Sur le vif - Dimanche 15.02.26 - 16.22h
Depuis deux décennies, je dénonce la mythologie du "transfrontalier" à Genève.
Je ne dénonce en aucun cas les frontaliers. Je ne m'en prends jamais aux hommes et aux femmes. Plus : je considère la France comme un pays ami, la Haute-Savoie et l'Ain comme des Départements amis. Nulle francophobie, donc.
Mais je dénonce, sans appel, la construction, depuis plus de vingt ans, d'un véritable mythe. On lui a donné un nom, d'une abyssale prétention : le "Grand Genève". On a laissé des conseillers d'Etat genevois, à commencer par un célèbre Vert amateur de terroir, se comporter comme si Genève n'était pas membre d'une Confédération, comme si elle avait, au niveau du Canton, toute latitude pour passer des accords avec l'étranger. Certains ministres cantonaux genevois se sont pavanés comme des roitelets locaux, négociant directement avec la France, sans passer par Berne.
Construction d'une mythologie. Vendre l'idée que le temps des nations serait dépassé. Que tout se réglerait, autour d'un verre de blanc, par l'horizontalité de baronnies locales. Que la France paierait son dû. Que Genève aurait "intérêt" à engouffrer des millions dans des investissements en France voisine.
Ce mythe profite à qui ? A une certaine gauche proudhonienne, approximative, éloignée de l'idée de nation, à des milliers de lieues marines de la nécessaire dureté, cadastrale, géométrique, de la précision républicaine. En un mot, les Verts.
Mais le mythe, tout autant, profite à l'idéologie libérale. A un certain patronat soucieux de profit, n'hésitant pas pratiquer la sous-enchère salariale avec des frontaliers.
Les Verts, les libéraux. Depuis le début, depuis la bataille homérique autour du CEVA, c'est l'alliance malsaine, de pur opportunisme, entre ces deux idéologies, qui fait avancer le mythe prétentieux du "Grand Genève".
A en juger par un vote plus récent, celui de jeudi soir sur un nouveau crédit transfrontalier de 39 millions pour des P+R, d'étranges ralliements se sont produits. Pourquoi, par exemple, l'UDC ?
La réalité, comme une douche froide, viendra réveiller nos rêveurs. La France paie-t-elle son dû ? Endettée comme jamais, alignera-t-elle, le jour venu, sur ces chimères binationales, les sommes promises ? Ou les braves Suisses, comme toujours, seront-ils les seuls à débourser ?
L'alliance de la gauche approximative et du cynisme d'un certain patronat libéral dévoie notre Canton depuis vingt ans. La croissance, à qui profite-t-elle ? Au peuple de Genève ? Bien sûr que non : au contraire, on l'étouffe d'impôts ! Il ne trouve pas à se loger ! Il paye les loyers, et les primes d'assurance maladie, les plus chers de Suisse !
Et on vient lui parler, à ce brave peuple de Genève, qui rote au bassinet et n'en peut plus de débourser, de jeter au Rhône, via la France voisine, les sommes colossales qu'il a lui même payées, en impôts, à un Etat-Moloch.
Le jour où les classes moyennes à Genève se réveilleront, ça fera mal. Très mal.
Pascal Décaillet