Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.01.26
Une Suisse à dix millions d’habitants maximum, c’est la nouvelle initiative de l’UDC, sur laquelle nous voterons bientôt. J’aime autant vous dire qu’on va en parler dans les mois qui viennent : ce sera l’un des thèmes majeurs de 2026.
Elle touche l’immigration, comme celle du 9 février 2014 (acceptée par le peuple et les cantons, mais scandaleusement jamais mise en application). Mais elle touche aussi, comme l’initiative Ecopop, à la démographie, tout simplement, de notre petit pays, avec ce Plateau coincé entre Jura et Alpes. Le territoire habitable suisse n’est pas extensible à souhait.
Immigration, démographie, vieille crainte de « l’Überbevölkerung » (surpopulation) : ce sont là des thèmes ancrés viscéralement dans l’imaginaire suisse. Les sous-estimer, en bobo urbain des beaux quartiers, ou en internationaliste sans-frontières, c’est ne rien comprendre aux préoccupations légitimes de notre peuple, et notamment des plus défavorisés. Ceux qui craignent pour leur boulot.
Bref, ouvrons un vaste débat national. Entre citoyennes et citoyens, par particulièrement entre élus. Discutons. Engueulons-nous, en toute fraternité confédérale. Et puis, un beau dimanche, décidons. Et cette fois, croyez-moi, en cas de OUI, pas question de bouder la mise en œuvre : une nouvelle trahison des clercs casserait pour longtemps la confiance du peuple envers ses autorités.
Pascal Décaillet
Commentaires
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Je n'ai jamais réagi à vos nombreux articles, M Décaillet, mais celui-ci, me pousse à sortir du "silence". Non par polémique, vous ne me connaissez pas, et moi-même ne vous connait que par le biais de vos articles ou émissions........., mais parce-que j'avais aussi besoin de me clarifier les idées.
L'idée qu'un pays devrait "se refermer" pour se préserver repose sur une vision du monde que la recherche scientifique, économique et sociale contredit largement. L'échange, la diversité, mixité - culturelle, sociale ou intellectuelle, ne sont sont pas des faiblesses. Je pense au contraire que ce sont des facteurs reconnus d'innovation et de prospérité.
Sur le plan moral, bien que je sache que la politique n'a que peu à faire avec la morale, une question est écartée : qui sommes-nous (les chanceux du présent), pour décider que d'autres (à venir) n'auraient pas droit à aspirer à de meilleurs conditions de vie ? La Suisse ne s'est pas construite sur un droit divin à la prospérité, mais sur des siècles d'échanges, de migrations et interdépendances, y compris de "l'intérieur". Nombre de familles suisses, y compris celles qui se disent "de souche", sont le fruit de ces mouvements. Fermer la porte aujourd'hui me semble être une négation de ce qui nous a, historiquement, constitués.
L'argument économique mérite d'être aussi regardé honnêtement. Le vieillissement démographique est une réalité. Sans immigration, notre système de retraites, notre marché du travail, notre système de santé et même nos finances publiques seraient mis sous tension. Les personnes qui arrivent en Suisse me sont pas qu'une "pression", elles travaillent (en proportion bien plus que ceux qui reçoivent des aides quelques qu'elles soient), cotisent, consomment et participent au financement de l'Etat.
Enfin permettez moi de pousser à l'extrême l'initiative, faudrait-il au nom de la "saturation", envisager une redistribution des habitants selon leurs canton d'origine? Genève serait-elle réservée aux Genevois (plus de crise du logement, de bouchons, enseignement plus serein, etc) le Valais aux Valaisans, Zurich aux Zurichois ? Cette logique me semble absurde.
Le débat est légitime, si l'UDC lance cette initiative c'est bien que des citoyens y pensent. Toutefois je préfère parler d'aménagement, de logement, d'infrastructures, de qualité de vie. Faire de l'immigration le bouc émissaire principal, sous couvert de peur démographique, ne règle aucun problème structurel. Le cerveau humain est fainéant, résoudre les problèmes des sujets cités ci-dessus est bien plus complexe que de mettre une limite à 10 mio, pourquoi pas 11 mio, 12 mio....
Pour finir, à Manhattan, environ 60km2, cohabitent environ 1,7 millions d'habitants, soit env. 28'300 habitants par kilomètre carré. A Genève (ville) 16km2 pour 208 000 habitants, soit 13'000 hab./km2. A l'échelle du Canton 1'880 hab./km2........ regardons les vrais problèmes, même si ça fait mal.
Vous m'aurez au-moins incité à m'interroger, merci.
Dix millions, ça suffit, en effet ! Notre minuscule territoire n'est pas extensible, comme celui des USA, qui pratiquent l'impérialisme conquérant, Trump ou pas Trump ! Il nous incombe, à nous Suisses, de décider ce que nous voulons faire de ce territoire, et surtout qui nous voulons y accueillir ! Unilever et Monsanto, allez, ouste, hors d'ici, ce n'est pas vous ni nos élites qui décidez !