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Liberté - Page 1557

  • Le désir de l'ogre

     

    Portraits de campagne - No 1 - TG - 12.03.09

     

    Quand vous lui parlez de son âge, il vous défie de tous les feux de sa prunelle et vous invite à courir avec lui le semi-marathon.  Cet homme-là est fontaine de jouvence, Docteur Faust, désir demeuré désir, boulimie. D’ailleurs, dans son nom de famille, il y a « ogre » : Christian Grobet. Il faut croire aux lettres, aux syllabes, elles nous façonnent.

    Il ne travaille pas, il dévore. Il n’ambitionne pas, il engloutit. Il ne rêve pas de retour sur la scène, non, il y travaille avec intelligence, tactique, acharnement. Peu importent les masques, Alliance de gauche, AVIVO, ils ne sont que des haillons d’éphémère.

    Qu’importe la couleur, la bannière. Pourvu qu’il y ait combat. Le chevalier errant ne meurt pas : il tombe, se relève, repart en guerre. Contre des moulins ? Peut-être. Mais il se bat. Et se battant, il vit, se régénère. On le dit d’un autre temps, déjà il nous dépasse, nous survit, nous succède.

    Conseiller d’Etat, Christian Grobet a marqué son époque. Opposant, imprécateur, laboureur de la Reconquista, il ne cesse de se pencher à terre pour ramasser tous les foulards. Relever tous les défis. Ce serait bien le diable s’il ne finissait par tenir un rôle signalé dans la campagne de cet automne. Le diable, oui. Méphisto. Ce compagnon du Docteur Faust. Pour la vie et pour la mort. Pour le meilleur et pour le pire.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Souliers de satin

    Chronique parue dans la Tribune de Genève du 09.03.09

     

    Plus s’écoulent les années, plus le courage exceptionnel de Laurent Flütsch attise mon esprit et aiguise mes sens. Blesser, dimanche après dimanche, les catholiques de Suisse. Donner de « Sa Sénilité » (hier, 11.08h) à leur chef spirituel, en se recroquevillant derrière l’immunité de la satire. Brandir l’ostensoir de la Raison triomphante face à l’obscure folie du religieux. Avoir avec soi les rieurs, la mode, le monde et les mondains, la modernité qui pétille et qui fait « pschitt ».

    C’est cela, le petit monde de Monsieur Flütsch. Feu libre, au nom de la liberté d’expression, sur une communauté tout entière, ses valeurs, ses références. Et la doxa dominante qui se rit et qui se gausse, et toute cette obédience qui n’en peut plus d’applaudir. C’est l’humour au service du pouvoir et des majoritaires, qui se croit de catacombes mais danse et se dodeline sur les marches du trône.

    Fou du roi ? Fou engraissé par le roi, qui sautille en souliers de satin sur le ventre repu du souverain. Contre-pouvoir en pantoufles, tellement officialisé qu’il en devient, par inversion, le pouvoir lui-même, riche de ses seules routines, illuminé de ses propres certitudes. Dimanche après dimanche. Ca n’est plus une émission. C’est l’Angélus. Et le pays profond qui s’agenouille. Pour rire de la bonne parole. Jetée aux quatre vents. Amen.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Treize étoiles, mais sans révolution

    Sur le vif - Dimanche 01.03.09 - 19.25h

     

    En Valais, la montagne est si belle, alors de grâce, expliquez-moi : pourquoi faut-il, tous les quatre ans, qu’elle accouche d’une souris ? C’est sans doute l’ambiance de Carnaval, le goût des Valaisans pour la fermentation verbale, cette Flandre en instance de verticalité : tous les quatre ans, on s’aiguise, on s’échauffe, on se surexcite en préliminaires. Et puis, le dimanche, on vote. Et le lundi, on se rhabille.

    Donc, le PDC, qui tient le canton depuis 160 ans, ah cette époque bénie où radicaux et conservateurs se précipitaient mutuellement dans le Trient, a certes placé ses trois candidats en tête (Jean-Michel Cina 40.016 voix, Maurice Tornay 32.528, Jacques Melly 32.084), mais, dans le Valais romand, ce parti a réalisé son plus mauvais résultat historique. C’est la dure réalité, les faits têtus, que Raphy Coutaz, le président du PDC du Valais romand, avait quelque peine à encaisser, à 18h, sur les ondes de la Radio Suisse Romande.

    La cause de cette contre-performance est évidemment à chercher dans la déception crée le 6 juin 2008, à Conthey, lors de la désignation de Maurice Tornay, d’Orsières, contre l’étoile nationale Christophe Darbellay. Et celle, le même jour, de Jacques Melly contre Marie-Françoise Perruchoud-Massy, ancienne cheffe de groupe au Grand Conseil, plus progressiste.

    Pour le reste, on notera la quatrième place du ministre de l’Instruction publique sortant, le radical Claude Roch (29.265 voix), et le bon résultat de la socialiste de Brigue Esther Waeber-Kalbermatten (26.438), qui devrait devenir la première femme conseillère d’Etat de l’Histoire du Valais. L’événement de cette élection.

    En Valais, il est d’usage, parfois, de renoncer au second tour au profit d’une élection tacite des cinq candidats arrivés en tête du premier. Cela, cette fois, ne devrait pas être le cas. D’abord, à cause d’Eric Felley, journaliste devenu candidat, et trublion singulièrement talentueux de cette compétition électorale, qui a bien envie de prolonger d’une quinzaine l’état de lévitation qui est sien. Ensuite et surtout, parce que le score très faible de Maurice Tornay et Jacques Melly pourrait amener certains PDC, d’ici mardi (dépôt des listes) à avoir envie de lancer des jokers dans le deuxième tour. En relançant dans la course les recalés du congrès de juin 2008 ? C’est possible, mais peu probable : une fois de plus, on va sans doute, de préférence, laisser ronronner la machine à Tinguely, et envoyer à Sion les candidats officiels.

    En Valais, la Révolution, c’est comme celle des astres, quand on les observe au télescope : on vient d’en manquer une, alors on s’installe déjà pour la prochaine. Bien assis. Un peu dépité. Mais tellement heureux de cette nuit treize fois étoilée, bleue comme les mers du sud. Allez, la Révolution, ce sera pour la prochaine fois !

     

    Pascal Décaillet