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Sur le vif - Page 97

  • Ceux qui tutoient l'orgasme

     
    Sur le vif - Vendredi 02.02.24 - 14.33h
     
     
    Les députés sont des élus du peuple. Ils doivent représenter le peuple, défendre ses intérêts. Si leur langage ressemble à celui du peuple, c'est très bien, les députés ne sont pas des Académiciens. Si leurs colères, leurs fureurs, sont celles du peuple, il n'y a pas à les censurer. Les députés ne sont pas un Conseil de paroisse, ni une assemblée de géomètres autour d'un Cadastre.
     
    Il n'y a pas à censurer les députés, s'ils élèvent la voix au nom du peuple. Ils n'ont pas le droit de s'interpeller mutuellement ? C'est une règle ridicule, les élus à la Convention le faisaient continuellement (lisez Michelet, Histoire de la Révolution française), c'est une preuve de vitalité : la politique, c'est le combat. La politique, c'est la guerre.
     
    Il faut les voir, dans les minutes qui viennent de s'écouler, certains députés du Grand Conseil genevois, sur une question touchant aux résiliations des rapports de service dans la fonction publique, s'exprimer comme des hauts-fonctionnaires. Comme des chefs adjoints de RH. Comme des petits grimpaillons pète-sec, au service du pouvoir.
     
    Je n'aime pas cela. Je n'aime pas ce ton, chez les élus du peuple.
     
    Nous élisons des représentants. Des gens qui nous ressemblent. Pour interpeller l'exécutif, exiger des comptes du pouvoir, serrer au plus près les ministres, afin d'éviter les abus.
     
    Nous n'élisons pas des secrétaires généraux adjoints à titre temporaire, pétris comme des gisants, qui tutoient l'orgasme dès que surgit le mot "entretien de service".
     
     
    Pascal Décaillet

  • 13ème rente : le PLR face au risque du déclin

     
    Sur le vif - Mardi 23.01.24 - 10.26h
     
     
    Joindre le pouce et le majeur, prendre une attitude bien posée, jouer l'expert, défendre la raison arithmétique face aux pulsions des extrêmes. C'est, en gros, la stratégie du PLR dans le combat autour de la 13ème rente AVS. Vieille posture, si souvent couronnée de succès dans notre Histoire politique, que je couvre depuis près de 40 ans.
     
    La plupart du temps, le PLR a raison. On doit compter les sous, éviter tout gaspillage d'Etat. Je vais même plus loin : on ne doit dépenser que ce que l'on possède déjà. Pour moi, la dette, dont les intérêts sont payés par les contribuables et leurs enfants, c'est non. Entrepreneur, je n'ai jamais emprunté un seul centime à personne. Donc, la rigueur financière, c'est oui : sur le principe, je suis d'accord avec les plus sévères des PLR.
     
    Mais le 3 mars, le PLR pourrait bien perdre la bataille. Cette fois, il n'a pas face à lui la seule gauche, mais une bonne partie de la droite, quasiment toute la droite non-libérale, ce qui inclut un bon nombre de radicaux, et même pas mal d'UDC, regardez la section genevoise. Oui, par prise en étau, comme sur la question européenne, le PLR pourrait perdre.
     
    Une défaite du PLR, en soi, c'est supportable. Mais désolé, par sur l'AVS. Pas sur ce fleuron de nos assurances sociales. Pas sur la mémoire de 1947, à mes yeux l'une des plus grandes dates de la Suisse moderne. Pas sur le dos de nos aînés, qui ne veulent pas entendre parler de report. Perdre sur les retraites, le 3 mars, c'est prendre rendez-vous avec le déclin. Le PLR prend ce risque. Mais aussi, le Conseil fédéral, le Parlement, bref tout le monde institutionnel suisse, face à la prodigieuse vitalité rénovatrice de la démocratie directe.
     
    J'invite le PLR à se souvenir qu'il est, avant tout, l'héritier, du grand parti qui a fait la Suisse, les radicaux, y compris la Suisse sociale. Et que l'apport de l'autre aile, presque exclusivement romande (Genève, Vaud, Neuchâtel), ainsi que Bâle-Ville, bref une mini-galaxie minoritaire, élitaire, n'est que très subsidiaire dans ses fondements.
     
    J'invite le PLR à se remettre en question. Et voir cette votation du 3 mars pour ce qu'elle est : un rendez-vous de la Suisse avec son destin.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Interdire l'AfD ? Une folie !

     
     
    Sur le vif - Lundi 22.01.24 - 11.21h
     
     
    Sauf à vouloir sombrer dans une guerre civile rappelant les années 1919-1923, l'Allemagne ne peut en aucun cas interdire l'AfD. C'est méconnaître totalement l'Histoire allemande que d'envisager une telle solution.
     
    L'AfD s'impose, de plus en plus, dans le jeu démocratique allemand, notamment dans ces Länder de l'ex-DDR que je connais si bien (Saxe, Saxe-Anhalt, Thuringe, Brandebourg, Mecklenburg-Vorpommern). Elle participe à des campagnes, gagne des scrutins, parle au peuple, à commencer par les plus défavorisés, les oubliés de la Réunification. Les grandes victimes du "Wir schaffen das" d'Angela Merkel. Voyagez dans les Allemagnes : vous l'aurez sous les yeux, cette paupérisation !
     
    Bien sûr, il y eu cette idée délirante, chez certains, de "remigration" pour des personnes acceptées sur le sol allemand. Par son poids historique, sa connotation, son inhumanité, elle doit être combattue. Mais par des arguments. Il ne faut pas s'imaginer que la dissolution d'un parti dépassant les 33% d'intentions de vote dans certains Länder de l'Est résoudrait quoi que ce soit.
     
    En vérité, les "partis traditionnels", CDU-CSU et SPD, sont jaloux. Ils ont certes fait la politique allemande, alternativement et même parfois ensemble (Grandes Coalitions) depuis le Grundgesetz de 1949. Mais maintenant, c'est fini. C'est derrière. L'AfD est un parti voulu par près d'un tiers de la population. Ceux qui ne partagent pas ses vues doivent la combattre dans l'arène politique. Une décision judiciaire serait une catastrophe pour ce pays. Elle précipiterait dans des actions de rues un parti aujourd'hui engagé dans le combat institutionnel.
     
    Renseignez-vous sur cette Révolution allemande du 9 novembre 1918 (deux jours avant l'Armistice), et sur les quatre années de désordre général qui ont suivi. La CDU-CSU (à l'époque, le Zentrum, hérité des années bismarckiennes) et le SPD (déjà sous ce nom, depuis sa création au 19ème) étaient déjà là. Ils n'ont pu empêcher la montée de mouvements infiniment plus radicaux : Spartakistes d'un côté (communistes), Corps-francs ultra-nationalistes de l'autre.
     
    Sur ces années, deux conseils de lectures : "November 1918", du génial Alfred Döblin, et "Die Geächteten", les Réprouvés, chef d’œuvre signé Ernst von Salomon.
     
    Je vous invite à vous passionner pour l'Histoire allemande. Sur la longueur historique. En vous plongeant dans les textes. Dans la langue. Dans la musique. Dans toutes les nuances des documents d'archives. C'est un travail de très longue haleine. La longue approche, d'une vie entière.
     
     
    Pascal Décaillet