Vendredi 20.09.13 - 19.03h
Je m’exprime ici, comme hier et avant-hier, sur les conséquences politiques du drame qui secoue Genève, et l’organisation de la communication. L’un des acteurs majeurs étant à la fois ministre chargé de la sécurité et candidat à réélection, premier tour dans deux semaines. Cas d’école, comme je l’ai déjà relevé, qui sera sans doute décortiqué, plus tard, dans les séminaires de communication de crise.
Après une semaine d’incroyables flottements, où le pouvoir exécutif s’est illustré comme voulant sauver les meubles, se protéger lui-même, chercher des responsables dans le seul échelon administratif (et surtout pas politique, donc surtout pas lui-même), tout cela jusqu’à réduire au silence, hier matin 07.35h, le chef de la psychiatrie aux HUG qui devait s’exprimer à la RSR, ce matin, enfin, nous avons une communication absolument impeccable, signée Olivier Jornot, Procureur général, accompagné de François Schmutz, chef de la Police judiciaire. Enfin, nous avons eu des faits, de la clarté, l’indication d’une direction, d’une chronologie et d’un calendrier dans l’enquête. Ces deux Messieurs ne sont pas venus les mains vides. Ils nous ont apporté des informations, c’est bien le moins quand on convoque ce perpétuel exercice de mise en scène du pouvoir qui s’appelle une conférence de presse.
Le contraste avec le bric-à-brac improvisé par le Conseil d’Etat vendredi dernier est saisissant. Il y avait là, en plus de M. Hiler, deux conseillers d’Etat n’ayant au fond rien de précis à nous dire. Seule était perceptible l’émotion, au reste fort légitime, qui les touchait ce jour-là, comme elle nous touchait tous, à Genève. Mais en termes d’informations, strictement rien. Et avoir ouvert les feux avec une haut fonctionnaire tétanisée (elle le sera bien plus encore, juste après, dans Forum), dénuée d’autorité sur le sujet, augmentait cruellement le sentiment de non-dit et d’improvisation. Pire encore : pendant que le pouvoir exécutif s’exprimait, nous parvenait un communiqué totalement laconique du Ministère public, en retrait. Il était difficile, dès ce moment-là, pour l’observateur avisé, de ne pas percevoir les premier éléments d’une rivalité entre le ministre de la Police et le Ministère Public, qu’un article de la Tribune de Genève, hier, a très bien mise en lumière.
Ce matin, après une semaine de silence, une donnée d’informations absolument impeccable de MM Jornot et Schmutz. D’abord, ces Messieurs ont préparé leur apparition, soigneusement. Ils se sont parfaitement partagé les rôles, le Procureur apparaissant comme le patron de l’enquête, le chef de la PJ s’exprimant, avec clarté et précision, sur le détail des opérations de police. Là aussi, terrible contraste avec MM Maudet et Unger, vendredi dernier, personne ne comprenant exactement ce qui relevait de l’un ou de l’autre. On le sait maintenant, du moins « on » organise toute la communication pour charger le Département du sortant, mais vendredi dernier, jour du drame, le public regardant cette prestation de deux ministres sur Léman Bleu était bien incapable de savoir ce qu’était la Pâquerette, qui la gérait, etc.
Et puis, ce matin, M. Jornot n’est pas venu avec la langue de bois, cela n’a d’ailleurs jamais été dans ses habitudes. Il établit clairement la primauté de l’enquête pénale, celle dont il est responsable, sur « l’enquête administrative » diligentée par le Conseil d’Etat, et confiée à Bernard Ziegler. Et il ajoute, M. Jornot, que dans cet exercice où un gouvernement enquête au fond sur lui-même, le Conseil d’Etat aura l’obligation de lui signaler les cas qui pourraient relever de la justice pénale. Par cette précision, loin d’être innocente, le Procureur nous rappelle une nouvelle fois qu’il est le patron.
La donnée d’informations de ce matin nous a, pour la toute première fois depuis l’éclatement du drame, donné ce qui manquait tant jusqu’à maintenant : des faits. Là aussi, contraste avec la politique de communication du pouvoir exécutif, dont il est tellement clair qu’elle est organisée à fins de trouver, dans l’échelon administratif, des fusibles. Pire : la mise en cause de la Commission des visiteurs de prison du Grand Conseil apparaît comme un dérivatif bien léger.
Voilà où nous en sommes ce soir, au-delà des grandes interviews données à la presse de Tamedia, dans lesquelles il est difficile de ne pas décrypter les intentions de se sauver soi-même. En chargeant à gauche et à droite. C’est peut-être de bonne guerre. Mais il appartient à ceux qui font métier de lire les actes et les paroles du pouvoir, de ne pas en être dupes.
Pascal Décaillet