, des équipes fatiguées. Copains, coquins, compagnons de réseaux, amitiés transversales, jeu de ficelles où tous se tiennent. Terroir, Territoire, amicales, tutoiements, bedaines de cocktails, réconciliations à la buvette, quand ça n’est pas sur l’oreiller. La bonne vieille politique de toujours, à gauche comme à droite d’ailleurs, bien pépère. Avec une incantation, magique : l’équilibre.

    Mais c’est quoi, l’équilibre ? C’est une force qui en annule une autre. En sciences physiques, c’est passionnant ; en stratégie de victoire, c’est un tantinet désespérant. Pour qu’une vision du monde l’emporte (pour quatre ans) sur une autre, il faut une dialectique d’affrontement, avec des moments d’offensive qui passent par un déséquilibre, un imprévu, une percée. Privilégier la guerre de mouvement sur celle de position. L’équilibre, il viendra bien plus tard. Comme résultante d’une confrontation, non comme donnée de base, pataude et résignée.

    Ainsi, quand j’entends dire que telle personne va casser la baraque sous le seul argument qu’elle « représente la sensibilité des communes », je me dis qu’il pourrait peut-être exister, ici-bas, des desseins un peu plus ambitieux. Oh, je ne demande pas Arcole, ni qu’on se saisisse chaque jour du drapeau pour franchir le pont sous la mitraille, mais enfin la « sensibilité des communes », j’ai connu des slogans de campagne plus exaltants.

    De quoi s’agit-il, cet automne ? D’élire un gouvernement, pour quatre ans, en période de crise économique et financière, qui malheureusement ne va pas se tasser d’ici novembre. Ce Conseil d’Etat aura besoin d’une action commune et cohérente, et pas juste tricotée pour le discours de Saint-Pierre. Il aura besoin d’hommes et de femmes de caractère, avec de l’audace, de la vision. De gauche ou de droite, l’électeur en décidera. Mais de grâce, des personnalités fortes. Pas des passe-murailles.

     

    Pascal Décaillet