Liberté - Page 6
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Ceux qui parlent du pays, face aux colleurs d'étiquettes
Sur le vif - Samedi 23.05.26 - 11.33hDans une campagne de votation, il faut parler du fond des choses. Il faut le cibler. Le traiter à fond. Ne penser qu'à lui, et à l'intérêt supérieur du peuple suisse. Le reste est vain.Si le fond des choses est la démographie, alors il faut parler de la démographie, d'elle-seule, de son équation avec les intérêts supérieurs du peuple suisse.Dans l'affaire de la Suisse à dix millions, la campagne des opposants est lamentable. L'une des plus mauvaises de ces dernières décennies.J'ignore qui gagnera, le 14 juin, mais la coalition des puissants, cette somme des intérêts sectoriels, cette kermesse des féodalités financières, patronales, spéculatives, en alliance avec une gauche qui n'a rien compris et lâche les plus précaires de ce pays, restera dans les annales.Moi, je dis qu'il faut parler du pays. De son relief, si particulier. De ce Plateau suisse, coincé entre Jura et Alpes, tout sauf extensible à souhait. De l'insupportable mitage du territoire, si admirablement dénoncé par le grand Franz Weber, l'un de nos plus lumineux contemporains.Et puis, il faut dire les choses. Constater, telle qu'elle est, l'explosion démographique de notre pays, depuis les bilatérales. Prendre acte du vieillissement de nos infrastructures, routières, ferroviaires, qui n'arrivent pas à suivre. Considérer, telle qu'elle est, l'impossibilité, pour nos enfants, de trouver un logement en milieu urbain, l'exemple de Genève est criant.Cela, ce sont les faits. La situation dans laquelle l'immigration de masse nous a placés. Elle est évidemment liée aux Accords bilatéraux, à l'avidité d'un certain patronat à pratiquer la sous-enchère salariale, avec des immigrés. Des milliers de travailleurs suisses, de chômeurs suisses, en pâtissent.Au lieu d'entrer en matière sur le fond du problème, que font les opposants ? ILS QUALIFIENT LES PARTISANS ! La gauche, plus candide que jamais, jouet du grand patronat dans cette alliance surréaliste et malsaine, les traite de "xénophobes". Histoire de leur coller un sceau d'infamie.C'est un mensonge, éhonté : il ne s'agit en aucun cas de juger l'étranger en tant que tel, il s'agit juste de protéger de la submersion migratoire nos compatriotes suisses les moins favorisés. Ce sont eux qui trinquent, pas les gens aisés ! Et la gauche, dans ce combat, les lâche ! Il faudra s'en souvenir.D'un côté, ceux qui parlent de la démographie, de la capacité physique de la Suisse à être habitée, au-delà d'une certaine densité, bref ceux qui parlent du pays.De l'autre, ceux qui collent des étiquettes.Le 14 juin, les Suisses jugeront.Pascal Décaillet -
Madame Huguette
Sur le vif - Vendredi 22.05.26 - 20.21hLa mort d’Huguette Bouchardeau, très grande dame de l’Histoire des gauches françaises, candidate au premier tour de la présidentielle en 81, conscience sociale de premier plan, intelligente, sensible, humaine, méritait davantage que huit secondes au Journal de 20h. Je dis bien : huit.Sa candidature de 1981 fut le surgissement solaire d’une solitaire, dégagée des appareils, attachée à ses valeurs. À l’époque, j’étais pour François Mitterrand, mais le cheminement et le courage de cette candidate, sa lucidité sur les choses de la vie, le sort des humbles, la condition des femmes, m’avaient impressionné.Et puis, en 1981, je n’oubliais pas que ce discours inédit, mais tellement précieux, représentait un tout petit parti qui avait été celui de la plus grande figure politique française de l’après-guerre, après de Gaulle : Pierre Mendès France. Qui vivait encore, pour quelques mois.Il faut davantage d’humains comme Madame Bouchardeau.Pascal Décaillet -
Mais enfin, bon sang !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.05.26
Mais enfin, bon sang, pourquoi les socialistes, ce vieux parti qui a tant contribué à faire la Suisse moderne, s’allie-t-il avec le grand patronat, au lieu de prendre au sérieux la question démographique ? Le parti de Tschudi, cet immense conseiller fédéral bâlois, qui a mené à terme, tambour battant, trois réformes complètes de l’AVS, entre 1959 et 1973.
Ce qui ne va pas, c’est de rejeter un texte, sous le seul prétexte qu’il vient de l’UDC. C’est complètement idiot ! Le PS et l’UDC ne sont pas des copains, et ne le deviendront jamais. Sur tant d’autres sujets, leurs options divergent totalement. Mais là, ponctuellement, il y a la possibilité de faire reculer l’ennemi commun : l’ultra-libéralisme, destructeur de services publics, de lien social.
Mais enfin, bon sang, pourquoi les Verts, qui défendent à juste titre la qualité de vie, le respect de l’environnement, la préservation du patrimoine et des paysages, s’allient-ils avec les forces de l’Argent, qui les détruisent à longueur d’année ? La question démographique, dans un pays comme le nôtre, avec ce relief si particulier, ce Plateau qui n’est pas extensible à souhait, devrait pourtant intéresser les Verts, au premier chef ! Personne ne demande aux Verts de partir en vacances avec des UDC. Juste réfléchir, avec un minimum d’honnêteté intellectuelle.
Dans cette histoire de Suisse à dix millions, la responsabilité de la gauche est écrasante.
Pascal Décaillet