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Liberté - Page 3

  • Israël - USA : le pacte des loups

     
     
    Sur le vif - Mardi 03.03.26 - 14.49h
     
     
     
    Le couple Israël - USA : le pire fauteur de guerres, de mort et de désolation, au Proche-Orient. Près de 80.000 morts à Gaza, en deux ans, sous les armes d'Israël, et avec la bénédiction de Washington. Et maintenant, une opération totalement illégale, non-acceptée par le Congrès américain, peu soutenue par l'opinion publique de ce pays, menée sans l'aval de l'ONU. MM Trump et Netanyahu attaquent où ils veulent, quand ils veulent, ils ne sont même pas le shérif, ils sont la bande, ils sont la meute.
     
    Face à cette arrogance, ce cynisme, cette soif de semer la mort autour d'eux, ce culot de se couvrir du paravent des droits humains, nous les Suisses, minuscule pays mais si riche de sa rigueur tranquille, nous devons, à notre modeste niveau, montrer de la grandeur. Nous désintoxiquer de huit décennies d'obédience à l'impérialisme américain. Dire à Israël, sans haine, sans nous énerver, sans remettre en cause notre reconnaissance de leur pays, que nous ne pouvons plus supporter le gouvernement de M. Netanyahu. Nous ne mettons pas en cause Israël. Nous condamnons, de toutes nos forces, la violence coloniale envers le peuple palestinien. Nous condamnons la loi de la jungle. Nous condamnons ce pacte des loups entre les meutes les plus extrêmes de Jérusalem et celles de Washington.
     
    Ce que j'énonce ici, vous ne l'entendrez jamais de M. Cassis. Ni du Conseil fédéral. Ni du Parlement, à majorité libérale et atlantiste. Ni de nos éditorialistes, alignés derrière la prétendue sanctification idéologique de cette nouvelle aventure militaire contre un pays du Moyen-Orient. Soyons clairs : Washington veut le pétrole et les ressources naturelles de l'Iran. Jérusalem veut affaiblir durablement, pour quelques générations, son principal ennemi dans la région. Le reste, droits de l'homme, droits des femmes, toutes causes certes hautement estimables, aux yeux de ces meutes de loups, c'est du pipeau.
     
    Ce que j'énonce ici, comme citoyen de ce pays, né Suisse, en Suisse, il y a plus de six décennies, ayant servi le pays près de 500 jours sous les drapeaux, et 40 ans comme journaliste passionné de faire connaître les enjeux citoyens, c'est l'absolue nécessité, pour la Suisse, de s'exprimer, autrement que par des fadaises, style "appel à la retenue". La Suisse doit appeler à une solution politique. Elle doit clairement condamner l'opération en cours. Elle doit le dire sans ambiguïté à Washington et à Jérusalem.
     
    Et puis, la Suisse doit avoir, comme au temps du grand diplomate Édouard Brunner, sa propre politique arabe et persane. Cette politique ne doit en rien être tributaire de la Croisade des pires faucons américains et israéliens. Elle doit être la politique de la Suisse, ouverte au monde, instruite et compétente sur l'Orient compliqué, au parfum des langues, des religions, des courants antagonistes, des traditions littéraires, des civilisations du Proche et du Moyen-Orient.
     
    Cette posture, qui est celle de la connaissance, exige de l'éveil. Elle ne pourra donc nullement s'exercer tant que M. Cassis, le Dormeur du Val, continuera de faire le mort, dans son trou de verdure.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Ca fait peu, ça frise le néant

     
     
    Sur le vif - Lundi 02.03.26 - 16.04h
     
     
    Depuis le printemps 2003, dans l'espace éditorial de Suisse romande, strictement rien n'a changé. Par le moindre iota. Rien.
     
    Il y a 23 ans, au moment de l'attaque de George Bush Junior sur l'Irak, suivi par son majordome Tony Blair, je publiais, dans la Revue jésuite Choisir, un long édito, intitulé "Ma Colère". Quelques confrères et consœurs, en Suisse romande, dont Myret Zaki, osaient un regard très critique sur cette aventure militaire yankee, dont on connaît la suite : l'Irak, pour des générations, lacérée, entre ethnies et factions rivales. Et un nombre hallucinant de morts.
     
    Nous étions quelques-uns, oui. Mais la masse des commentateurs romands, à commencer par les rédacteurs en chefs, soutenait cette intervention. On allait nous débarrasser d'un régime abominable. Le bonheur, sauce occidentale, avec ketchup et coca, allait imprégner la vieille civilisation babylonienne. Reprenez la presse de l'époque, plus on montait dans les hiérarchies des rédactions, en ces temps ultra-libéraux et ultra-atlantistes, plus le soutien à l'Oncle Sam était affirmé.
     
    23 ans après, rien n'a changé. Quelques francs-tireurs osent. Mais la fine fleur éditoriale de la presse romande s'aligne. Elle s'aligne sur qui ? Mais sur le puissant, pardi, comme elle l'a toujours fait ! Ne s'est-elle pas tue, dans son écrasante majorité, lors des deux ans de massacre à Gaza ? N'a-t-elle pas fermé les yeux sur les actes de M. Netanyahu ? N'a-t-elle pas, au fond, toujours pris le parti du colon contre le colonisé, de la puissance économique occidentale, du complexe militaro-industriel américain, contre d'autres forces, d'autres modèles, en ce monde ?
     
    Les beaux esprits de ce coin de pays, qui est le mien, me désespèrent. A quelques exceptions près, dont Jacques Pilet, et un ou deux autres, ils ne sont ni beaux, ni spirituels. Ca fait peu. Ca frise le néant.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Nous, Yankees, Ordre et Beauté

     
     
    Sur le vif - Samedi 28.02.26 - 16.50h
     
     
    Les justiciers, venus du ciel. Comme la cavalerie, surgissant soudain, dans les westerns. Comme en Irak, en 2003. Comme en Afghanistan. Comme en Libye. Comme dans le ciel de Belgrade, au printemps 1999. Aujourd'hui, c'est Trump. Hier, c'étaient Bush Junior, Clinton. Et Obama, en matière de bombardements intensifs, n'a pas été en reste. Ne parlons pas de Johnson, tapissant le Vietnam de napalm, en 1965. Souvent les Démocrates, mais aussi les Républicains. Le bons Présidents, les mauvais. Peu importe. C'est l'Amérique impérialiste, depuis en tout cas 1945.
     
    Le scénario est toujours le même : dans tel pays, il y a un régime abominable (en l'Iran, nul ne saurait le nier). Nous, les Yankees, nous allons déverser nos milliers de tonnes de bombes. Une fois le boulot accompli, le régime honni tombera, le bonheur occidental régnera. Comme après le 6 juin 1944, le monde entier nous sera reconnaissant. Nous sommes la justice. Nous sommes le cosmos, au double sens de ce mot en grec ancien : ordre et beauté.
     
    Prenons l'Irak, avril 2003. Dans un retentissant édito de la Revue jésuite Choisir, j'avais attaqué, sur le moment, cette intervention. Titre de mon papier : "Ma colère". Tout l'establishment pro-américain, libéral, libre-échangiste, que compte la Suisse romande, m'était tombé dessus : j'avais eu le tort de défendre le Diable, contre Dieu. C'est mal vu.
     
    Mais le résultat de la brillante intervention yankee sur l'Irak, en 2003 ? Un pays déchiré, pour des générations. Lacéré. Éviscéré, entre ethnies rivales, au sein du pays. Un nombre incalculable de morts. Le Proche-Orient, embrasé pour des décennies. Partout, la ruine. Partout, la désolation.
     
    Alors ? Alors voilà : il est bien clair que le régime iranien est indéfendable. Mais tapisser de bombes la vieille Nation Perse, au-delà de tel ou tel régime, ne restera pas sans conséquences. Écrasée par les bombes, la population iranienne réagira aussi, un jour ou l'autre, en termes de nation bafouée, quel que soit le régime, et ce dernier fût-il (il l'est, assurément) le plus condamnable. C'est cela qui guette l'avenir, sans compter un embrasement plus général du Proche-Orient. Où les Yankees, depuis des décennies, ne sèment que le feu du ciel, la mort, la désolation.
     
    Nous, Suisses, sommes amis de tous les peuples. Nous le sommes, plus que jamais, du peuple iranien. Le peuple, pas le régime ! Or, c'est lui qui va souffrir, le peuple ! Comme celui d'Irak, à partir de 2003.
     
    Nous, Suisses, ne devons en aucune manière cautionner cette nouvelle aventure militaire de l'Oncle Sam. Trump se contrefiche des droits humains en Iran. Il intervient pour des questions pétrolières, stratégiques, et pour soutenir son cher allié, depuis 1948, au Proche-Orient. Ce visage de l'Amérique est le pire qui puisse s'offrir au monde.
     
    Nous, Suisses, plaidons pour une solution politique. Redevenons l'intermédiaire fiable que nous fûmes entre la vieille Nation Perse et les Etats-Unis d'Amérique. N'applaudissons en aucune manière la Croisade yankee dans une région du monde, ce Proche-Orient qui nous est si cher, matriciel par la culture, à laquelle les Etats-Unis n'ont jamais rien cherché à comprendre. Juste dominer, par le feu du ciel. Et puis, une fois le brasier généralisé, se retirer. Pour d'autres aventures.
     
     
    Pascal Décaillet