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Liberté - Page 1465

  • Les larmes d'Adonis


    Marathonien aux yeux de saphir, Rolin Wavre est un homme sympathique. Issu de l’humanitaire, comme certains météores le sont de Pluton ou d’Adonis, le secrétaire général du parti radical genevois multiplie les communiqués où il nous inonde de larmes pour regretter le temps béni où la politique se faisait entre gentlemans.

    Le temps d’avant Stauffer, avant l’UDC, avant l’émergence, des profondeurs de la fange, de cette bête immonde qui s’en vient tout perturber, tout piétiner, jusqu’à l’éblouissante clarté des Compas et des Equerres. Et pour laquelle une partie de la population, évidemment obscurantiste, frileuse, rétrograde, bernée, a la faiblesse de voter. Ah, les sottes gens, aveuglées, insensibles aux Lumières du grand vieux parti, désertées par la Raison, désespérément accrochées à l’archaïque notion de frontière. Des fauves. Des primitifs. Et puis surtout des mal élevés, qui parlent caniveau. Ne parlent pas salon.

    Si j’avais un peu de temps, j’aimerais expliquer à Rolin Wavre, devant un drink, quelque part dans l’improbable proximité d’un green, que la politique n’est pas affaire de morale, ni de pleurnicheries, mais de rapports de force. La communication aussi : sans rien renier des valeurs qui sont les siennes, le parti de Monsieur Wavre a devant lui un océan à traverser pour aller vers un langage plus clair, plus accessible, moins éthéré dans l’apesanteur d’Adonis et de ses sous-satellites. Il ne s’agit ni de hurler, ni d’être vulgaire. Simplement, fortifier le verbe au service de l’idée. Préférer l’indépendante soutenue par la justesse et la vivacité d’une image, à l’enchevêtrement rocardien – ou longetien – de principales et de subordonnées où le locuteur finit par trébucher dans ses propres fils.

    Bref, un métier. Mais je suis optimiste : dans la vie, tout s’apprend. Et ça n’est sans doute pas sans quelques millions d’années-lumière d’effort que le rocher Adonis, un soir, bien avant James Fazy, a réussi l’exploit de s’arracher à la pesanteur.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

     

     

     

  • Le jour des morts

     

    Tribune de Genève - Lundi 02.11.09

     

    Je dédie cette chronique à tous ceux que nous avons connus, aimés, et ne sont plus. Parents, amis, passagers de la pluie, passantes de feu, amantes d’un soir, vieux ennemis, poètes, chanteurs, anciens profs, ces sublimes hussards noirs de notre mémoire. Je pense à vous, Père Collomb, aumônier du primaire, années soixante, qui nous avez si bien enseigné la connaissance des autres religions : judaïsme, Islam, bouddhisme. A vous, votre sourire, votre bonté, je dédie des minarets de reconnaissance.

    Où sont-ils, maintenant ? On dit qu’ils vivent encore, dans les cœurs : parole de survivant, juste pour se rassurer ? Début novembre, on les évoque. Et toute ma haine d’Halloween, je la retourne en immense tendresse pour la Toussaint, ce frêle et dérisoire passage d’une bouffée de brume dans l’intensité solaire de nos vies si pressées. Juste penser à eux, juste un instant. Qui sont-ils, les vrais passants : eux, ou nous ?

    Qui sont-ils, les vrais vivants ? Qui est l’ombre, et qui la silhouette ? Où est-elle, la vraie vie ? Au-delà du rivage, en deçà ? Vous le savez, vous ? Vous y pensez, parfois, à vos morts : ou plutôt vous parvenez, une seule seconde, à n’y point penser ? Eux, humus de glaise et poussières d’étoile. Ils sont l’avant et l’après. Ils nous ont précédés. Ils nous attendent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

     

  • L’ATE déraille

     

    J’ai le plus grand respect pour Elisabeth Chatelain, vice-présidente de l’ATE genevoise (Association Transports et Environnement), également co-présidente du comité CEVA. Mais sa lettre du 27 octobre à Patrice Plojoux, président des TPG, dont elle m’adresse copie, laisse pantois et attire au sol, d’un coup newtonien, les chaussettes les mieux fixées. Elle s’y plaint que les anti-CEVA aient le droit de faire leur pub sur les trams genevois, dans la perspective de la votation du 29 novembre.

    « Nous avons été stupéfaits d’apprendre que le principal prestataire genevois de transports publics allait mettre à disposition ses véhicules comme supports pour une propagande qui va clairement contre le développement d’un réseau de transports publics régionaux ». Sic. En d’autres termes, si c’est pour la propagande du oui, donc la théologie du Bien, vivent les trams ! Si c’est pour se faire les vecteurs du Malin, l’ignoble, la rétrograde idéologie des opposants, pas question. Belle conception de la démocratie.

    Au-delà de cet épisode, il est à regretter que le CEVA, objet de votation républicaine, donc de discussions, de remises en cause, avec des partisans et des opposants, soit en train d’acquérir le statut d’Arche sainte, inattaquable. Le dogme. C’est parce qu’il était atteint de la noire folie de s’y opposer que l’avocat Mauro Poggia, qui aurait bien aimé être député PDC, s’est vu décliner son offre par ce parti, pour le plus grand bonheur du MCG, qui l’a récupéré.

    Elle signifie quoi, l’union sacrée pour le CEVA, au-delà d’elle-même ? Réponse : les partis gouvernementaux qui se tiennent, en période électorale, par la barbichette, dans un petit jeu de coquins et de copains, où s’abriter derrière une bonne cause, bien rassembleuse, ne peut jamais faire de mal.

    Cela dit, je suis pour le CEVA. Mais il est d’autres transports, aussi, qui attirent mon adhésion : la libre circulation des idées, le droit de les remettre en cause sans se faire jeter des sorts. Ni finir sur un bûcher.

     

    Pascal Décaillet