Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.01.26
Effondrement du « droit international », retour des empires, cynisme des rapports de forces, les pires prédations autorisées aux puissants, comme, par exemple, enlever un chef d’Etat en exercice, s’approprier le pétrole du pays, camoufler cet acte de pur piratage sous de belles paroles : nous sommes dans un nouveau monde, un nouveau cycle. Ce nouvel ordre présente pourtant une singularité : celle de ressembler comme deux gouttes d’eau à l’ancien. Celui d’avant 1945. Les Etats-Unis, la Chine, la Russie jouent dans la cour des grands. L’Europe n’existe pas. Trump fait absolument ce qu’il veut, où il veut, comme il veut, jusqu’au jour (mais quand ?) où un contre-pouvoir le calmera. Oui, ce monde nouveau est le frère jumeau du monde ancien, celui où seuls prévalaient les rapports de domination. Le monde naturel, au fond, la jungle, l’édifice si précaire du « droit international » s’étant effondré.
Dans ces conditions, que faire ? Je ne m’exprime jamais, et le rappelle constamment, sous une autre qualité que celle de citoyen suisse, parmi des millions de concitoyens, qui tous ont doit à la parole, Eh bien comme citoyen, comme patriote, comme père de famille, comme entrepreneur passionné par son travail qui consiste justement à parler de la dimension collective, celle qui touche, au sens d’Aristote, à la Cité, j’invite la Suisse à s’occuper, plus que jamais, mieux que jamais, d’elle-même. Je ne l’invite pas au repli, nous devons tisser des liens avec tous les peuples du monde, sans exception. Mais je l’invite à porter toutes ses attentions, en absolue priorité, sur le peuple suisse. Et notamment sur les plus démunis. Un récent rapport sur la pauvreté en Suisse malmène méchamment notre réputation de prospérité à travers le monde.
Oh, de l’argent, en Suisse, il y en a des tonnes, mais la qualité de sa répartition n’est pas au rendez-vous : la plus grande partie des richesses demeure entre les mains d’une poignée hyper-minoritaire. Ça n’est pas, pour ma part, ma conception de l’indispensable solidarité interne qui est dans l’essence-même, dans le projet-même, de la Suisse fédérale, depuis 1848. Rassurez-vous, je ne prône ni la collectivisation des terres, ni le plan quinquennal. Non, je dis et répète, simplement, que toutes nos attentions doivent se tourner vers nos compatriotes. La Suisse doit s’occuper du peuple suisse. Notre système de santé, livré depuis le milieu des années 1990 (j’ai couvert en détail, à Berne, comme correspondant, la genèse de la loi sur l’assurance maladie) aux puissances de l’argent, doit absolument retrouver une dimension de solidarité que seul peut permettre un retour de l’Etat. Nos aînés, mais aussi nos jeunes sans emploi, doivent faire l’objet de nos attentions prioritaires. Notre agriculture doit être protégée. Notre industrie, puissamment relancée. Les délocalisations, férocement combattues. La fiscalité doit moins taxer le travail, pour enfin soulager les classes moyennes. Oui, la Suisse doit s’occuper des Suisses. Il y a tant à faire à l’intérieur de nos frontières.
Pascal Décaillet