Liberté - Page 19
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Sami Kanaan, l'homme qui rêve de régenter les médias
Sur le vif - Jeudi 09.01.25 - 11.36hMerci aux différents journalistes œuvrant sur la place de Genève de bien vouloir désormais rédiger leurs papiers, construire leurs émissions radio ou TV, définir leurs angles, choisir leurs collaborateurs, en fonction des lignes directrices énoncées par M. Sami Kanaan.Une récente saillie, cet automne, avait déjà singularisé cet homme au pouvoir depuis 14 ans en Ville de Genève (et même bien avant) comme le roi de l'ingérence dans les politiques rédactionnelles. Dans le Temps, ce matin, le Régulateur-en-Chef de la presse genevoise récidive. Cet homme-là ne connaît strictement rien au métier de journaliste. Mais il aspire à le régenter. Le moraliser. Introduire des mécanismes de contrôle des pouvoirs publics, via d'ineffables "Fondations", dont le rôle de paravent ne dupe personne.La vision Kanaan, c'est le premier pas vers un Ministère de l'Information. Ce qu'il ose dire des possesseurs privés des médias audiovisuels est non seulement insultant, mais surtout totalement faux ! Cet homme-là ignore tout du métier, de son fonctionnement, des énergies qui prévalent à la production d'émissions, ou de journaux. IL PARLE DE CE QU'IL NE CONNAÎT PAS.La vérité, sur ses intentions ? Homme d'une gauche morale, habitué à régner sans partage au milieu de ses courtisans de la Ville, ne supportant nulle contradiction, pétrifié dans l'exercice du pouvoir, M. Kanaan voit émerger, de plus en plus, une presse échappant à ses schémas de gauche. C'est le cas à Genève, en Suisse, en Europe, c'est ainsi. Et ça le rend fou. Alors, sous prétexte "d'aider la presse", il imagine mille mécanismes de contrôle. Il rêve de "Fondations", et sans doute d'en présider une, le jour venu.Dans le Temps d'aujourd'hui, prétendant répondre à l'excellente tribune de Cyril Aellen (qui mettait en garde sur le risque de contrôle de la presse par les pouvoirs publics), Sami Kanaan nous livre sa vision à lui : moraliste, interventionniste, triste à l'extrême, comme un congrès des camarades, un jour de pluie.Pascal Décaillet -
Participation : je dis oui !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.01.25
J’ai toujours plaidé pour la participation des travailleurs à la propriété, et donc aux bénéfices, de leur entreprise. C’est une vieille idée, esquissée déjà bien sûr par Karl Marx, mais aussi développée, au début du vingtième siècle, par les partisans du Pape Léon XIII (1878-1903), auteur en 1891 de la lumineuse Encyclique Rerum Novarum, qui esquisse une réponse non-marxiste à la terrible condition sociale des ouvriers de l’époque.
Vous me direz que nous sommes dans un régime libéral. Je vous répondrai : « Nul régime ne s’impose aux citoyens hors de leur volonté ». Donc le libéralisme, qui a fait tant de mal à notre corps social depuis la chute du Mur, dans sa version ultra, boursicoteuse, déracinée des nations et des frontières, n’a rien de définitif : il peut parfaitement, si nous le décidons, être atténué, voire culbuté.
La participation, c’est par exemple une mise à disposition d’une partie – ou plus – du capital-actions aux travailleurs de l’entreprise. Quelque chose entre la vision bismarckienne, qui associe les corps professionnels, le gaullisme de gauche (sur lequel le Général est tombé en avril 1969), et le génie coopératif dont peut faire preuve la Suisse, pensez à certains géants de la distribution alimentaire. C’est une grande idée sociale. Elle est anti-libérale. Elle est patriote. Elle vise les intérêts supérieurs des travailleurs et des citoyens. Je la soutiens, depuis toujours.
Pascal Décaillet
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Produire, oui. Mais au service du peuple suisse !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.01.25
La Suisse est un pays souverain. Petit pays, certes, minuscule à l’échelle du monde, mais indépendant. La souveraineté d’une nation ne se mesure ni à sa superficie, ni à sa démographie, mais à l’ardeur de son peuple à défendre ses lois, sur son territoire. De même, un petit entrepreneur, férocement attaché à son indépendance, est plus entrepreneur, croyez-moi, dans la tête, dans les colères, le cœur, les angoisses, les insomnies, que tant de cadres qui caporalisent des centaines de personnes, mais ne sont que les rouages hiérarchiques de leur entreprise. Après tout, ils n’en sont que salariés : ils n’incarnent pas la prise de risque entrepreneurial. Pour ma part, je ne les respecte que très modérément, en comparaison d’un petit patron qui tente l’inconfort de lancer sa boîte. La lancer, et surtout la tenir, des décennies.
Il en va de même pour les nations. Citoyen et entrepreneur, je veux la souveraineté et l’indépendance de mon pays, la Suisse. Ne pas confondre avec le repli : il n’est pas question de s’enterrer dans des abris, encore moins d’ignorer nos voisins et amis du continent européen. Commerçons, voyageons, échangeons, pétrissons-nous de culture allemande, française, italienne, lisons les grands auteurs, emplissons nos âmes de musique, celle du Hongrois Bartok, celle du Finlandais Sibelius, soyons totalement européens par les langues et par la culture. Mais politiquement, soyons les plus intransigeants quant à notre indépendance. Et surtout, déployons nos efforts au service du peuple suisse.
Servir le peuple, ça passe par une réorientation de notre économie vers le marché intérieur. Les intérêts supérieurs du peuple suisse. C’est valable pour notre agriculture, qui mérite un total soutien des pouvoirs publics, un protectionnisme face aux importations sauvages de la concurrence mondiale, la mise en place de circuits courts, écologiquement favorables : je n’ai rien contre les vins chiliens, ni californiens, mais enfin nous avons les vignobles genevois, valaisans, vaudois, on peut quand même les soutenir, non ?
La priorité au marché intérieur, ça passe aussi par l’industrie. Il a fallu tant se battre – et j’ai mené ce combat ici, dans ces colonnes – pour arracher un peu de soutien de Berne à nos aciéries, celles de Soleure comme celles de Lucerne. Eh bien il faut aller plus loin, et porter une stratégie économique visant à encourager nos industries travaillant pour le marché suisse. Je n’ai pas dit : « cesser les exportations », je ne suis pas fou, je connais leur importance vitale depuis plus d’un siècle. Mais recentrer la production industrielle suisse sur la clientèle suisse, c’est l’un des éléments de notre souveraineté. Là aussi, circuits courts, recentrage sur nos intérêts vitaux. Et si l’actionnariat pouvait être suisse, et encore mieux si les profits pouvaient être partagés par tous, à commencer par les forces de productions les plus modestes, nous commencerions à nous approcher du modèle économique de mes rêves : produire oui, mais pour le peuple, et par le peuple. A tous, excellente Année 2025 !
Pascal Décaillet