Sur le vif - Jeudi 28.05.26 - 08.14h
Suite aux tonalités prétoriennes, et franchement déplacées, de certains colonels genevois dans le débat sur le service civil, une mise au point s’impose.
Il s’agit d’un débat citoyen, ouvert aux millions de Suisses ayant le droit de vote, en aucun cas d’un débat entre militaires et civils. Chaque citoyenne, chaque citoyen, le 14 juin, tranchera, en son âme et conscience. CE DÉBAT N’APPARTIENT EN AUCUNE MANIÈRE AUX MILITAIRES, pas plus d’ailleurs que la politique suisse de sécurité ne leur appartient.
L’armée, en Suisse, est là pour exécuter les missions que le corps des citoyens, ou ses élus, lui confient. En aucun cas, l’armée n’a à propager son idéologie propre, comme un Etat dans l’Etat, ou un Ordre de Templiers. Elle est là pour obéir au pouvoir civil.
Nul, dans le débat, n’a à se prévaloir de sa position, actuelle ou passée, dans l’armée, pour prétendre détenir des arguments plus définitifs que les autres. C’est malvenu. C’est maladroit. Ça confirme l’idée que ce durcissement du service civil est issu des pressions du lobby militariste. On se croirait aux pires moments des années 70 ou 80, à l’époque des Betonköpfe, les têtes de béton.
Le débat sur le service civil n’appartient pas plus aux militaires que la politique de santé n’appartiendrait aux professions médicales, celle des transports aux détenteurs d’un permis de conduire, ou l’environnement aux grignoteurs de graines savamment soupesées. Ce sont là des conceptions féodales, et non républicaines, du débat démocratique.
Hélas, certains colonels genevois se sont récemment conduits, dans ce débat, non en citoyens parmi d’autres citoyens, mais en donneurs de leçons, du haut de leur grade. Cela suffit. La Constitution ne leur appartient pas. La Suisse ne leur appartient pas.
Notre démocratie directe, ce bien unique au monde, auquel vous connaissez la profondeur de mon attachement, place en parfaite égalité chaque citoyenne, chaque citoyen, de ce pays.
Nul n’a, du haut de sa position, à faire la leçon à son contradicteur. Au prétexte que ce dernier, infantilisé avec mépris, ne disposerait pas de « tous les éléments » pour juger.
On s’oppose, on s’engueule, fort bien. Mais on ne sermonne pas.
J’ai moi-même fait près de 500 jours d’armée, pendant de longues années. J’ai servi ce pays. Je le sers aussi, depuis quarante ans, en faisant vivre avec passion le débat politique. Je n’accepte pas que, dans une campagne de votation, UN ESPRIT DE CASTE, dans un camp, se substitue à l’universalité républicaine.
Pascal Décaillet