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  • Découdre l'inéluctable !

     

     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.02.26

     

    Un fer à repasser JURA, une machine à coudre BERNINA. Nous sommes des millions d’enfants de la Suisse de l’après-guerre à avoir grandi avec ces instruments mythiques, à la maison. Ils faisaient partie de la famille. Surtout, ces marques ménagères incarnaient la haute qualité de notre industrie suisse, sa fiabilité, la qualité de ses finitions, sa précision.

     

    Hélas, BERNINA nous quitte. Elle licencie quelque 25 personnes dans son usine de Steckborn, Thurgovie, au bord du lac de Constance. Et parachève sa délocalisation en Thaïlande. La direction invoque les taxes douanières, le franc fort. Elle a fait ce qu’elle a pu. Elle ne peut plus, tout simplement.

     

    Mais tout de même, la Thaïlande ! Terrible exemple de délocalisation. Pour la Suisse, une perte de substance qui fait mal. Surtout, des pouvoirs publics totalement incapables de prendre la mesure du symbole : la fine fleur de nos machines à coudre qui s’en va au fin fond de l’Asie, comme si c’était inéluctable, comme si la Suisse était incapable de venir en aide à l’une de ses marques les plus attachantes !

     

    Cantonaux ou fédéraux, à quoi servent les ministres de l’Économie ? Le libéralisme exigerait-il qu’ils regardent passer les trains, sans intervenir, et s’envoler les machines à coudre ? Non, non, et non ! La Suisse a besoin de renouer avec une vraie politique industrielle. Où l’Etat joue un rôle. Pas seulement pour se pavaner dans les cocktails.

     

    Pascal Décaillet

       

     

  • D'abord, la Suisse ! D'abord, les nôtres !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.02.26

     

    L’alignement des drapeaux du monde, devant le Palais des Nations, est certes visuellement agréable, surtout avec un petit vent, mais c’est un leurre. L’ONU est un leurre. L’idée qu’il existerait une « communauté des nations » est un leurre. Par deux fois, on a voulu y croire. D’abord en 1919, juste après l’horreur absolue de la Grande Guerre, lorsqu’on a créé la Société des Nations. Et puis, juste après la Seconde Guerre mondiale, sur les décombres de la SDN (qui n’avait en aucune manière réussi à empêcher l’éclatement d’un nouveau conflit), on a lancé l’ONU. Par deux fois, nos ancêtres, recrus d’épreuves, épuisés par ces deux guerres, ont rêvé d’un ordre mondial. Nous n’avons pas à les juger : ils revenaient de si loin, ils avaient le droit de croire en des lendemains qui chantent.

     

    Mais enfin, rétablissons l’Histoire, telle qu’elle est. En 1919, on a beau lancer la SDN, l’événement majeur de cette année-là, c’est le Traité de Versailles. Les conditions hallucinantes dictées par Clemenceau aux Allemands, qui seront l’une des causes directes de la revanche nationaliste de l’Allemagne, en 1933. Le paradoxe est là : en même temps qu’on invente une communauté des nations, on crée toutes les conditions, pour des raisons de vengeance nationale française, dictées par un homme qui avait admirablement réussi dans la guerre mais échoué dans la paix, de retour à une nouvelle guerre d’envergure. De même, après 1945, en même temps qu’on relance l’idée de concorde planétaire, deux impérialismes, celui de Washington, celui de Moscou, écrasent le monde, pour des décennies. A Genève, les drapeaux multicolores flottent, de conserve. Dans le reste du monde, une quantité hallucinante de guerres, dont tant de conflits coloniaux, continuent de tuer. L’ONU n’en empêche aucun, par plus que la SDN, entre les deux guerres.

     

    La vérité, c’est que l’Histoire est tragique. Elle n’obéit à aucune morale, aucun mouvement de « progrès », lisez Thucydide, Guerre du Péloponnèse, il y a 25 siècles, tout y est déjà. L’Histoire se meut comme un crabe, sur la plage, avec sa démarche incertaine, illisible. La vérité aussi, c’est que chaque nation, fruit d’une Histoire qui lui est propre et n’obéit à aucune loi universelle, roule pour elle-même. On le voit en temps de guerre. On l’a vu, aussi, en période de Covid, avec le recroquevillement de chacun sur lui-même, pour avoir ses masques, ses gants, ses doses de vaccins. Bref, survivre.

     

    Dans les temps difficiles que nous traversons, notre pays, la Suisse, doit s’occuper d’elle-même. De son propre peuple. De sa souveraineté stratégique, mais aussi alimentaire, pharmaceutique, médicale, industrielle. Il n’y a là rien d’égoïste : en temps de crise, chaque nation a le devoir de se protéger d’abord elle-même, en absolue priorité. D’abord, la Suisse. D’abord, les nôtres. Amitié, certes, avec tous les peuples du monde, celui de Palestine comme celui d’Israël, celui d’Ukraine comme celui de Russie. Mais priorité à notre survie. Nous en avons le droit. Mieux : nous en avons, face à nos ancêtres, notre Histoire, nos enfants, notre avenir, l’impérieux devoir.

     

    Pascal Décaillet