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Liberté - Page 771

  • France : démocratie directe oui, mais sur les thèmes !

     

    Sur le vif - Lundi 10.12.18 - 12.10h

     

    Depuis des années, à vrai dire depuis le refus du Traité européen (2005), j'écris des textes sur le déficit démocratique dont souffre, à mes yeux, la France. Je les écris en toute amitié pour ce pays voisin et ami, à qui je dois tant dans l'ordre de la culture, et dont j'étudie l'Histoire depuis des décennies. Je n'écris pas par paternalisme suisse, je ne préconise en rien la projection du système suisse sur la France, ce serait absurde : chaque pays a son Histoire, de même que chaque espèce végétale a son bagage génétique.

     

    Depuis des années toujours, j'écris que la France a un besoin profond de s'inventer, selon son génie propre, une forme de ce que nous appelons chez nous "démocratie directe". Ce processus, je crois, va advenir dans les années qui viennent, il faut laisser les Français en inventer la forme, en fonction de leurs besoins.

     

    Mais une chose est sûre : la France n'a nullement besoin, en termes de renouveau démocratique, d'inventer un processus électif supplémentaire. Des élus, en France, à tous les niveaux (y compris certains échelons totalement artificiels, mais somptuaires dans leurs dépenses), il y en a déjà beaucoup trop ! La France n'a pas besoin d'élire encore plus de gens ! Au contraire : dans nos pays d'Europe, c'est justement la bonne vieille démocratie représentative, issue du dix-huitième siècle, qui doit céder du terrain à des mécanismes accrus de démocratie directe. Si vous lisez mes textes, depuis des années, je ne dis que cela.

     

    A l'heure des réseaux sociaux, et du partage des connaissances, nos sociétés doivent adapter leurs institutions à cette extraordinaire horizontalité générée par les nouveaux outils de la communication, cette intelligence collective entre gens de bonne volonté, où nul n'est gourou, et où chacun apporte sa pierre à l'édifice.

     

    Ce que la France doit inventer, c'est une démocratie directe agissant directement sur les thèmes. A l'instar de notre droit d'initiative populaire. Ce qui m'impressionne le plus dans le mouvement des Gilets jaunes, c'est son aspiration citoyenne. Le peuple de France veut reprendre la main, ou plus exactement la prendre, sur les leviers de son destin. Ca n'est certainement pas en remplissant un nouvel échelon d'élus qu'il y parviendra. Mais en inventant, dans les années qui viennent, un mécanisme de décisions directes du suffrage universel sur les thèmes. Pas sur le choix des personnes.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Sans-culottes monarchistes

     

    Sur le vif - Lundi 10.12.18 - 09.41h

     

    Singulière contrée, tout de même, où l'on décoche les fourches, le samedi, en se promettant de promener sur une pique la tête du tyran, et où chacun, dès le dimanche, attend avec une extatique impatience les mots du monarque, pour les Vêpres du lundi.

     

    C'est tout le paradoxe de la France : attendre d'une Révolution qu'elle vienne d'en haut. Ou, tout au moins, qu'elle soit adoubée par la majesté suprême. Celle-la même qu'il s'agissait d'anéantir.

     

    Tout Michelet, tout Tocqueville, toutes les plus lumineuses pages sur la Révolution, sont contenues dans cette géométrie de la Base et du Sommet.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Nul n'a intérêt au malheur de la France

     

    Sur le vif - Dimanche 09.12.18 - 14.40h

     

    Totalement passionnant, révélateur comme nul autre de l'état de santé de la société française, le mouvement des Gilets jaunes restera dans l'Histoire.

     

    Il a déjà retenu maintes fois, ici même, mon attention : j'ai évoqué sa dimension sociale, celle des périphéries, et aussi les réponses institutionnelles nécessaires à l'évolution de la France : instauration de la proportionnelle dans le système électoral, et surtout création de mécanismes de démocratie directe, non à calquer sur le système suisse, mais à inventer selon le génie propre de la France.

     

    Ce diagnostic, qui est depuis longtemps le mien, est aussi celui de la plupart des observateurs, et cela indépendamment de leur degré d'adhésion ou de rejet face à politique et à la personne de l'actuel Président. Ce qui est né de la révolte contre un homme, son arrogance, son style et ses manières orléanistes, ses prodigieuses errances en matière de taxes et de fiscalité, ne prendra d'intérêt structurel face à l'Histoire que si tout cela permet l'accouchement d'un nouveau monde dans la République française. Ce qui ne signifie pas, à mes yeux, un abandon de la Cinquième République, encore moins un retour à la Quatrième, le désastreux régime des partis.

     

    Regardez les manifestants d'hier. On ne nous montre que la casse, certes abominable, assurément condamnable avec la dernière énergie. Mais la casse, c'est l'écume, En termes d'images, ou de spectacle, c'est vendeur. Mais on sait pertinemment que l'écrasante majorité des Gilets jaunes n'ont rien à voir avec les traditionnels voyous qui, toujours et en tout temps, se greffent sur les mouvements de foule pour déchaîner leur violence ou pratiquer le pillage. Il s'agit d'une casse de droit commun, à traiter comme telle, et à dissocier absolument des revendications légitimes de la masse du mouvement. Ne montrer que la casse, en continu, comme l'ont fait certaines chaînes TV, c'est jouer le jeu du pouvoir, en discréditant l'essentiel, par la puissance dévastatrice de l'image.

     

    La première revendication des Gilets jaunes est sociale. Il lui faudra, dans les heures qui viennent, une réponse sociale. Hausse du SMIC, mesures de justice et d'équité dans la distribution des taxes et des impôts. En clair, quand un Français tourne avec un peu plus de mille euros par mois, et qu'il a besoin de sa voiture pour vivre, il peine à comprendre que l'ancien associé de la Banque Rothschild ait mis tant d’empressement à ce cadeau fiscal aux plus nantis qui marqua les débuts de son quinquennat.

     

    La deuxième dimension est institutionnelle. Elle n'est en aucun cas à dissocier de la première - la dimension sociale - sous prétexte qu'elle est moins urgente, moins viscérale. Il faut regarder l'Histoire de France dans sa continuité : jamais aucun changement institutionnel ne s'est produit à froid, tranquillement, sans avoir été précipité par les forces sociales. Tous les épisodes de la décennie révolutionnaire (1789-1799). notamment ceux des premières années (1789-1794) ont été poussés par l'urgence populaire. Idem, 1830 : changement de régime. Idem, 1848 : changement de régime. Idem, 1870-1871 : changement de régime. Idem, 22 juin 1940 : défaite militaire, politique et morale, la pire de l'Histoire de France. Idem, 25 août 1944 : Libération. Idem, 13 mai 1958 : Comités de Salut public à Alger. Ce ne sont jamais des moments de douce quiétude qui engendrent les grandes réformes institutionnelles.

     

    En sommes-nous là ? Je ne le crois pas. Mais une chose est sûre : si Emmanuel Macron s'imagine qu'il s'en sortira, dans sa prochaine intervention, avec quelques miettes de pain sur le SMIC et les taxes, et qu'il n'annonce pas quelque chose de profondément nouveau pour combler l'incroyable déficit démocratique du pays, alors il aura définitivement échoué devant l'Histoire.

     

    Je terminerai par l'essentiel : j'aime la France. J'aime ce pays, comme j'aime le mien (la Suisse), et comme (pour toutes sortes de raisons) j'aime l'Allemagne. J'aime la France, sa culture, son Histoire incomparable, que j'étudie depuis des décennies. J'aime ses paysages. J'aime cette République qui, depuis 1792 et les Soldats de l'An II, tente contre vents et marées (avec quelques parenthèses) d'imposer ses idéaux face à la jungle, face aux forces de l'Argent, face aux corporatismes, face aux intérêts particuliers, face aux communautarismes. Cette France-là, depuis plus de deux siècles, nous a tant apporté. Nul d'entre nous n'a intérêt à l'écroulement de ce modèle. Nul n'a intérêt au malheur de la France.

     

    Pascal Décaillet