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Liberté - Page 2

  • La fierté d'une nation

     

    Commentaire  publié dans GHI - Mercredi 23.09.26

     

    « Les milieux de l’économie » : c’est par cette expression que l’on qualifie en Suisse le patronat. Ou les organisations patronales. Ou les groupes de pression gravitant autour d’elles. A l’approche d’une votation, par exemple, on nous gave des réserves ou mises en garde des « milieux de l’économie ».

     

    Cette expression est un absolu scandale. Elle crée un amalgame entre « l’économie » et les grands patrons, ou ceux qui les financent. Elle réduit à eux-seuls le champ où s’exercent pourtant, tous métiers, toutes fonctions confondus, l’ensemble des hommes et des femmes qui œuvrent à la prospérité de notre pays.

     

    Un patron, c’est évidemment une part de notre économie nationale. Mais, tout autant, un ouvrier, une infirmière, un cuisinier, une femme de ménage, un mécanicien sur locomotives, ou le membre d’une équipe de nettoyage. Oui, ceux qui nettoient les toilettes, viennent bosser le soir, une fois les bureaux vides, ou la nuit, ou à l’aube.

     

    Ceux qu’on ne voit pas. Les équipes de nuit. Ceux qui creusent les tunnels, et que j’ai appris à connaître grâce à mon père, ingénieur, qui m’a si souvent emmené sur ses chantiers.

     

    Bref, soyons sérieux : l’économie, c’est nous tous. Nous, qui bossons. Absolument toutes fonctions confondues. Sans distinction de couleur de peau, ni d’origine, ni de langue, ni de religion, ni surtout de statut social. Ceux qui bossent, à commencer par les plus modestes, sont la fierté d’une nation.

     

    Pascal Décaillet

  • Le Loup, le Chien, le Budget

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.09.26

     

    Plus de quarante ans que je traite les débats budgétaires. Longtemps à Berne, comme correspondant, chef de rubrique Nationale, ou producteur d’émissions. Et, bien sûr, depuis vingt ans, à Genève. Jeune journaliste, beaucoup trop fidèle aux conférences de presse, aux communiqués, aux accents de vérité divine qui semblaient venir des ministres des Finances, j’avais la naïveté de croire que le budget était une affaire de chiffres. Alors, je saupoudrais mes débats de chiffres, de nombres, de pourcentages. Je tombais exactement dans le piège du pouvoir : camoufler une réalité politique, faite de choix précis et souvent cruels pour les intéressés, notamment les plus précaires d’entre nous, sous le paravent d’une pseudo-vérité quantifiable. Parce que les chiffres, quand on prend la parole à Berne, sous la Coupole, ou dans les centres patriciens de la Vieille Ville, à Genève, ça pose son gaillard, ça fait sérieux.

     

    A vrai dire, dès mes années bernoises, j’ai très vite compris, et aussitôt décidé de laisser ce piège aux débutants, ou à ceux qui ont vocation d’affidés au pouvoir, de porte-parole, et qui rêvent d’entrer dans le service communication d’un ministre, voire d’officier comme homme ou femme de l’ombre, celui qui chuchote, et prépare les cafés. Ce rêve-là n’a jamais, au grand jamais, été le mien. Dans la prodigieuse fable « Le Loup et le Chien », de La Fontaine, chef d’œuvre de métrique, de rythme, de souffle retenu, de désir qui monte jusqu’aux trois derniers vers, « et court encor », j’ai fait mon choix depuis toujours : pour moi, pas de collier. Pour être franc, je hais le pouvoir, tout pouvoir, d’où qu’il vienne, qu’il soit patriarcal, patronal, politique, scientifique, médical, hygiéniste. Or, reproduire, dans un débat budgétaire, les chiffres instrumentalisés par le pouvoir, c’est évidemment foncer tête baissée dans le jeu des puissants.

     

    A noter que, dans cette chute unique au monde, « et court encor », je suis obsédé depuis l’âge de neuf ou dix ans (quand nous l’apprîmes à l’école), par cette élision du « e » final à « encor », usage poétique certes, mais surtout, dans l’effet produit aujourd’hui, fin soudaine du film en pleine action, souffle coupé, lecteur en haleine, orphelin déjà de son désir. Celui qui court, affamé mais libre, se soucie en effet assez peu d’une ultime voyelle muette, il fonce à l’essentiel. Donc, je vous invite à parler budget sans évoquer de chiffres. Et, pour prendre un exemple au hasard, dans le projet de budget 2027 de l’Etat de Genève, présenté jeudi 17 septembre par le Conseil d’Etat, à ne considérer que  ce qui compte : une droite libérale qui veut sabrer, une gauche qui veut maintenir tous les postes et tous les acquis, un antagonisme entre l’un et l’autre qui sera, comme d’habitude, tranché par l’opportunisme des différentes formations (j’en compte trois, au Grand Conseil) du Marais. Un mot qui, sous ma plume et dans ma langue, n’a strictement rien de péjoratif : il remonte à la Convention, sous la Révolution française. A l’époque, on ne s’encombrait pas de chiffres, on coupait court.

     

    Pascal Décaillet

  • Vingt ans après, Ségolène !

     
     
    Sur le vif - Mardi 22.09.26 . 09.56h
     
     
    Ségolène Royal, dont la campagne de 2007 avait été éblouissante, avant de se fracasser au second tour contre l’orléaniste Sarkozy, qui a dégradé la fonction présidentielle comme nul autre, est une personnalité profondément française. Elle respire la France.
     
    Pas l’Ukraine. Pas « l’Europe ». La France !
     
    Je n’analyse pas ici son degré exact de sociale-démocratie, par rapport à ses innombrables concurrents du même camp. Mais sa personne. Ségolène incarne la France. La France profonde. La vieille France, traditionnelle, rurale, celle du terroir, des collectivités locales, des clochers, des processions. La France que François Mitterrand, plus charnel (au sens de Péguy) que cérébral dans son rapport au pays, avait si bien comprise.
     
    Bref, tout ce qu’il faut pour être détestée par la cohorte caviardée des européistes, des mondialistes, de son propre parti, ceux pour qui la dilution de la nation dans un conglomérat supérieur, un Saint-Empire européen, ne semble poser aucun problème.
     
    En 2007, Ségolène, c’était la France. Sarkozy, c’était l’arrogance affairiste.
     
    Alors, a-t-elle la moindre chance ? A la primaire des camarades, elle va se faire laminer. Le Tout-Paris de l’esturgeon roule pour le stagiaire. Son ex-mari, redoutable d’intelligence tactique, guette en embuscade. L’éternelle rivalité de ces Dupondt ne manque ni de saveur, ni de piquant.
     
    Nous verrons. Mais pour l’heure, rien que la voir fait du bien. Il y a vingt ans, en 2007, dans un édito, je l’avais appelée « la Madone des gradins ».
     
    Sa candidature, inattendue, surgissante, passablement cinglée, détestée à l’interne par les mornes apparatchiks, décoiffe. Et ça fait du bien.
     
     
    Pascal Décaillet