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Liberté - Page 972

  • L'agenda de M. Plenel

     

    Sur le vif - Samedi 11.03.17 - 11.27h

     

    La France va mal. Jamais les Français n'ont eu autant besoin qu'on leur parle de leurs vrais problèmes : qualité de vie, santé publique, sécurité sociale, emploi, immigration, pouvoir d'achat, sécurité, formation, etc.

     

    Jamais ils n'en ont eu autant besoin. Et jamais, dans cette interminable pré-campagne inaugurée par d'inutiles "primaires", on ne leur en a aussi peu parlé ! Là est le vrai scandale, la nauséabonde disparition des thèmes, au profit des faux scandales autour des personnes, flinguer l'un, mitrailler l'autre, un jour une affaire Fillon, demain une affaire Macron, allez savoir.

     

    Le seul moment qui, pour moi, fut de lumière et d'intelligence, aura été le débat entre MM Valls et Hamon. J'y ai senti planer l'âme de Pierre Mendès France, il y avait de la vision, de la précision, de la compétence.

     

    Fillon ? Je ne partage en rien ses thèses libérales et européennes, encore moins sa volonté de démanteler la fonction publique. Mais j'aurais bien aimé qu'on en parle ! Autrement intéressant, tout de même, que le roman-fleuve sur le putatif emploi fictif de son épouse.

     

    Je vais vous le dire franchement : que Mme Fillon ait eu ou non un emploi fictif, JE M'EN FOUS. Les juges s'en saisiront, c'est leur boulot. Mais, si j'étais citoyen français, et si je partageais les idées de Fillon, cette affaire ne pèserait EN RIEN sur mon vote. Je dis bien : EN RIEN. Je n'ai pas étudié l'Histoire, lu des milliers de biographies politiques, de Bismarck à Mazarin, de Guizot à Willy Brandt, pour me laisser impressionner par des "révélations" manipulées par des sources bien intentionnées, et surtout d'un intérêt totalement mineur. Ce qui compte, c'est la capacité du candidat, ou non, à gérer le pays.

     

    Résultat : on approche du terme, on n'a pas encore parlé des thèmes ! L'indépendance du pays. Sa souveraineté. Sa grandeur et son rayonnement dans le monde. Son rapport avec l'Europe. Sa monnaie. La survie de ses paysans. Etc. On n'a fait que suivre, comme des moutons, l'agenda de M. Plenel et de ceux qui l'instrumentalisent. Que surgisse, d'ici l'élection, un homme - ou une femme - capable de parler des vrais problèmes, rompre avec ce cirque et laisser monter le sentiment tellurique du peuple, la victoire sera à portée de sa main.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Cyril et Benoît

     

    Commentaire publié dans GHI - 08.03.17

     

    En se déclarant hostile, dans une interview à la Tribune de Genève, à la libre circulation des personnes, le conseiller national PLR Benoît Genecand s’en est-il véritablement pris, comme on l’a dit, à l’ADN de son parti ? A-t-il commis le crime d’attaquer l’Arche Sainte, celle qui porte le dogme, intouchable ?

     

    A ces questions, la réponse est non. Malgré toutes les orgues de Staline qu’ont pu lui envoyer, en réponse, les caciques de son parti, le principe de libre circulation n’est, en réalité, qu’une acquisition récente, dans l’Histoire de la structure aujourd’hui appelée « PLR ». Le 6 décembre 1992, Jean-Pascal Delamuraz ne défendait en aucune façon la seule libre circulation des personnes, il se battait pour un ensemble, certes complexe, mais avec une part avant tout législative et institutionnelle. Le tout fut, comme on sait, refusé.

     

    La vraie libre circulation, votée en soi par le peuple le 21 mai 2000, est beaucoup plus récente. Longtemps, les radicaux furent protectionnistes, Delamuraz a même dû les convaincre de combattre les cartels. Et nos libéraux, en Suisse romande, n’étaient pas des ultras, avides de profit instantané. Il n’y a donc rien, dans l’Histoire et la philosophie politique du PLR, qui puisse permettre d’ancrer la libre circulation dans la profondeur des antécédents. Benoît Genecand, puis le député Cyril Aellen, demandent qu’il y ait « au moins débat ». C’est le moindre de leurs droits. Honneur au courage de ces deux personnalités politiques.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Liberté de la presse : les fausses pleureuses

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.03.17

     

    En pleurant, à n’en plus finir, la disparition d’un hebdomadaire, en craignant comme la peste celle d’un quotidien, en répétant à l’envi que « la diversité de la presse en Suisse romande est menacée », que nous révèlent les accents de Requiem et les trémolos de ces voix d’Apocalypse ? Une véritable sensibilité à la pluralité des opinions, dans notre coin de pays ? Ou plutôt, la peur de voir s’évanouir ceux qui furent si longtemps les relais de leurs points de vue ? Ici, un centre-gauche européiste, né de Mai 68, libertaire dans les affaires de société, plutôt libéral, tendance Blair ou Schröder, dans les choix économiques. Là, un centre-droit, également libéral, libre-échangiste, en pâmoison face à l’organisation multilatérale du monde, avec ses armées de journalistes formés à HEI, cette matrice située à quelques mètres du siège mondial de l’OMC, quelques centaines de mètres de l’ONU.

     

    Parlons sérieusement. Pour l’immense majorité des gens, un « bon journal », c’est un journal qui pense comme eux. Un « mauvais journal », c’est celui qui leur dit ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Ils ont évidemment tort, mais c’est ainsi. A vrai dire, il faut déjà une certaine évolution, une certaine connaissance du métier, pour arriver à faire la part des choses, juger en fonction d’une bienfacture, un niveau de professionnalisme, plutôt que du diapason avec ses idées, à soi. Dans ces conditions, rien de pire, dans la vie d’un journaliste, que le paternalisme des politiques, de droite ou de gauche, qui vous veulent du bien. C’est la pire des choses ! Bien pire, encore, que ceux, au moins francs du collier, qui cherchent par tous les moyens à avoir votre peau. Tous ces esprits protecteurs, providentiels, qui surgissent au lendemain de la fermeture d’un titre, déjà suffisamment triste comme cela, pour vous promettre une improbable résurrection, ou réclamer d’urgence une « aide à la presse, de la part des pouvoirs publics ».

     

    Ces belles âmes, si pures, eussent-elles fait preuve du même empressement, pour aider à naître  - ou empêcher de mourir - un journal d’extrême gauche, ou alors de la droite conservatrice, anti-libérale, protectionniste, régulatrice des flux migratoires ? La réponse, évidemment, est non. Ce que veulent conserver ces chers politiciens, c’est la caisse de résonance, pour leurs idées à eux, que peut constituer un titre, une antenne, un site. Ils ne s’intéressent qu’à cela. Ce qu’ils appellent « pluralité », c’est la défense de leurs idées, à eux. Dès que vous déboulez avec une autre vision, ils entreprennent toutes choses pour vous réduire au silence. Les mêmes, qui ne jurent que par la « diversité », se révèlent, à la première occasion, les pires censeurs. Je ne leur accorde, pour ma part, aucune confiance. Je préfère encore le rapport de vie et de mort, assez sain finalement, et en tout cas conforme à mon éthique de la guerre, qu’entretiennent de bons vieux ennemis. Allons, selon l’adage, combattre nos adversaires. Mais par pitié, qu’on nous nous protège des fausses pleureuses. Qu’on nous épargne la sollicitude de nos « amis ».

     

    Pascal Décaillet