Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Iran : analyser, plutôt que moraliser

 
 
Sur le vif - Dimanche 11.01.26 - 14.33h
 
 
 
L'idéologie d'un régime est une chose. La continuité nationale en est une autre. Pour ma part, seule m'intéresse la seconde, dans l'analyse d'une situation historique.
 
J'invite tous mes lecteurs à raisonner en termes de nations. La continuité des intérêts russes, avec ou sans Poutine. Celle des intérêts américains, avec ou sans Trump. Et, par exemple, celle des intérêts supérieurs de la Perse, puissance majeure, plusieurs fois millénaire, sur l'échiquier du Moyen-Orient.
 
J'utilise à dessein le mot "Perse", pour souligner cette dimension de continuité. La Perse transhistorique, traversée, comme tous les pays, par une succession de régimes, de clans, de féodalités, de liens d'intérêts.
 
J'ai suivi avec passion, en 1979, la Révolution iranienne. Le passage du régime du Shah, pro-américain et ouvert à l'Occident, à celui des Mollahs. Passage radical d'un extrême à un autre, d'une société à une autre, d'une vision du monde à une autre. Et pourtant, continuité nationale : on l'a vu, très vite, dans la guerre entre l'Iran et l'Irak. Côté iranien, on défendait certes un régime, tout jeune. Mais on a surtout défendu, devant l'Histoire, le territoire national. La Vieille Perse, contre son voisin arabe.
 
Le Shah, les Mollahs : aucun de ces deux régimes ne doit nous inspirer la moindre sympathie. Mais là n'est pas le problème. Nos sentiments, en Europe occidentale, n'ont aucune espèce d'importance. Ce qui compte, c'est la lucidité dans l'analyse de la situation. L'Iran est complexe, traversé par mille courants, par une infinité de minorités, par des rivalités profondes au sein même de la cléricature au pouvoir depuis 47 ans. On ne juge pas un tel pays sur les seuls critères de nos valeurs, en "Occident". Le Shah bafouait les droits humains. Les Mollahs, encore plus.
 
Il y a des gens, incroyablement courageux, qui se battent en Iran pour leur liberté. Des hommes, des femmes, qui risquent leur vie. Il y a mille raisons, sur place, de détester le régime en place depuis 1979.
 
Pour autant, oser parler de retour du clan du Shah, 47 ans après, via son fils, marionnette de Washington, est une option totalement surréaliste pour toute personne de ma génération, qui avait vingt ans à la chute du Shah. Et qui avait, toute son adolescence, entendu parler de sa police secrète, et de ses méthodes.
 
Soyons clairs : deux pays, les Etats-Unis et leur indéfectible allié au Proche-Orient, œuvrent, en ce moment même, non à "libérer la société iranienne", mais à construire un narratif, une création d'images et de discours, créant les conditions, non seulement de la chute du régime actuel (peu s'en plaindraient), mais avant tout de la réimplantation de LEURS INTÉRÊTS A EUX sur le théâtre d'opérations de la Vieille Perse. Intérêts stratégiques. Intérêts économiques. Intérêts financiers. Intérêts énergétiques.
 
J'invite toute personne ambitionnant de tenir un discours sur l'Iran à prendre en compte le biais de propagande américaine dans les récits actuellement fournis sur ce pays. Washington, avec ses services secrets, en a largement les moyens. Son indéfectible allié au Proche-Orient, avec ses services à lui, parmi les plus redoutables du monde, les a aussi.
 
 
Pascal Décaillet

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel