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Liberté - Page 770

  • Manu chez la manucure

     

    Sur le vif - Mercredi 12.12.18 - 10.13h

     

    Un jour, il y a une vingtaine d'années, un abruti de "communicant" a dû décréter que face à une caméra, il fallait poser ses mains délicatement, sur la table, ne surtout par les bouger, joindre les index, se tenir parfaitement figé, comme un marmot que ses parents, à table, viennent de rappeler à l'ordre.

     

    Et depuis, des dizaines de milliers de dociles politiques, abreuvés au même catéchisme statique, impuissant et ringard, épousent la posture, comme chez la manucure.

     

    La prise de parole, Monsieur le Président, n'est pas une question de sagesse dans la fabrication de l'image. Mais de vérité intérieure, torrentielle, parfois violente, impétueuse. Elle libère le ventre et les mains, laisse courir le geste, accomplit le thorax et l'abdomen, sculpte la voix dans le grave ou dans l'aigu. Elle affirme la sincérité d'un homme. Elle ne fige pas l'immobilité douceâtre d'un pantin.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Macron : la tiède pénombre du confessionnal

     

    Sur le vif - Mardi 11.12.18 - 16.14h

     

    Le problème no 1 de Macron n'est pas qu'il soit gentil ou méchant, hautain ou empathique, ni même qu'il ait compris les Français. Il y a, dans cette exigence d'être "compris" par le monarque, quelque chose d'infantile : on ramène tout au père, dans le bien comme dans le mal. Non, le problème de Macron ne réside pas dans ce qu'il est, même si cela joue un rôle.

     

    Le problème no 1, que j'ai maintes fois souligné ici depuis le printemps 2017, époque de son élection, c'est qu'il est un Président à contresens. Non qu'il faille caresser l'opinion dans le sens du poil, surtout pas ! Mais comprendre l'époque. Saisir les grands enjeux. Avoir la culture politique et historique pour projeter ces éléments de connaissance comme moteurs de l'avenir à construire.

     

    "Seule la tradition est révolutionnaire" : l'une des plus belles phrases de Péguy, qui n'en est pas avare, surtout dans les Cahiers de la Quinzaine. Je l'entends, depuis l'adolescence, comme une absolue nécessité d'aller quérir dans les racines - et non dans une abstraite géométrie - la puissance d'action pour réinventer la vie. Cela, il me semble que Macron ne l'a pas compris.

     

    Il ne rêve que d'Union européenne, alors que, de partout, revient puissamment l'idée de nation. Il construit des rêves orléanistes, jusqu'au délire ultra-libéral, là où tous les peuples d'Europe réclament un retour de l'Etat, de la dimension humaine du travail, de la solidarité sociale, de la redistribution. Il peine à saisir (malgré une très légère concession, dans le discours d'hier) le besoin immense des peuples de contrôler les flux migratoires. A l'Assemblée, il n'a que des députés godillots, portant le nom d'un parti venu de nulle part, juste créé, au printemps 2017, comme écurie de soutien au nouveau Président. Écueil du quinquennat, erreur majeure !

     

    Hier, on nous annonçait le Discours d'un Roi. Nous eûmes droit, tout au plus, au chuchotement de l'enfant pris en faute, dans la tiède pénombre du confessionnal.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Gilets jaunes : tous cinéastes !

     

    Sur le vif - Mardi 11.12.18 - 03.41h

     

    Jusqu'à une période très récente, dans les manifs, il y avait deux sortes de personnes : les gens du cortège, qui défilaient en scandant des slogans et en brandissant des pancartes ; et puis, les journalistes, notamment les équipes TV qui filmaient.

     

    Avec les gilets jaunes, ce duo acteur/observateur vole en éclats. Désintégré ! Presque chaque gilet jaune filme sa part de vérité, avec son portable. Chacun d'entre eux est Fabrice à Waterloo, dans la Chartreuse de Parme, le chef d'œuvre de Stendhal.

     

    Des dizaines de milliers de réalités fragmentées. En les additionnant, comme un historien recoupe les témoignages, on aurait une idée infiniment plus précise de la situation qu'en se contentant de la machine de propagande gouvernementale de BFMTV.

     

    Les gilets jaunes font voler en éclats les corps intermédiaires. Le Parlement est muet. Les partis, aux fraises. Et les médias, concurrencés par les acteurs eux-mêmes, sur le terrain.

     

    Cette crise majeure est une crise sociale et institutionnelle, on l'a dit. Elle est aussi une crise profonde des médiateurs. En cela, elle préfigure une nouvelle sémiologie de la communication politique.

     

    Pascal Décaillet