Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.02.28
En ce milieu, déjà dépassé, de législature 2023-2028, le Conseil d’Etat genevois a-t-il une cohérence idéologique ? Une épine dorsale ? Un programme de législature qui repose sur une philosophie politique, plutôt qu’un amoncellement administratif ? A-t-il un cap, tient-il le gouvernail, plutôt que d’errer, tel un Vaisseau fantôme, au gré des vents ? Travaille-t-il en intelligence interne, plutôt qu’en juxtaposition de sept baronnies, indifférentes les unes aux autres ? A-t-il du courage, celui de dire OUI, mais aussi parfois celui de dire NON ? Tient-il ses engagements de campagne ? Respecte-t-il la très nette majorité de droite plébiscitée par le peuple au printemps 2023 ? Voit-t-il, simplement, que la mode de la doxa Verte des quinze dernières années, une vague sur Fukushima, puis une autre sur le climat, s’est nettement tassée ? Voit-il, tout court ? N’est-il pas dans la nuit ?
Une question, claire : en quel honneur, et en vertu de quel basculement, le Conseil d’Etat genevois a-t-il cru bon, le mercredi 4 février, de se prononcer en faveur de l’initiative Verte sur le « Fonds Climat » ? Une initiative fédérale de gauche, sur laquelle nous voterons le 8 mars prochain, qui demande d’investir entre 0,5% et 1% du PIB (produit intérieur brut) de la Suisse pour le « climat ». Et qui, au nom de l’impératif que cet enjeu représenterait, entend soustraire ces milliards de dépenses au mécanisme du frein à l’endettement, dûment mis en place par notre ordre démocratique. En clair, une dépense qui, au nom d’un impératif moral supérieur, aux accents de dogme théologique, échapperait à la loi suisse. Quoi qu’on pense de la nécessité de protéger notre planète (nous n’en contestons pas ici le principe), ce saute-moutons sur la loi suisse, démocratiquement votée, est inacceptable. Il en dit long, très long, sur la mentalité des initiants, leur légèreté face à la loi, leur approximation marécageuse face au marbre républicain.
Le Conseil d’Etat genevois est composé de trois personnes de droite, trois de gauche, et un imprévisible. Aux trois de gauche, nous n’avons nul reproche à adresser. L’initiative vient de leurs rangs, elle est parfaitement légitime sur le plan formel, elle a eu les signatures, ils ont absolument le droit de la défendre. Mais il a bien fallu, arithmétiquement, qu’un membre, au moins, du collège bascule à gauche, pour obtenir ce soutien du Conseil d’Etat à l’initiative sur le Fonds Climat. Aux Verts, nul reproche : ils soutiennent leur texte. Aux socialistes, nul reproche : ils soutiennent les Verts. Mais le drame d’une bonne partie de la droite suisse, depuis au moins deux décennies, c’est qu’elle semble comme apeurée par les thèses des Verts. Comme si on n’avait pas le droit de leur dire, en toute fraternité républicaine : « Vous êtes adorables, mais votre initiative est excessive. Nous n’en voulons pas ». Il est temps que la droite suisse se réveille. Organise sa pensée autour de ses propres valeurs. Et non autour de celles des Verts.
Pascal Décaillet