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Liberté - Page 1468

  • Censure : surtout pas !

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 08.10.09

     

    Une initiative nulle, une affiche infâme : j’ai dit ici, lundi, ce que m’inspirait le combat de certains de mes compatriotes contre les minarets. Faut-il, pour autant, l’interdire, l’affiche ? Evidemment non ! Le Ville de Lausanne est tombée dans le piège, celle de Genève heureusement pas.

    Une affiche est un révélateur. Elle arrache des masques, dévoile des vérités, donne à humer ce que suintent les entrailles d’un parti. Eh bien, que cela se sache ! Que cela se voie ! Que cela se contemple sur les murs de nos villes ! Décoder, décrypter, c’est le rôle du journaliste. Et c’est, aussi, celui du citoyen. Qui est adulte.

    Une affiche, c’est un graphisme. Sept minarets noirs (diable, il est lourd, ce chiffre-là) en érection sur le drapeau suisse. Juste à côté, tout aussi noire, une femme en burka. Domination. Occupation. Que cela se commente, et pourquoi pas dans les écoles ! Que cela se déchiffre. Le pari sur l’intelligence, la raison, en l’espèce, est le seul qui vaille.

    Quelles affiches doit-on censurer ? Celles qui, tout simplement, sont illégales. La loi doit être le seul critère. La loi, pas la morale. La loi, pas le consensus de la pensée dominante. Si l’affiche est légale, même infâme, qu’elle se voie. Qu’on en décortique les signes, en public. Mais, désolé, l’interdire, c’est entrer totalement dans le jeu de ses auteurs. Ils sont déjà assez malins comme cela, sans qu’on leur fasse cette fleur.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Degré zéro

     

    Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 05.10.09


    Je dédie cette chronique aux Musulmans de Suisse, et principalement à ceux d’entre eux qui, ayant pris la nationalité, sont maintenant des compatriotes. Des Suisses comme moi, Suisses musulmans, comme il y a des Suisses juifs, des Suisses athées, comme je suis un Suisse catholique. Nous sommes citoyens, c’est ce qui nous rassemble. Le reste, c’est du privé.

    Depuis un demi-siècle, j’arpente ce pays, j’en connais tous les cantons, j’y ai accompli 500 jours d’armée, je connais toutes les vallées du Valais, j’ai vécu à Berne. Eh bien croyez-moi, je n’ai absolument pas le souvenir d’y avoir jamais vu le moindre minaret. Des églises, des temples, quelques rares synagogues. Mais minarets, zéro. Enfin deux ou trois, paraît-il, mais hors de mon champ de vision.

    C’est dire l’extraordinaire urgence, l’impérieuse nécessité de l’initiative sur laquelle nous voterons le 29 novembre. C’est un peu comme si Sancho Pança diligentait, quelque part dans la solitude de la Mancha, une initiative contre les moulins.

    Tout cela pourrait, à la limite, apporter son grain à une surréaliste anthologie du dérisoire, s’il n’y avait l’affiche. Vous la verrez bientôt, comme de lépreuses floraisons (j’emprunte au poète), sur nos murs. Légale, sans doute. Efficace, à coup sûr. Mais au-delà de la nausée. Une chronique, c’est pour donner son avis, non ? Eh bien voilà : le mien, maintenant, vous le connaissez.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

  • L’ordre règne à Berne

    On attendait la révolution, ce fut finalement la bonne vieille concordance pépère, au rendez-vous. Polie, courtoise, lissée, fédérale. Austère, comme la gouvernante d’un pasteur luthérien, dans une ville minière de Prusse. En novembre. Bref, j’ai nommé Didier Burkhalter.

    Exit le challenger Schwaller, envoyé par Darbellay pour reconquérir le siège perdu, naguère, par Ruth Metzler. Exit le libéral « décomplexé » Lüscher. Place à la raison. Place à la mesure. Place au flot de langage qui jamais ne déborde. Endigué comme la troisième correction du Rhône. Jamais un mot trop haut. Jamais un mot trop fort. Place à Didier Burkhalter.

    Une fois de plus, le génie du système suisse a fonctionné : trois mois pour éliminer les meilleurs, trois mois pour gommer les aspérités, ratisser ce qui dépasse, couper toute excroissance de désir. Trois mois pour permettre à Fulvio Pelli de monter l’un des one-man-shows les plus saisissants de l’histoire politique de l’après-guerre : la mise en scène, digne des plus belles pages de Gabriele d’Annunzio, de son propre suicide politique. En technicolor. La reconquête de Fiume, mais à l’envers, où finalement Fiume dévore le conquérant.

    La démocratie chrétienne, qu’a-t-elle fait, dans ce théâtre-là ? S’est-elle contentée d’errer, comme une dame en noir, une veuve en folie, une douce sorcière aux yeux tremblants ? Non ! Dans son pari, elle a certes échoué, pour une simple question, toute bête au fond, toute physique, de masse critique, ce qui est apparu dès le deuxième tour du scrutin, hier à Berne. Mais la démocratie chrétienne suisse, menée par un chef étonnant de désir et d’invention, a montré, pour la première fois depuis le paléolithique, qu’elle était capable de relever des défis. D’attaquer. Se montrer impertinente, non-convenable, presque mal élevée. Surréaliste même, face à l’évidence de son infériorité numérique. Bref, dans ce combat-là, elle a fait autre chose que nous ennuyer. C’est déjà fort louable.

    Reste la seule question : ce combat doit être le dernier. L’ultime avatar du Sonderbund. La dernière distraction fratricide de la grande famille du centre droit en Suisse. Mêmes valeurs. Même représentation du monde. Même rejet, à la fois, de la gauche et de la droite qui veut exclure. Alors, fini les crêpages de chignons ! Terminado ! The end ! Il y aura bien sûr des cicatrices, comme dans toutes les batailles. Mais elles se refermeront plus vite que prévu. Car la seule dynamique, désormais, est celle de l’union. C’est cela, la grande leçon de ce 16 septembre 2009.

     

    Pascal Décaillet