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Liberté - Page 1576

  • De quoi se mêle Julien Dray ?


    Edito du 7-8  -  Radio Cité - Vendredi 19.09.08  -  07.05h

     

    Député de l’Essonne, porte-parole du parti socialiste français, Julien Dray nous avait habitués à davantage de rigueur intellectuelle. Au dernier jour du voyage du pape en France, il a qualifié d’intégristes les propos de Benoît XVI à Lourdes, tout en regrettant, en bon laïcard ultra (de ceux que seule la France est capable, depuis 1905, de sécréter), que le Président de la République ait accueilli avec tant d’amitié un dignitaire religieux.

    Monsieur Dray doit choisir. S’il se tient à sa ligne de séparation absolue, idéale, géométrique, fait foin de tout le passé chrétien de la France, son apport culturel autant que cultuel, alors OK, il peut grogner sur Sarkozy face au pape. Grognements rituels, au fond très conformistes, mais enfin c’est son droit.

    Mais alors, les affaires internes à une Eglise, les choix entre les courants conservateurs ou progressistes de cette dernière, ne le concernent absolument pas. Sans compter – mais mettons cela sur l’éducation sans doute ultra-laïque du député – que qualifier Benoît XVI d’intégriste, donc le mettre au même niveau que Mgr Lefèbvre et les gens d’Ecône, c’est ignorer complètement la grande faille théologique qui réside encore entre Rome et quelques irrédentistes.

    Bref, Monsieur Dray, quand on se veut le grand champion de la laïcité, on rouspète quand le pape arrive, c’est le jeu. Mais on laisse les catholiques régler entre eux le destin de leur Eglise.

     

    Pascal Décaillet

  • La grande armée des muets


    Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Mercredi 17.09.08  -  07.05h

     

    On aime ou non Eric Stauffer, on peut certes passer son temps à le taxer de populiste, il se trouve que cet homme-là détient, de temps en temps, ce qu’on appelle une information. Laquelle, à coup sûr, mérite d’être vingt fois vérifiée, décortiquée, raffinée de son état brut. Mais laquelle, souvent, c’est ainsi, fonctionne comme révélatrice de dysfonctionnements dans la République et Canton de Genève. Ce genre d’informations, le président du MCG les sort au grand public. Là où la grande fraternité des muets les retient, voire les cache.

    Dans la saga des Services industriels de Genève, le trublion se comporte, depuis de longs mois, comme un redoutable dénicheur d’affaires. Son réseau d’indicateurs est remarquablement tissé : dans ce pays des mille sources, où jaillit l’eau vive autant que le miasme, l’observateur politique doit évidemment faire son choix. Avec la plus grande rigueur. Tout reprendre serait une faute. Hausser les épaules, et ne rien faire, sous prétexte que Monsieur Stauffer est populiste, en serait une autre. N’est-ce pas finalement par son action que le salaire du président des SIG a fini par être drastiquement réduit ?

    D’une affaire l’autre, perpétuellement sur la défensive, toujours en retard d’une réaction là où Stauffer les devance de sept lieues, l’actuel conseil d’administration des SIG est-il encore en mesure d’accomplir sa tâche ? Sa crédibilité est-elle encore suffisante ? Le silence dont se drape le ministre de tutelle est-il vertu ou rétention ? Ces questions, les gens se les posent. Ils sont utilisateurs (on aurait surtout envie de dire : clients captifs) de cette grande entreprise de service public. Mais ils sont aussi citoyens. Ils ont le droit de savoir ce qui s’y passe. Quels que soient les réseaux de silence et de protection d’une classe politique unanimement représentée dans la plus haute instance de l’entreprise. Et où tout le monde se tient par la barbichette.

    Pascal Décaillet 

     

     

  • Le diamant intransigeant


    Edito du 7-8  -  Radio Cité  -  Lundi 15.09.08  -  07.05h

     

    Parmi tous ceux qui ont fait l’Histoire de la Suisse depuis la guerre, il est celui que je regrette le plus de n’avoir jamais rencontré, ni interviewé. Il était un homme d’un bloc, d’une matière, d’un combat, toute sa vie entièrement tournée vers un objectif. Roland Béguelin, qui nous quittait il y a quinze ans, et dont nous nous réjouissons, sur cette antenne, de recevoir le biographe, Vincent Philippe, était un croisé de sa cause. La cause du Jura.

    Je me souviens de lui sur les ondes, son verbe étincelant, la perfection de son français, ses fougues, ses colères, son art d’habiter la parole. « Diamant intransigeant », disait l’autre jour son biographe, à la Radio Suisse Romande : on ne peut mieux résumer cet homme, précieux comme un Croisé, volcanique. Il était la plume, il était l’épée, il a été, très longtemps, à l’ère des grands combats, la voix du Jura.


    Les lectures de jeunesse de Béguelin sont bien éloignées de celles d’un homme de gauche, bien qu’il fût socialiste, par la suite. Il y avait chez lui un combat ethnique, un appel à la Louve romaine, parfois, oui, contre la culture germanique, ce qui, aujourd’hui, choque. Mais il fallait ce canton, il fallait percer, convaincre. Il fallait une avant-garde, lumineuse et courageuse. Ce fut le rôle de Béguelin. Quinze ans après sa mort, hommage à lui.

     

    Pascal Décaillet