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Sur le vif - Page 168

  • D'urgence, le DIP doit être enlevé à la gauche !

     
    Sur le vif - Vendredi 24.06.22 - 09.50h
     
     
    Des sous, des sous, des sous. Chaque fois qu'on parle de l'Instruction publique à Genève, le seul et unique discours de la gauche est de larmoyer pour obtenir des "moyens".
     
    L'école va mal ? Il faut des sous ! Les connaissances ne se transmettent plus ? Des sous ! L'illettrisme gagne du terrain ? Des sous ! L'enseignement de l'Histoire, à part quelques profs magnifiques, ne donne plus aux élèves, depuis longtemps, l'indispensable approche synthétique, et diachronique, pour avoir une vision d'ensemble ? Des sous ! Les profs de géo ne jurent plus que par l'endoctrinement climatique ? Des sous ! Plus aucun élève, ou presque, n'est capable de lire un poème, à haute voix, avec l'amour de la métrique et de la prosodie, le sens du "e" muet, la passion musicale de la syllabe ? Des sous, des sous, encore des sous !
     
    Un secteur entier du DIP, s'occupant d'élèves en souffrance, dysfonctionne totalement depuis des années ? Des sous ! L'autorité politique élue a perdu tout contrôle sur cet Office ? Des sous ! Des choses très graves, méritant une Commission d'enquête, s'y sont produites, au détriment des élèves ? Des sous, des sous, encore des sous !
     
    On dirait qu'en matière de formation, la gauche a perdu tout sens de l'essentiel : la qualité, humaine et intellectuelle, de la transmission des connaissances. Pour elle, sans argent, sans ces éternels "postes supplémentaires", rien ne serait possible pour perpétuer ce miracle permanent du savoir partagé, celui dont parle Péguy, dans "L'Argent", Cahiers de la Quinzaine, 1913. Au fond, cette gauche-là ne s'intéresse pas au coeur de la question. Elle tournicote, comme les trompettistes autour de Jéricho, en hurlant : "Des sous, des sous, encore des sous !".
     
    Cet argent doit leur être refusé, et la droite a raison. Le DIP est déjà doté, en comparaison intercantonale, du budget le plus délirant du pays. Beaucoup trop de strates de contrôle, d'états-majors, de secrétaires généraux, de services de recherches, au détriment du front de l'enseignement. Ce dont le Département a le plus impérieux besoin, c'est le rétablissement de la confiance. Cette dernière, à tous les échelons, fait cruellement défaut. Le DIP est en état de décombres. Saluons les profs, les élèves, le personnel administratif et technique, les doyens et directeurs qui, malgré cette déroute généralisée de l'autorité politique, continuent, au jour le jour, de pratiquer au mieux cette incomparable rencontre humaine qui s'appelle la transmission des connaissances.
     
    En 2023, d'autres devront reprendre ce Département sinistré. Venant d'autres horizons. Ayant d'autres discours, d'autres horizons d'attente, d'autres approches intellectuelles et spirituelles, que la perpétuelle mendicité pour quémander des "moyens supplémentaires".
     
     
    Pascal Décaillet

  • France : la revanche des Girondins

     
    Sur le vif - Jeudi 23.06.22 - 09.19h
     
     
    Il faut cesser, dans les cinq ans qui viennent, de parler de Macron. Sauf dans les chasses gardées qui restent historiquement les siennes : la défense nationale et la politique étrangère. Là, son domaine réservé doit être respecté. Mais, sur les dossiers lourds des affaires intérieures, il n’a plus la main. La réforme des retraites, par exemple, ne sera plus guidée de l’Élysée, elle appartient au génie divers et complexe de la France des profondeurs.
     
    La nouvelle Assemblée en est le reflet. C’est d’elle, pour cinq ans, que procèderont les grands changements. De facto, la France est revenue à un régime parlementaire, style Troisième ou Quatrième République. Cette Révolution n’est venue ni d’en haut, ni de la rue, mais de 577 élections juxtaposées, sans rapport l’une avec l’autre, dans l’ancrage polymorphe de la France politique. 230 ans après la Convention, c’est la revanche des Girondins.
     
    C’est aussi, après une éternité d’étouffement et de silence, l’émergence tant attendue de la parole du peuple. Là, c’était pour élire une Assemblée à nulle autre pareille, ne devant rien au Prince, n’ayant nul compte à lui rendre, prête à contrôler, voire censurer les gouvernements. Sous la Troisième, sous la Quatrième, c’était chose courante.
     
    Mais le peuple de France ne s’arrêtera pas là. Il lui reste à inventer des outils de décision directe lui permettant d’infléchir le destin du pays. Et sans passer, cette fois, par les corps intermédiaires. C’était, avec le pouvoir d’achat, la grande revendication des Gilets jaunes. Macron lui avait répondu par le mépris. La brioche !
     
    Quant aux pies bavardes des chaînes privées, où caquettent encore les petits collabos de la Macronie (dont l’un, ineffable et gluant), elles peuvent continuer de répéter en boucle, toutes les cinq secondes, le nom du monarque, ne parler que de lui à longueur de journées, elles demeureront comme les perroquets d’Hergé, sur cette île lointaine où avait, trois siècles plus tôt, vécu le Chevalier de Hadoque. Et elles, répétant à l’envi les injures de l’illustre ancêtre. Transmises, de génération en génération, par des milliers d’autres volatiles en folie. Quelles plumes ! Et quelles voix !
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • La réalité fermentée des racines de la France

     
    Sur le vif - Mardi 21.06.22 - 14.49h
     
     
    Dimanche, le peuple de France a écrit une page de l'Histoire politique de ce pays, depuis la guerre, c'était le thème de mon billet d'hier. Il a livré la photographie précise des rapports de forces et des volontés politiques. Le résultat est celui qu'on sait. Il déçoit qui ? Je vais vous le dire.
     
    Il ne déçoit en tout cas pas le peuple, qui est l'auteur de ce message, et qui ne l'a pas émis au hasard. Non. Il déçoit M. Macron, qui aurait voulu une nouvelle majorité de godillots. Il déçoit Mme Borne, qui perçoit ses limites éponymes. Il déçoit M. Mélenchon, qui se voyait déjà signer, de Matignon, des lettres de cachet pour la place de Grève. Il déçoit les états-majors des partis. Il déçoit les pies bavardes des chaînes privées, qui n'en peuvent plus, depuis dimanche soir, de parler de Macron, Macron, et encore Macron.
     
    Hors-sujet ! La présidentielle, c'était il y a deux mois. Macron est élu pour cinq ans, c'est en ordre. S'il veut régner nu, c'est son problème. S'il veut partir, c'est son problème. Son destin n'a plus d'intérêt. Car dimanche, il s'agissait de quoi ? D'un autre pouvoir, totalement séparé de l'exécutif (Jeu de Paume, 20 juin 1789), qui s'appelle le Parlement. 577 élections, dans 577 circonscriptions. La réalité fermentée des racines de la France. Les élus du peuple, dans toute sa pluralité, sa diversité, ses contradictions, ses lignes de tension. Pour cinq ans (toute dissolution serait un Brumaire dévastateur pour ce qui reste de pouvoir en place), ce sera cette Assemblée-là. Avec elle, il faudra travailler. Elle sera souveraine, pour faire les lois.
     
    Le sujet n'est donc pas de savoir ce que va faire Macron. Ni quel remaniement doit s'opérer. Ni quelles alliances de circonstances. Non, non et non. Le sujet, c'est prendre acte de cette Assemblée-là. Orienter la politique française sur ce qui sera faisable, ce qui ne le sera pas. Un Parlement n'est pas là pour être l'outil du gouvernement, mais sa Chambre de contrôle. Et de censure. Ces choses-là, très courantes jusqu'en 1958, ont été mises en veilleuse depuis 64 ans. D'abord, pour faciliter la tâche à un homme de l'Histoire, revenu certes aux affaires dans l'extrême limite de la légalité, mais qui devait régler la question algérienne. Puis, au fil des ans, comme instruments de facilité pour la médiocrité. Lorsque César laisse la place à Romulus Augustule, lorsque Rome n'est plus dans Rome, il faut revenir aux grandes valeurs. République. Séparation draconienne des pouvoirs. Contrôle de l'exécutif par le législatif. Mise en congé des médiocres.
     
    Comme je l'ai écrit hier, le peuple de France a dessiné, dans le génie de son inconscient collectif, 577 fois réinventé, le visage d'une Assemblée qui ne doit rien au hasard, et doit être respecté. Les partisans de M. Macron y sont encore nombreux. La gauche radicale l'emporte historiquement sur les gentils sociaux-démocrates. Les Verts y sont aux fraises, c'est la saison. La droite nationale y fait la percée historique qu'elle méritait depuis longtemps, si le mode de scrutin ne la mettait aussi scandaleusement à l'écart.
     
    C'est cela, tout cela, rien que cela. Il faut cesser de se demander "ce que va faire M. Macron", ça n'a aucun intérêt. Il faut prendre acte de la photographie. Et s'intéresser enfin au peuple français. Dimanche, il a pris date. Il a dit : "J'existe". C'est lui, le héros de l'Histoire. Et non le Prince errant dans son Palais des Glaces.
     
     
    Pascal Décaillet