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Commentaires GHI - Page 95

  • Pour nos retraités : décence et dignité !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.03.23

     

    Il y a des jours où les Chambres fédérales, où j’ai eu l’honneur de passer quelques années comme correspondant parlementaire, ne grandissent pas la Suisse. Je n’utiliserai pas le mot de « honte », qui suinte la morale et ne fait pas partie de mon vocabulaire politique, mais comment cacher ce sentiment de colère, de révolte, face à la décision prise par le National, puis les Etats, le mercredi 1er et le jeudi 2 mars ? Il s’agissait d’indexer de 7 à 14 francs par mois les rentes AVS, pour s’adapter à l’inflation. 7 à 14 francs ! Et ils ont dit non ! Coût total : 418 millions sur un an. Pour le budget de la Confédération, c’était plus que supportable. En comparaison d’autres coups de pouce, le refus est carrément indécent : faut-il rappeler ici les milliards engagés dans le sauvetage d’une compagnie aérienne, puis dans celui d’une grande banque, enfin les crédits phénoménaux à l’époque du Covid ?

     

    Alors oui, cette décision doit être qualifiée. Elle doit être jugée par les citoyennes et citoyens de notre pays. Et elle doit avoir des conséquences politiques. Nous sommes des hommes et des femmes libres, nous voulons la justice. Nous voulons l’équité. Nous voulons la dignité. Nous voulons la reconnaissance du pays pour ces aînés, ces hommes et ces femmes qui ont travaillé toute leur vie. Et dont certains – pas tous, heureusement – tirent le diable par la queue. Allez faire vos courses, dans un supermarché, regardez-les prendre un produit, chercher le prix, puis reposer délicatement la marchandise sur l’étal. C’est ça la réalité d’un nombre considérable de retraités dans notre pays. Et on leur refuse, du haut des Chambres fédérales, une augmentation de 7 à 14 francs ! Là, désolé on arrête de discuter. On ne débat plus. On combat. Et on gueule. Parce que c’est révoltant, inadmissible, dans un pays comme la Suisse, l’un des plus prospères du monde.

     

    Je suis un homme de droite, patriote, attaché au pays. Mais là, sur ce coup, ces parlementaires de droite, dont certains éternels jouvenceaux de l’ultra-libéralisme, aux tonalités de plus en plus arrogantes et cassantes, qui ont dit non, je dis ma colère. La Suisse est un petit pays, mais c’est un grand peuple, qui a su, notamment depuis 1848, construire un Etat social, soucieux des équilibres, attentif à la cohésion intérieure du pays, bannissant tout fossé entre les citoyens. Là, avec cette décision, la violence de sa portée symbolique, on casse quelque chose. L’un des grands axes de solidarité, en Suisse, c’est celui entre les générations. Là, on le jette aux orties. La politique, on la relègue aux oubliettes, au profit de calculs de petits comptables au service des puissants. Cette Suisse-là n’est pas la mienne.

     

    Quant à la droite de notre pays, il est temps, dans toutes ses composantes, qu’elle renoue avec des valeurs autres que celles du profit et de la servilité. Nous voulons la Patrie. Nous voulons le Pays. Nous voulons l’intelligence et la culture. Nous voulons la puissance du verbe, celle de l’esprit. Il y a encore, apparemment, un certain chemin à parcourir.

     

    Pascal Décaillet

  • Zigomars

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.23

     

    Coûts de la santé, retraites, mouvements migratoires, approvisionnement en énergie : le sondage national Tamedia, publié ce lundi 27 février, est sans appel. Il rétablit enfin les vraies préoccupations de nos compatriotes, en Suisse, dans un ordre qui n’a rien à voir avec la mode sociétale, celle des bobos, des chercheurs en sciences sociales de l’Université de Lausanne, omniprésents dans nos médias de Suisse romande, ou du grand Marais centriste qui prétend abolir la gauche et la droite.

     

    Prenez les migrations. Il existe encore une bande de zigomars, en Suisse, qui refusent tout débat sur le sujet. Il faudrait le taire. Enterrer la décision du peuple et des cantons, le 9 février 2014, sur l’immigration de masse. S’étouffer de silence, dès qu’un commensal, dans un banquet, s’aventure à évoquer les problèmes posés à notre pays par une pression migratoire trop forte. Bref, il faudrait noyer le problème. Et se la coincer.

     

    Eh bien cher amis, ça n’est pas mon genre. Les problèmes, on en parle. Toutes les opinions ( je dis bien : toutes), on les laisse s’exprimer. La colère du peuple face à la trahison des clercs, on ne l’empêche pas de surgir. Le bobo douillet, on lui apprend à vivre. Les belles voix graves, noires de fureur, on les laisse poindre. On ne censure pas. Les gens qui se lèvent le matin pour aller bosser, triment toute leur vie, ne parviennent pas à mettre un sou de côté, on les laisse gueuler, eux aussi. Et cette fois, enfin, on les écoute. Bonne semaine !

     

    Pascal Décaillet 

     

  • Le débat, c'est fini. Place au combat !

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.03.23

     

    A l’école, on nous apprend à argumenter. Je me souviens, dès l’âge de treize ans, de mes premières dissertations : que pensez-vous de la peine de mort ? J’étais résolument contre, le suis toujours, mais il fallait entrer dans la mécanique ternaire, un peu convenue, thèse, antithèse, synthèse, où même l’opposant farouche à la peine capitale, que j’étais, devait consacrer un paragraphe aux arguments des partisans. C’était scolaire, ennuyeux à mourir, j’ai très vite préféré l’explication de texte : on prend le passage d’une œuvre, on le décortique, on tente de dégager les ressorts du langage, l’usage des mots, le rythme, les silences, la musique des syllabes, le processus d’écriture.

     

    Thèse, antithèse, synthèse : c’était très bateau, comme exercice, mais c’était réputé avoir la vertu de nous faire entrer dans la pensée de l’autre. Ainsi, le débat. Radiophonique, télévisé. On prend des gens d’opinions opposées, ils s’expliquent, le ton monte parfois, mais globalement on s’écoute, c’est en tout cas la conception que j’en ai. Mais franchement, à part la catharsis, la vivacité démocratique, la polyphonie, la belle humanité d’une rencontre où des antagonistes se respectent, nul débat ne change la face du monde. Dans l’écrasante majorité des cas, auprès des auditeurs, ou spectateurs, il conforte l’opinion qu’ils avaient déjà.

     

    J’aime organiser des débats. Parce que je suis un homme de voix, de direct, de radio. Mais en même temps, je vois bien que nous entrons dans un autre monde : celui du combat. Il faut être réaliste : les gens s’écoutent de moins en moins. Ils se recroquevillent dans des communautés d’idées, de visions du monde, vitupèrent l’autre en son absence, se confortent mutuellement. Cela s’appelle des meutes. Parfois sauvages, parfois phalanges, parfois joyeuses, jouissant du verbe, parfois décaties, revêches, revanchardes. Nul d’entre nous n’y échappe. C’est la nature humaine, notre nature. C’est la noirceur de chacune de nos âmes, nos cicatrices, nos souffrances, nos amertumes.

     

    Ce repli, l’époque s’y prête. Guerre en Ukraine, promesses d’Apocalypse climatique, communautarisme fragmenté autour de questions « sociétales », exacerbation de tout ce qui touche au genre, à la couleur de la peau : les sujets sont innombrables, où nous n’avons même plus envie d’ouvrir le débat. Mais juste la force, pour les plus déterminés d’entre nous, de livrer le combat. Le désert de la parole partagée précède les guerres. Surgit un moment où l’on parle seulement aux siens, on les compte, on les rassemble. L’ennemi (oui, il faut oser ce terme, et parfois le préférer à celui, trop doux, d’adversaire), on ne lui parle plus. On coupe les canaux de communication. Drôle de guerre ? Oui, Ligne Maginot, ou Siegfried, tranchées, chiens de faïence, le grand silence qui précède les chocs frontaux.

     

    Nous sommes entrés dans ce processus-là. Le temps des soliloques antagonistes se substitue à l’élégance feinte de la disputatio. Le verbe, un jour, deviendra poudre. Et peut-être, un autre jour encore, renaîtra-t-il. Mais ce sera dans un autre monde : celui d’après.

     

    Pascal Décaillet