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Liberté - Page 121

  • Méfie-toi du pouvoir. De tout pouvoir !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.06.24

     

    Les Genevois sont des gens sympathiques, mais je me demande parfois s’ils ne sont pas un peu naïfs. Je parle ici de leur rapport d’amour-haine avec les gens qu’ils élisent au gouvernement cantonal, ou dans les mairies des grandes communes, bref les exécutifs. A Genève, nous les désignons au suffrage universel. C’est sans doute très bien, ça leur donne une onction infiniment plus ancrée que d’être élus par un seul Parlement. Chacun d’entre eux peut dire : « Je suis l’élu du peuple, il m’a accordé sa confiance pour cinq ans, j’irai jusqu’au bout de mon mandat ». Traduction : « Foutez-moi un peu la paix, laissez-moi gouverner, je n’ai de comptes à rendre qu’au peuple, au terme de l’élection, si je me représente ».

     

    C’est bien, oui, mais cette légitimité venue d’un large corps électoral a son revers de la médaille : chaque citoyenne, chaque citoyen, qui a élu un magistrat, peut se dire « C’est mon ministre, je lui ai accordé ma confiance, peut-être même mon cœur, j’attends beaucoup de lui, il doit en être digne, il ne doit pas me trahir ». Chaque électeur peut se montrer sourcilleux, possessif, comme un amant jaloux, avec son cher ministre. On a vu ça dans l’affaire Maudet : des gens qui avaient tellement investi affectivement dans ce candidat, soudains déçus, déroutés par la violence de la déconvenue, sont devenus ses pires ennemis, comme parfois dans un couple déchiré par la séparation. Détruire ce qu’on a aimé, le poursuivre de sa vindicte. Lisez Racine, vous saisirez.

     

    Affaire Maudet, affaire Fischer. Dans le second cas, on a vu les partisans du premier se réjouir comme des petits fous des malheurs de l’ex-ministre Verte. Leur joie vengeresse, disons-le, avait quelque chose de pathétique, comme si les ennuis de Mme Fischer avaient pour vertu d’atténuer la première affaire. A ce niveau d’adhésion sectaire à un homme providentiel, la valeur grognarde d’une garde prétorienne, style dernier carré à Waterloo, noble chose en soi, cède hélas la place à l’aveuglement vindicatif. On espère autre chose de l’action politique : admirer un homme c’est bien, lui être fidèle, mais nourrir sa vie de ruminations revanchardes précipite dans l’impasse. Quant au groupe parlementaire qui soutient ce magistrat, on attend de lui, comme de tout élu législatif, indépendance, contrôle implacable de l’exécutif, y compris de son propre magistrat.

     

    Affaire Maudet, affaire Fischer, tant d’autres encore. La leçon de tout ça, c’est la noirceur immanente du pouvoir. De tout pouvoir, d’où qu’il vienne ! Politique, certes, mais aussi économique, social, patriarcal, et jusqu’à la tyrannie entre deux amants. Dès qu’une personne, homme ou femme, gauche ou droite, gentil ou méchant, occupe une position de pouvoir, elle aura naturellement tendance à un abuser. J’ai vu six fois Léo Ferré sur scène, entre 1978 et 1990 : les six fois, à la fin du spectacle, il nous disait : « N’oublie pas que le pouvoir, tout pouvoir d’où qu’il vienne, c’est de la merde ». Excellente semaine.

     

    Pascal Décaillet

  • J'ai aimé la France. Mais là, c'est fini.

     
    Sur le vif - Mardi 11.06.24 - 14.55h
     
     
    En aucun cas, Macron n'a à "lancer la campagne des législatives". Aucun Président de la Cinquième n'a jamais "lancé une campagne de législatives" ! Ca n'est tout simplement pas son rôle.
     
    Les élections législatives ne regardent pas le Président de la République. Elle sont l'affaire des 577 circonscriptions de la République française. Elles envoient au Palais-Bourbon 577 représentants légitimes du peuple français. Ils constituent, en lien avec le Sénat, le pouvoir législatif. Séparé de l'exécutif. Séparé du judiciaire.
     
    Tout cette procédure, venue de la France d'en-bas, n'a strictement rien à voir avec le Président de la République. Il procède, pour sa part, d'un autre élection, que personne ne lui conteste : il a été réélu pour cinq ans, en 2022, personne ne lui demande de démissionner.
     
    Seulement voilà. Dans le camp de Macron, il n'y a plus personne. Nulle tête n'émerge, pour peu qu'aucune n'eût jamais eu l'audace de songer à poindre. Le monarque est seul. Il n'a plus de parti, n'en a d'ailleurs jamais eu d'autre qu'une meute de courtisans, attirés par les appâts du pouvoir.
     
    Le roi est seul. Il veut être partout, tel Richard III dans ses dernières heures. Partout, il s'annonce. Partout, il se montre. Pour sa convenance, il dissout une Assemblée n'ayant rien à voir avec les européennes. Pour sa convenance, il s'invite dans la soirée électorale de dimanche. Pour sa convenance, il annonce une conférence de presse pour aujourd'hui. Pour sa convenance, il la reporte à demain. Et les chaînes françaises, plus serviles encore qu'au temps de M. Peyrefitte, plus serviles que jamais, sont aux ordres. Et il demeure encore des Français pour tolérer tout ce cirque du chef de l'exécutif, toutes ces intrusions, toutes ces entraves.
     
    Je suis fier d'être citoyen suisse. Citoyen actif d'une démocratie vivante, polymorphe, décentralisée. J'ai aimé la France. J'ai aimé de Gaulle, Mitterrand. Mais là, c'est fini. Je ne supporte plus ce spectacle du déclin et du renoncement.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Le Prince-Président qui fait joujou avec la foudre

     
    Sur le vif - Mardi 11.06.24 - 10.16h
     
     
    Dissolution de pure convenance personnelle ! Le Prince-Président renvoie chez eux 577 représentants du peuple, légitimement élus pour cinq ans, en 2022. Ils étaient encore là pour trois ans ! Ils n’avaient strictement rien à voir avec le scrutin européen de dimanche.
     
    C’est une Histoire passionnante que celle de l’Assemblée Nationale française. Elle tire ses origines de la pensée de Montesquieu, mais aussi des États-Généraux d’Ancien Régime, qu’aucun Roi ne songeait jamais à convoquer. Et plus encore, bien sûr, de la Convention révolutionnaire. Lisez absolument « L’Histoire de la Révolution française », de Jules Michelet, qui nous en retrace les grands combats, avec génie.
     
    Le droit de dissolution, réminiscence bonapartiste, abus de pouvoir de la République gaullienne depuis 1958, ne devrait pas exister dans une démocratie moderne. Tout au moins une telle décision devrait-elle provenir du suffrage universel, le même qui élit l'Assemblée, par consultation rapide, dans les cas extrêmement graves, en aucun cas par le caprice du seul chef de l'exécutif, pouvoir séparé, auquel le Parlement ne doit rien.
     
    Pour nous, Suisses, si profondément attachés au chemin démocratique, à la primauté souveraine du peuple, ce droit de dissolution du Prince est tout simplement ahurissant.
     
    Aux européennes, une masse montante du peuple français a demandé le retour à la souveraineté nationale, à la souveraineté économique, et il a exigé une régulation draconienne des flux migratoires. C’est cela qui compte, et cela seulement, ce triptyque, venu du fond du peuple français.
     
    Cette triple exigence est thématique. Elle impliquait assurément un changement radical de politique, mais nullement de prendre en otages les voies démocratiques françaises par un tour de passe-passe. La réponse du Prince-Président est au-dessous de tout.
     
    Cette entourloupe indigne marque la fin d’une belle République, dont j’ai exactement l’âge, étant né au moment du retour au pouvoir de Charles de Gaulle (juin 58), et dont je suis le destin depuis l’enfance. Cette Cinquième République, grâce à la stature exceptionnelle de son fondateur, a permis de grandes choses. Tout comme la période du 26 août 44 au 20 janvier 46, sous la direction du même homme.
     
    Mais aujourd’hui, c’est fini. Le Prince-Président fait joujou personnel avec les instruments forgés par un géant. Il joue avec la foudre. Il joue avec le feu.
     
    La France est une grande nation d’Europe. Elle mérite mieux que ce dévoiement indigne de ses institutions. À elle, en toute souveraineté, de tracer les voies du renouveau. Nous sommes au bord d’un changement de paradigme majeur, historique. Le statu-quo est à bout de souffle.
     
     
    Pascal Décaillet