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Liberté - Page 3

  • 2026, l'année des citoyens !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.01.26 

     

    Citoyennes, citoyens suisses, vous mes compatriotes, nous tous qui formons, quatre fois par an, le collège électoral de notre pays, et en cela primons sur tout autre cénacle de décisions, je vous invite depuis des années, dans ces colonnes et ailleurs, à prendre le pouvoir. Ou, pour être plus précis, à exercer le pouvoir qui est nôtre, constitutionnellement. Je ne vous invite pas à un putsch. Non, je vous invite à prendre les responsabilités que le système de démocratie directe suisse, le plus abouti au monde, si envié par nos voisins, nous confère.

     

    Je ne vous invite pas seulement à voter, ce serait trop facile. Non, je vous invite, en amont, à faire vous-mêmes la politique du pays, en étant à l’origine des idées. Et non en vous contentant, par le référendum, de confirmer ou infirmer une décision parlementaire. Bref, je vous invite à exercer, à fond et avec cœur, le plus beau de nos droits, celui d’initiative. Lancez des idées. Formez des comités citoyens. Interpellez directement le peuple, sans vous soucier des parlementaires, faites la politique de ce pays.

     

    Je n’attaque pas ici les Parlements. Je ne vous invite en aucun cas à les défaire de leur pouvoir, qui est de fabriquer des lois. Mais le miracle de la Suisse, depuis 1848, et surtout depuis 1891 (droit d’initiative), c’est de faire coexister la démarche parlementaire avec ce salutaire aiguillon d’idées, d’inventions, de rénovations, et aussi de colères rentrées que constitue le droit d’initiative. Une mécanique diabolique, révolutionnaire, une dialectique antagoniste, concurrentielle, entre la pesée d’apothicaires des parlementaires et le souffle tellurique de la volonté populaire. Pendant que nos amis français rêvent, sans l’obtenir, d’adopter un système, plus ou moins inspiré du nôtre, de droits populaires directs, nous, Suisses, avons la chance inouïe d’en bénéficier. Nous sommes les citoyens les plus chanceux du monde.

     

    Et puis, je nous invite tous à n’accorder aucune espèce d’importance à l’avis des Parlements sur les initiatives. L’avis des Chambres fédérales, pour les initiatives fédérales. L’avis des Grands Conseils, pour les initiatives cantonales. J’estime d’ailleurs que ces avis ne devraient même pas être mentionnés dans les brochures. Pour être clair, une initiative est un acte de démocratie pure, façonné par des citoyens à l’attention unique du corps de l’ensemble des citoyens, le suffrage universel. Les Parlements peuvent donner leur avis, bien sûr. Mais il n’a aucune importance. Pas plus que l’avis de n’importe lequel d’entre nous, citoyen ou citoyenne suisse, adulte, responsable. Je dis cela d’autant plus fort que justement, c’est contre l’oubli ou la censure parlementaire d’un thème de fond que des grappes de citoyens, fâchés, lancent des initiatives. Que le Parlement les refuse, on s’en doute bien : ils sont JALOUX, tout simplement, de cette concurrence du peuple ! Allez, citoyennes, citoyens, courage, prenons en charge le destin de notre pays ! Que l’année 2026 rayonne de nos colères inventives. A tous, mes meilleurs vœux !

     

    Pascal Décaillet 

  • Journal de Genève : 200 ans aujourd'hui !

     
     
    Sur le vif - Lundi 05.01.26 - 15.48h
     
     
     
    A juste titre, Madeleine von Holzen, rédactrice-en-chef du Temps, et son équipe, nous rappellent que nous célébrons aujourd'hui le 200ème anniversaire de la naissance du Journal de Genève, 5 janvier 1826. Un an avant la mort de Beethoven !
     
    Je ne peux laisser passer cette date sans émotion. Le Journal de Genève fut pour moi le berceau de mon parcours en journalisme. Premières piges en 1976, grâce à Claude Monnier. Puis, quelques années plus tard, grâce à Jasmine Audemars, mon stage de journalisme, et mes premières années comme professionnel. Avant de me lancer, pour 17 ans, dans l'immense aventure de la RSR. Puis, pour 20 ans, dans celle, non moins impressionnante, de Léman Bleu.
     
    Févier 1998. Producteur du Journal de 12.30h, à la RSR, je vais assister, dans ce qui avait été ma première rédaction, rue du Général-Dufour, à la fabrication de la toute dernière édition du Journal, après 162 ans d'existence. Un micro sans fil. Un casque sans fil. Je mène, comme tant de fois, une émission spéciale en direct, debout et en mouvement (oui, en nous déplaçant dans les différents locaux du Journal : rédaction, mise, saisie, rotative, tout en parlant dans le micro, c'est ça la VRAIE RADIO VIVANTE !), avec une foule d'intervenants : journalistes, typographes, opérateurs de saisie, rotativistes, etc.
     
    Nous avions tous une boule dans la gorge. Eux, parce que c'était leur dernier journal. Moi, comme ancien, mais aussi comme lecteur infatigable, depuis le début de l'adolescence.
     
    Le Journal de Genève a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Et puis, bien sûr, la radio, où j'ai tenu un rôle évidemment plus important. Et puis, tout le reste, après.
     
    Jamais je n'oublierai les locaux vétustes de la rue du Général-Dufour. Dès 1976, pour mes piges du soir, on m'envoyait couvrir tout et rien, on me donnait un délai de reddition à minuit, parfois une heure du matin. Jamais je n'oublierai l'odeur des locaux, le parfum de papier frais, tout juste sorti de la rotative, les vieilles machines à écrire sur lesquelles je pondais mon texte, attentif à la seule heure de remise. Déjà, j'adorais ça : me battre contre la montre.
     
    Jamais je n'oublierai la fierté, pour moi, d'avoir fait mes premières armes dans ce Journal-là. Le meilleur de Suisse, avec la NZZ et la Gazette de Lausanne.
     
    Avoir travaillé pour ce quotidien-là est pour moi un honneur.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • La lucidité, SVP, pas la morale !

     
     
    Sur le vif - Lundi 05.01.26 - 13.43h
     
     
     
    Et ce brave M. Cassis, le même qui se taisait lors du massacre de Gaza, qui s'empresse de "bloquer les avoirs de Maduro" !
     
    Il ne s'agit pas de savoir si Maduro est sympathique ou non. Je ne doute pas qu'il y ait mille raisons de ne pas l'aimer du tout.
     
    Non. Il s'agit de mettre les adeptes du "droit international" (que, pour ma part, je n'invoque jamais) face à leur paradoxe. Ou bien ils veulent ce droit, et ils doivent condamner l'intervention Trump au Venezuela EXACTEMENT de la même manière qu'ils ont condamné la guerre de Poutine en Ukraine. Ou bien, ils n'invoquent pas ce droit. Alors, ils considèrent, avec Bismarck, le seul droit du plus fort.
     
    Le Venezuela serait, dès lors, dans la "zone d'influence" de Washington. Soit. Mais alors, le même partisan de l'analyse froide et cynique des rapports de forces doit peut-être se poser quelques questions sur la difficile relation séculaire entre Kiev et Moscou.
     
    Le même observateur cynique voudra bien, si ça ne le dérange pas trop, prendre en compte les vrais ressorts de la guerre, dès lors qu'une puissance impérialiste y est engagée (c'était déjà valable pour le conflit d'influences entre Sparte et Athènes, il y a 25 siècles, dans la Guerre du Péloponnèse), et ces ressorts, ce sont ceux de la domination économique. Les matières premières. Naguère, entre Sparte et Athènes, le minerai. Aujourd'hui, au Vénézuela, le pétrole (seule vraie cause de l'intervention Trump). Dans la partie orientale de l'Ukraine, le bassin minier du Donbass.
     
    Dire que Poutine, Trump, sont très méchants, ou que Maduro, Zelensky, sont très gentils, n'a strictement aucun intérêt. Les ressorts des impérialismes sont à décrypter en glaciale lucidité. A cet égard, le cynisme analytique, celui hérité, depuis 23 siècles, d'un Diogène de Sinope, celui aussi d'un Clausewitz ou d'un Bismarck, nous sera autrement plus utile que les mots tièdes de la morale et des bons sentiments.
     
     
    Pascal Décaillet