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  • Léon XIV, l'Algérie, le début de la vraie vie

     
     
    Sur le vif - Lundi 13.04.26 - 17.39h
     
     
     
    L'Algérie. Fascinant pays, fascinante Histoire. Terre de lumière, encore africaine, si proche de l'Europe. Choisir ce pays-là, quasiment aucun chrétien, juste quelques milliers, Islam religion d'Etat, églises construites lors de la présence française, entre 1830 et 1962, période pour laquelle vous connaissez ma passion, mais aujourd'hui, pour beaucoup d'entre elles, désaffectées, désertées.
     
    Choisir l'Algérie comme l'un des premiers voyages pontificaux, le moins qu'on puisse dire est que Léon XIV n'a pas peur des défis. Lorsque j'ai appris l'annonce de ce voyage, je me suis dit : "Il est gonflé, quand même !". En Pologne, Jean-Paul II cherchait les foules, qui ne manquaient pas d'affluer. En Allemagne, Benoît XVI les trouvait aussi. Mais l'Algérie ! Il ne manque pas d'air.
     
    Il y a tant de pays, sur le même continent africain, ou dans cette Amérique latine qu'il connaît si bien, où le nouveau Pape était assuré de faire un triomphe, se baigner dans les marées humaines, en mondovision. Mais voici que ce disciple d'Augustin (354-430), l'un des plus grands Saints de l’Église, évêque d'Hippone (l'actuelle Annaba, sur la côte), choisit le désert.
     
    Il ne veut pas donner le signal de la popularité par le nombre. Il choisit une terre brûlante, lumineuse, dont les richesses chrétiennes, extraordinaires, datent de l'ère romaine, mais qui sont aujourd'hui vestiges. Il se rend en Algérie comme les archéologues ou les philologues allemands risquaient, aux 18ème et 19ème, le voyage de Grèce. Rendre vie à la ruine. A cela près, de saisissant : dans l'Algérie d'aujourd'hui, la friche aride, c'est l’Église catholique. Numériquement infime. Marginalisée. Non depuis 1962, mais depuis la fin de l'époque romaine, et tout au moins le douzième siècle.
     
    L'affaire est claire : le successeur du prodigieux Léon XIII, le Pape de Rerum Novarum (1891), le "Pape des ouvriers", le Pape de la Doctrine sociale, ne vient pas en Algérie comme en terre de mission. Le catholicisme y est parcellaire, infinitésimal, marginal. Il ne vient pas pour convertir. Ni pour renverser la vapeur. Il vient pour autre chose.
     
    Il choisit le désert. Les affluences discrètes. Il choisit un pays musulman, à l'heure où tant d'humains, dans nos pays, se défient de cette religion, la confondant à tort (mais certains, hélas, à dessein, j'y reviens mercredi) avec l'islamisme politique. Il ne cherche pas à convertir, il vient simplement à la rencontre. Il adresse son salut.
     
    Aux Monument aux Martyrs, à Alger, comme ce soir dans la ville d'Augustin, il vient en humain, au milieu de frères et soeurs humains. Lui est chrétien, eux sont musulmans. Lui est Américain, eux sont Algériens. Lui est disciple d'Augustin, passé longtemps par le pays des Incas, eux sont dans la filiation de deux millénaires d'Histoire, de 132 ans de présence française, de huit ans d'une guerre sanglante et déchirante, de 64 ans d'Indépendance.
     
    Ces dissemblances, ils ne cherche pas à les nier. Humain au milieu d'autres humains, il veut juste les dépasser. Américain, il sauve l'honneur de ce pays, en contre-figure d'un Président ubuesque, gonflé d'ego, d'un bagage culturel et historique aux allures bien modestes, nous poussant à une "guerre de civilisations" qui n'a pas lieu d'être.
     
    Il y a, dans ce choix de l'Algérie, quelque chose d'époustouflant. Le choix de la difficulté. La possibilité d'une nostalgie, celle du christianisme, si vivant, des premiers siècles. Le souvenir, bouleversant, des moines de Thibirine. Et pour moi celui, inoubliable, de ces deux heures de lumière passées le 27 mars 2012 avec Michael Lonsdale, venu sur le plateau de Genève à Chaud, si doux, si souriant, si aimable, pour nous parler du film "Des hommes et des dieux". Pays des Martyrs. Ceux de la Guerre d'Indépendance. Ceux de Thibrine, morts pour leur foi, au pays de lumière.
     
    L'Algérie. Le risque d'un choix qui déroute. Mais quitter la voie tracée pour le chemin de traverse, j'en ai souvent parlé avec mon ami le Pèlerin Duchosal, c'est peut-être là, le début de la vraie vie.
     
     
    Pascal Décaillet