Liberté - Page 2
-
Même pour l'armée, pas question d'augmenter la TVA!
Sur le vif - Mercredi 28.01.26 - 16.29hPrès de 500 jours d'armée, dans ma jeunesse : on ne me soupçonnera pas d'antimilitarisme ! Responsable des sujets de politique de sécurité lorsque j'étais correspondant RSR au Palais fédéral, puis chef de la rubrique Nationale. Membre de la Commission Schoch, "Réforme de l'armée", 30 journées de séances, décentralisées dans tous les cantons suisses, tout au long de l'année 1990. Du nom d'un homme remarquable, feu mon ami le Conseiller aux Etats Otto Schoch (Rad, AR), d'Herisau, lui-même officier supérieur, incarnation de ce radicalisme éclairé, hérité de 1848, qui m'a toujours profondément inspiré.Je ne suis donc pas un ennemi de l'armée. Mais quand j'entends dire qu'on va augmenter la TVA de 0,8% pour la financer, là je dis NIET ! Je le dis comme citoyen. Je le dis comme petit entrepreneur, responsable d'une PME soumise à la TVA. Je le dis au nom de tous ceux qui, dans ce pays, bossent, sont pressés comme des citrons par une fiscalité totalement confiscatoire sur le travail, notamment pour les classes moyennes. Je le dis clairement : augmenter encore la TVA, c'est NIET, encore NIET, plus que jamais NIET !S'il faut investir davantage dans l'armée, eh bien il faudra faire des choix : COUPER AILLEURS, dans le budget de la Confédération. Les pistes d'économies ne manquent pas. Les classes moyennes suisses, éternelles vaches à traire de la fiscalité, payent déjà beaucoup trop d'impôts, directs ou indirects. Maintenant, ça suffit. On ne donne pas un centime supplémentaire à Berne, ni d'ailleurs aux Cantons. On leur donne déjà beaucoup trop ! Augmenter encore la TVA, impôt au demeurant injuste socialement, c'est déclarer la guerre aux Suisses qui bossent. Et qui n'en pourront bientôt plus.Pascal Décaillet -
Régies : du respect, et vite !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.01.26
La récente affaire des expulsions collectives de locataires et commerçants à la Jonction provoque, à juste titre, la colère générale. Quant au fond, et quant à la méthode.
Dès lors, des questions, et surtout des pistes. Mieux ancrer, dans la loi, la protection des locataires. Simplifier la législation, pour qu’elle soit accessible à tous, compréhensible, lisible, claire. Rappeler fermement aux régies leurs devoirs légaux. Elles doivent être accessibles à tout moment par téléphone (au diable, les « Apps » !). Les répondants doivent se montrer aimables avec les locataires, et surtout rapides dans les réponses, clairs, serviables, efficaces. L’arrogance du puissant, ça suffit.
Plus largement, notre société suisse doit entamer un vaste débat sur la propriété foncière et immobilière. Le rôle, devenu hallucinant, des Caisses de pensions : on regrette le temps des propriétaires connus du locataire, avec qui on traite directement, les yeux dans les yeux, et non machine bureaucratique contre locataire écrasé.
Oui, les chose doivent changer. Les régies doivent trouver des modalités de respect et d’écoute avec les locataires. Le rendement à tout prix, des propriétaires anonymisés dans des mammouths financiers, ça suffit. Davantage d’Etat, d’intérêt public, de protection des plus faibles, sont indispensables dans cette jungle devenue insupportable d’arrogance.
Pascal Décaillet
-
L'homme, ou la structure ? Les deux, Mon Général !
Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.01.26
C’est une immense erreur que de vouloir personnaliser la politique. Et c’est un lecteur enragé, depuis plus d’un demi-siècle, de biographies des grands hommes d’Etat qui vous le dit. De Gaulle, Mendès France, Mitterrand, Willy Brandt, Nasser, Bismarck, Frédéric II de Prusse, remplissent mes bibliothèques. Alors, quoi ? L’homme, ou les mouvements structurels, plus lents, plus complexes, plus anonymes ? La vérité se tisse de ces deux démarches mêlées. D’un côté, l’empreinte puissante d’un grand homme, ou femme, sur son temps. Celle, écrasante, de Napoléon sur le destin de l’Europe, entre 1796 et 1815. Celle d’Alexandre, sur les destins croisés de la Grèce et de l’Orient. De l’autre, l’indispensable analyse, en profondeur, des causes économiques, sociales, de tel événement, telle guerre.
A la première démarche, nous invite notre propre passion, chacun de nous, pour le trajet biographique d’un autre humain, ce destin habité sur terre, de la vie à la mort. Son enfance, sa formation. Ses lectures. Ses modèles. Le maître absolu, en la matière, est évidemment Plutarque, l’auteur, en grec (mais à l’époque romaine), il y a deux mille ans, des Vies parallèles. Plutarque, génial biographe, lu dès l’enfance par Jean-Jacques Rousseau. Inspirateur de Beethoven. Je l’ai lu, dans la langue originale, autour de mes vingt ans, grâce à André Hurst ou Olivier Reverdin, peu importe lequel, ces deux défricheurs de chemins étaient magnifiques.
La lecture de Plutarque vous emporte. L’homme décrit par le biographe, vous le sentez vivre sous vos yeux. Avec un seul auteur, né deux mille ans plus tard, j’ai éprouvé la même intensité de restitution : Jean Lacouture, incomparable biographe de Charles de Gaulle, Mauriac, Léon Blum, Champollion, Hô Chi Minh, Nasser, et des leaders émergents du monde arabe. Maintes fois, j’ai discuté avec lui, je l’ai interviewé, C’était un Bordelais délicieux d’intelligence, de saveur, de vivacité.
L’autre démarche est plus austère. C’est celle de l’historien Thucydide, qui explique d’ailleurs lui-même sa méthode, il y a 25 siècles, au début de la Guerre du Péloponnèse. Pour faire court, il nous annonce qu’il ne va pas nous raconter des histoires, ni chercher à plaire, mais restituer au mieux le réel, en analysant le fond des choses. Sa Guerre du Péloponnèse est un monument, De méthode. De rigueur. De lucidité. D’intelligence. Mais sa lecture est difficile. On est loin du génie narratif d’Hérodote, même époque à peu près, quand il nous décrit l’Egypte. Mais chez Thucydide, on va chercher les causes profondes de l’impérialisme d’Athènes, ou celui de Sparte. L’économie. Les matières premières. Le jeu de domination sur les Cités grecques, satellisées par l’une ou l’Autre. C’est puissant. C’est du Karl Marx, 24 siècles avant. C’est implacable.
Je suis un fou d’Histoire politique. Je vous invite à cheminer dans ces deux voies de compréhension des événements : la vie des grands hommes et femmes. Mais aussi, l’austérité d’un Thucydide. Ou celle, géniale dans l’analyse, d’un Karl Marx.
Pascal Décaillet