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Liberté - Page 979

  • EWS : l'heure de l'addition

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    Édito publié ce matin, en italien, en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 22.10.15


     
    29,5% ! Un résultat incroyable. Beaucoup plus fort qu’en 2007, car à l’époque, l’UDC comprenait encore les voix du futur PBD. La Suisse qui vire à droite : toute la barre à tribord, comme on dirait en termes de marine ! Cela, pour des raisons profondes, bien au-delà de la seule « peur des mouvements migratoires » mise en avant par de timides – ou perfides – analystes.
     


    C’est un véritable changement de paradigme pour notre pays, une mutation politique, mais aussi sociologique, culturelle même ! Sans doute, cette fois, enfin, l’adieu à Mai 68, à une toute une génération née de cette idéologie. Nous entrons maintenant dans autre chose. Une autre époque, qui rejette autant les rêves libertaires que le libéralisme financier sans entraves. Nous assistons au retour de valeurs traditionnelles. Le retour, aussi, puissant, de l’idée de frontière. Celle qui, à l’intérieur, protège le faible, le fragile, le chômeur, contre la concurrence trop facilement importée de l’étranger par certains employeurs hélas bien peu patriotes, ne voyant que leur profit immédiat.


     
    Face à l’étendue de cette mutation, face à l’importance du message délivré par l’électorat le dimanche 18 octobre 2015, je vous dirai franchement que le sort de Mme Widmer-Schlumpf m’est parfaitement égal. Elle peut rester au Conseil fédéral, partir, retourner respirer l’air (tellement plus sain !) des Grisons, cela n’a aucune importance. Et la focalisation des esprits, dans toute la presse suisse, sur le destin de cette dame révèle davantage les préoccupations de sérail de toute une génération de journalistes anti-Blocher, tellement heureux de son départ en décembre 2007, qu’ils ont passé huit ans, dans leurs circuits fermés, en adoration devant une ministre qui ne présente pas, en réalité, tant d’intérêt. Elle a peut-être fait de bonnes choses, et puis peut-être pas : cela n’a aucune importance !


     
    Pourquoi ? Parce que tout l’épisode Widmer-Schlumpf est né d’une trahison. A Berne, à l’approche du 12 décembre 2007, le socialiste Christian Levrat, le Vert Ueli Leuenberger, le PDC Christophe Darbellay ont aiguisé leurs poignards. On est allé chercher, à Coire, une ministre cantonale des Finances qui faisait sans doute du bon boulot, on l’a mise au parfum, elle est partie dans la combine, et au final le putsch anti-Blocher a pu se produire. Eh bien huit ans plus tard, Madame la Grisonne, voici venue l’heure de l’addition. Si, par hasard, elle devait s’avérer salée, je n’en serais, pour ma part, pas exagérément malheureux. Ai-je été assez clair ?


     
    Mais il y a maintenant, fin 2015, un tout autre son de cloche que celui de l’automne 2007 : il ne s’agit plus de Christoph Blocher. Elle s’est éloignée, l’ombre du Commandeur ! Au point qu’une nouvelle génération UDC, cella de sa fille Magdalena, par exemple, celle du brillant patron de la Weltwoche, Roger Koeppel, occupe maintenant la scène. Dès lors, l’ambiance entre l’UDC et les autres partis gouvernementaux paraît moins dramatique qu’il y a huit ans. L’UDC a gagné les élections, elle a réalisé son meilleur résultat historique, elle est en force, en puissance. C’est cela qui compte, et non le petit bal des prétendants au Conseil fédéral.


     
    Mieux que moi, mes confrères tétanisés pas le sérail de la Coupole fédérale vous diront tout de même qu’il y a un calendrier : 31 octobre, Assemblée générale du PBD, où Mme Widmer-Schlumpf pourrait nous éclairer sur ses intentions. 13 novembre : délai pour les candidatures des sections cantonales UDC pour un éventuel deuxième siège. 20 novembre : décision des groupes des Chambres fédérales. Enfin, mercredi 9 décembre, Jour J : réélection complète, comme tous les quatre ans, du Conseil fédéral.


     
    Mais rien de cela n’a de réelle importance. Intéressons-nous aux thèmes ! Le virage à droite du 18 octobre influencera directement l’avenir de nos assurances sociales, celui de nos retraites, nos rapports avec l’Union européenne, notre gestion des flux migratoires, nos décisions sur l’avenir de l’agriculture, de la défense nationale, toutes choses infiniment plus importantes que de savoir « quelle va être la décision de Mme Widmer-Schlumpf ». Ce que l’Histoire politique suisse retiendra de l’automne 2015, c’est le 18 octobre. Avons-nous simplement pris la mesure de ce qui s’est produit ce jour-là ?


     
    Pascal Décaillet
     
     

  • Ni "peur", ni "repli", juste l'attachement au pays

     

    Sur le vif - Mercredi 21.10.15 - 02.39h

     

    Je conteste absolument que la "peur des migrants" soit l'explication principale de la victoire de l'UDC dimanche. Il faut d'ailleurs cesser d'imputer aux "peurs", "crispations", "mouvements de repli", le vote conservateur en Suisse.

     

    Il y a quelque chose de beaucoup plus profond : une part importante de nos compatriotes ne veut ni de la gauche, ni surtout de la droite libérale, libre-échangiste à souhait, gommeuse d'identité nationale et de valeurs.

     

    Cette droite-là, alliée à certains patrons peu soucieux de notre corps social, immigrationnistes par profit à court terme, adeptes d'une sous-enchère qui n'a absolument pas été contrôlée depuis 2002, régresse face à une autre droite, porteuse d'autres valeurs.

     

    Ne sous-estimons en aucun cas l'initiative de Franz Weber, ni celle du 9 février 2014. Sachons en lire les messages : attachement physique, émotif, filial, au paysage du pays, besoin d'équilibre et de régulation des flux migratoires, volonté de conserver une Suisse à taille humaine, où il fasse bon vivre.

     

    Il n'y a là rien de xénophobe, aucun abaissement de l'Autre, aucune "peur", aucun "repli". Il y a juste la volonté raisonnée de poursuivre avec simplicité la lente, patiente et magnifique construction de nos ancêtres.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Guignol's Band

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    Sur le vif - Mardi 20.10.15 - 19.35h

     

    Ce qui époustoufle, dans le Sons et Lumières que vient de donner l’Entente en vue du second tour de la course aux Etats, à Genève, c’est la totale surdité entre les uns et les autres. Oui, l’Entente est sourde. Beethovenienne. Hélas, sans la capacité de nous livrer les derniers Quatuors à Cordes du génial musicien : il les avait conçus en ne les « entendant » que dans la profondeur de son silence intérieur.

     

    Le problème numéro un de l’Entente ne réside pas dans les choix des uns et des autres, ces derniers relèvent du droit au suicide, que toute âme plus ou moins humaniste voudra bien tolérer. Non, l’immensité du pataquès procède d’une hallucinante impréparation. Car enfin, en Suisse, le calendrier des élections fédérales est connu des décennies à l’avance. Un mordu de l’agenda, si ça l’amuse, peut parfaitement prévoir la date du dimanche électoral d’octobre 2035.

     

    Le président du PLR genevois, celui du PDC, devaient, j’imagine, subodorer quelque peu l’existence d’une échéance électorale nationale le dimanche 18 octobre, puis celle d’un deuxième tour le dimanche 8 novembre. Ces choses-là, y compris dans leur aspect tactique, celui du petit jeu entre partis, peuvent un peu s’anticiper, non ? Or, à quoi venons-nous d’assister ? A une tragicomédie de l’impéritie. A un super Brico-Loisirs de l’improvisation de l’ultime minute. A un dialogue de sourds.

     

    Les partis font ce qu’ils veulent. Ils ont le droit de s’allier avec qui ils veulent. Tout au plus pourraient-ils nous épargner les couplets si peu crédibles sur la « morale » et les « valeurs », il y a quand même un moment où trop prendre les gens pour des demeurés commence à présenter un danger de crédibilité.

     

    Les puissants esprits de l'Entente genevoise n’ont rien vu venir, ils sont pourtant là pour cela, un peu, non ? Ils n’ont rien anticipé. Ils ont géré un lendemain et un surlendemain d’élections fédérales comme un enfant de chœur dépassé par les palpitations de voir surgir une créature féminine au sortir de la sacristie. Ils ont été totalement dépassés par les événements. Ils avaient pourtant des mois, des années, pour voir venir une échéance parfaitement prévisible.

     

    A partir de là, longue vie au duo de gauche au Conseil des Etats. Et vivement 2035.

     

     

    Pascal Décaillet