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Liberté - Page 1065

  • La haine - Quelle haine ?

     

    Coup de Griffe - Lausanne Cités - 12.09.13
     

    Il y a, en Suisse, trois grandes familles politiques. La gauche. La droite PLR-PDC. Et puis, une autre droite, nationale ou populaire, voyez j’évite bien de dire nationaliste et populiste, regroupée sous la bannière de l’UDC. Mais avec d’autres visages protestataires : MCG à Genève, Lega au Tessin.
     
    Cette troisième famille constitue entre un quart et un tiers de l’électorat. Une personne sur quatre, voire sur trois, que vous croisez dans la rue ! Que vous l’aimiez ou non, elle existe, elle est là, et pour un sacré bout de temps. N’imaginez pas qu’elle ne relèverait que d’une parenthèse, d’un cauchemar passager.
     
    Ce Tiers-État, il faut voir comme on en parle. Avec quelle haine, quels excès : tous les électeurs de ces partis, à en croire la gauche bien pensante et la droite de bénitier, ne seraient que xénophobes, racistes, fascistes. Alors que l’immense majorité d’entre eux ne sont rien de tout cela.
     
    Ces électeurs, qui sont-ils ? Des compatriotes ayant fait le choix d’une politique en effet conservatrice, ce qui jusqu’à nouvel ordre ne relève pas du Code pénal. Attachés à la souveraineté du pays, ce qui n’est pas un crime. Défenseurs du patrimoine et souvent du paysage, désireux d’un minimum de régulation des flux migratoires, ce qui est une option parfaitement défendable. On partage leurs idées ou on les combat, nous sommes en démocratie. Mais commencer par les insulter, c’est le degré zéro de la politique.
     
     
    Pascal Décaillet

     

  • Libertaires ou inconscients ?

     

    Coup de Griffe - GHI - Mercredi 11.09.13

     

    Je serais infiniment heureux qu’on m’explique au nom de quoi les cyclistes, ou en tout cas nombre d’entre eux, ne s’estiment pas liés par le principe du feu rouge. Pourquoi les voitures, les scooters devraient-ils s’arrêter, et pas eux ? Cette transgression est, avant toute chose, dangereuse pour eux-mêmes : fragiles, ils sont les plus vulnérables en cas de collision. Mais aussi pour les autres : l’automobiliste qui doit planter ses freins parce qu’un inconscient à vélo surgit devant lui.

     

    Pire : parce qu’on ne peut pas me repérer (un radar ne peut saisir une plaque cycliste), j’enfreins la loi. Ce raisonnement, digne de la jungle, fait fi de la libre acceptation de la limite, en conscience de l’intérêt général. C’est le degré zéro du Contrat social, l’individualisme libertaire érigé en roi. Détestable.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Oskar écrivain: révélateur et revigorant

    Frontiere-FREYSINGER.jpg 

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.09.13

     

    Une très belle réflexion sur la frontière, le monde fini face aux espaces sans horizons, des citations de Rilke et Nietzsche, un style plus démonstratif et moins baroque que son dernier roman, que j’avais eu le plaisir de préfacer : « De la frontière », d’Oskar Freysinger, qui sort ces jours aux Editions Xenia, est un essai qui vaut le détour. Contrairement à son précédent livre, purement romanesque, on y retrouve, en plus de l’écrivain, un Oskar penseur et un Freysinger homme politique, attaché à une idée de frontière qu'adolescent, il avait voulu abolir, et qu’il a retrouvée, comme pas mal d’entre nous, en prenant de l’âge.

     

    En attaquant ce livre, on a évidemment en tête le chef d’œuvre de Régis Debray, « Eloge des frontières » (Gallimard), dont on retrouve les thèmes. Mais autrement. Avec la plume d’Oskar, son regard à lui, sa fantaisie qui nous trimbale de la sublime « Panthère au Jardin des Plantes » de Rilke, qui scrute le monde de sa cage, à la Cour de Louis XIV, « ce forban qui réussit à convaincre toute une nation que son lever était un acte d’Etat », en passant par les Corneilles de Nietzsche. C’est la grande vertu de cet essai, et c’est toute la trempe d’écriture de cet auteur : le fil du raisonnement, constamment, laisse surgir la puissance de l’image. Procédé évocateur, et capteur d’attention.

     

    La deuxième partie, clairement politique, s’emploie à démolir l’illusion multiculturelle, l’Union européenne, Schengen, se trompe hélas de place du Y dans le mot Libye (pages 54, 55), bref on y retrouve plus prosaïquement le conseiller national militant. C’est de bonne guerre. Au final, 78 pages bien écrites pour un essai révélateur et revigorant.

     

    Pascal Décaillet