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Toutes les voix

 

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.04.26

 

La démarche historique, comme toute entreprise visant à comprendre plutôt qu’à juger, ne peut être que polyphonique. Ouvrir ses oreilles, mais aussi sa curiosité, et jusqu’à son âme, à toutes les voix. Celles des vainqueurs, celles des vaincus. Celles des colons, celles des opprimés. Celles des justes, celles des maudits. Celles des victimes, et jusqu’à celles des bourreaux.

 

Prenez la Guerre d’Algérie (1954-1962), l’une de mes grandes passions. Les voix, les témoignages, des colons français, installés dès 1830. Mais aussi, celles de tous ceux qui ont vécu cette période comme une domination, un mépris pour ce qu’ils étaient, une oppression, donc les populations arabes et musulmanes. Pour s’ouvrir à cette polyphonie, qui seule nous restituera une approche crédible (et encore imparfaite) du réel, il faut lire, lire, et lire encore. Consulter les archives, sonores et visuelles. Prendre acte de toutes les versions. Chacune est un parcours humain, qui fait partie du tableau général de l’Histoire.

 

Rien de pire que l’homme, ou la femme, d’un seul discours, d’une seule version. Chacun d’entre nous peut se retrouver un jour victime ou bourreau. Ou complice d’un silence. Méfions-nous, comme de la peste, du discours du pouvoir. Tout pouvoir, d’où qu’il vienne ! Politique, économique, financier, colonial, patriarcal. Méfions-nous, en priorité, de nous-même : notre absence de curiosité, notre adhésion trop facile à un discours dominant. Ouvrons nos oreilles à la polyphonie. Et aussi, ouvrons nos âmes.

 

Pascal Décaillet

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