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Sur le vif - Page 172

  • Mobilité : la honte absolue de Plainpalais

     
    Sur le vif - Jeudi 15.06.23 - 08.40h
     
     
    L'incroyable merdier de la pointe Sud de Plainpalais, angle entre la Plaine et le Pont d'Arve, prouve une chose, avec éclat : deux semaines après le changement de ministre, les immondes habitudes sont encore là.
     
    Mépris absolu pour les automobilistes. Absence totale d'informations. De signalétique. Mise de dizaines de milliers d'usagers de la circulation devant la brutalité du fait accompli. Engagement, pour régler la circulation, de personnes n'ayant STRICTEMENT AUCUNE IDÉE de la gestuelle universelle, qui doit être claire et sans ambiguïté, de cette fonction.
     
    Qui sont ces gens ? D'où sortent-ils ? Qui les engage ? Qui les forme ? Ont-ils des contrats ? Un cahier des charges ? Une quelconque légitimité, sous prétexte que les voilà vêtus de jaune, à venir donner des ordres d'arrêt, puis de redémarrage, aux automobilistes ? C'est une tâche de police, dûment formée. C'est un métier, pas juste un job intérimaire. Ces personnes ne sont pas en cause, mais ceux qui les jettent là, en plein trafic, sans la moindre formation.
     
    Et puis, sous prétexte de "travaux sur le boulevard du Pont d'Arve", suite à un ukase qui place Genève devant le fait accompli, d'où viennent ces barrages, ces plots rouges et blancs, qui entravent les deux tiers de la chaussée sur l'un des axes les plus passants de Genève, un itinéraire capital de pénétration ?
     
    Ce pataquès est un scandale. Il suinte l'Ancien Régime, ce quinquennat de catastrophe qui s'est pourtant achevé le 31 mai, à minuit. Il porte la marque de la toute-puissance des apparatchiks de la Mobilité à Genève. Des permanents. Des intangibles. Les ministres, ils les voient passer, sourire en coin : "Cause toujours, pépère, le vrai pouvoir c'est pas toi, c'est nous".
     
    Le nouveau ministre doit, sans le moindre délai, s'imposer sur ce petit monde de toute-puissance et d'arrogance. Il doit, très vite, clarifier face aux citoyens ce qu'il entend faire, en matière de mobilité à Genève. Il doit changer les hommes, au plus haut niveau, ceux qui se croient éternels. Ce travail, c'est maintenant, dans les toutes premières semaines, qu'il doit avoir lieu. Après, ce sera trop tard.
     
    En attendant, d'urgence, il faut rétablir à Plainpalais le droit de circulation. Un chantier, ça se prépare. Ca s'annonce, des mois, des années à l'avance. Des itinéraires de déviation, ça se concocte avec sérieux, négociation. Là, c'est tout le contraire. Une bande de hauts-fonctionnaires autogérés met le peuple, d'un jour à l'autre, devant le fait accompli. Elle impose. Elle plonge le trafic dans la paralysie. Elle jette des plots sur la chaussée, qu'on peut changer au dernier moment (j'ai vu ça, hier soir), contrairement à la signalétique de déviation. Elle fait intervenir des agents de circulation dépourvus de toute compétence, toute formation.
     
    C'est une honte. Une catastrophe. Va-t-il falloir, à Genève, relancer un parti des automobilistes ? Son succès serait foudroyant. La majorité silencieuse, enfin, trouverait un relais. Un chemin serait ouvert, enfin à Genève : celui de la colère.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Le génie civil, ça existe !

     
    Sur le vif - Mardi 13.06.23 - 12.38h
     
     
    La nouvelle du jour, à Genève, pour ceux qui peut-être s'intéresseraient à d'autres sujets que ceux des bobos et des chercheuses en questions de genres, c'est le dépôt de bilan d'une importante entreprise générale du gros-oeuvre, avec de nombreux sous-traitants, et interruption des chantiers.
     
    Je me réjouis d'entendre la réaction de ceux qui ne cessent de nous décrire l'économie genevoise sous le seul prisme snobinard et bling-bling des "start-ups", des "cleantechs", des "sciences du vivant", de la "finance durable", des "emplois verts", de la "transition numérique" ou "écologique".
     
    Ben non. Loin du cliquetis des cocktails, il y a, à Genève, des milliers et des milliers de gens qui travaillent dans le génie civil. Dans le bâtiment. Dans la ferblanterie. Dans le ferraillage. Et si ce secteur-là, vital, commence à aller mal, c'est toute l'économie d'une communauté humaine qui est menacée.
     
    Envers les gens de ces métiers-là qui restent sur le carreau, la solidarité cantonale doit être prioritaire. A commencer par ceux qui exercent les boulots les plus durs, les plus éreintants.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Silvio Berlusconi, portrait

     
    Sur le vif - Lundi 12.06.23 - 15.26h
     
     
    Prenons la politique italienne depuis 1945. Ou l'année suivante, lorsqu'émerge la République sur les décombres de la guerre. Huit décennies. Sur l'immense galerie de portraits qui sépare le père fondateur, Alcide de Gasperi, de l'actuelle Présidente du Conseil, Giorgia Meloni, de qui le grand public se souvient-il ? Quels noms retient-il ?
     
    Réponse : Silvio Berlusconi.
     
    Sur les cinquante premières années, de 1945 à 1994, celles de la toute-puissance de la Democrazia Cristiana, de l'insubmersible Andreotti, de l'infortuné Aldo Moro, de Fanfani, et de l'interminable cortège qui semblait surgir tout droit d'une annexe du Vatican, où ils prenaient leurs ordres, qui sort du rang ? Quel nom sonne encore, aujourd'hui, dans les oreilles du grand nombre?
     
    Réponse : aucun, en comparaison de Silvio Berlusconi. C'est injuste, parce qu'il y eut dans le Marais démocrate-chrétien quelques hommes d'Etat. Mais trop sages. Trop discrets. Trop feutrés. En comparaison du monstre. Ils trottinaient. Lui, cavalcade.
     
    Un entrepreneur de génie. Un Président du Conseil haï ou adulé. Une énergie époustouflante. Des frasques à n'en plus finir. Un patron d'écurie. Un chef de clan. L'homme d'une bannière, avec ses couleurs.
     
    Admirable, pour sa trempe exécutive. Enfin le Président du Conseil existait, dans un régime voulu dès 1946, pour rompre avec le fascisme, comme exagérément parlementaire, une éternelle et ennuyeuse Quatrième République française.
     
    Les limites : transcender la réussite individuelle, tant admirée des Italiens, en réussite républicaine. Un grand capitaine économique ne donne pas un homme d'Etat.
     
    Les limites : les pires télévisions privées sur l'univers habité. Jouir d'un tel pouvoir, dans les médias, et n'en faire qu'une machine à variétés de troisième zone, alors qu'on aurait pu orienter cet outil extraordinaire vers l'élévation culturelle de tout un peuple, tout en le distrayant aussi bien sûr. Échec monumental : l'homme, brillant, aurait dû se rendre compte de la carte à jouer, pour entrer dans l'Histoire. Il ne l'a pas fait. C'est terrible. Le grand peuple italien méritait mieux.
     
    Les limites : le libéralisme à tout crin. Dans un pays qui a certes besoin d'admirer la réussite économique, les champions, mais qui a profondément besoin de République et d'Etat.
     
    Les limites : se servir de l'Etat comme d'un casino. Alors qu'en Italie, l'Etat est le seul garant contre les ferments de dispersion, le pouvoir hallucinant de quelques grandes familles, la toute-puissance des clans.
     
    Être un homme d'Etat en Italie, c'est être un homme au service de l'Etat. L'éclat d'une réussite individuelle, même époustouflante, ne tient pas lieu de vision d'ensemble, dans l'un des pays les plus compliqués du monde, où la République, contrairement à la France, n'a jamais vraiment réussi à s'imposer.
     
    Que repose en paix cet homme déroutant, vibrionnant, surdoué pour les affaires. Il fut, entre la chape de plomb du Marais et l'époque contemporaine, un éloquent moment de l'Histoire italienne. Et tout de même, quel homme, quel personnage, quelle existence, quelles couleurs, au milieu des visages éteints de la grande galerie.
     
     
    Pascal Décaillet