Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liberté - Page 3

  • Le Chorégraphe des Généraux en Retraite

     
     
    Sur le vif - Mardi 10.03.26 - 16.07h
     
     
     
    Inviter tous les soirs, depuis des années, des Généraux en retraite. Bombarder le spectateur d'infographies militaires, de destructions d'objectifs vues du ciel, indolores comme des jeux vidéo. Pérorer avec les Généraux, en total confort, comme au mess des officiers, il manque juste le drink, sur les opérations du jour. Afficher un doucereux sourire lorsque l'un des invités se hasarde à parler des horreurs, pour les populations civiles. S'égarer à l'infini dans le Kriegspiel. Jouer le Grand Oral, examen final de l’École de Guerre, juste avant de se (faire) coudre un nouveau galon. C'est une option médiatique.
     
    Elle n'est pas la mienne. Je veux parler des peuples en conflit. De leur Histoire. De cette chaîne de causes et conséquences, si génialement établie par l'historien athénien Thucydide, il y a 25 siècles, dans la Guerre du Péloponnèse, l'un de mes livres de chevet. Je veux parler des textes fondateurs, ceux des Perses par exemple, mais ceux de tous les belligérants. Leurs références. Leur écriture. Je veux parler des langues, des représentations du monde. Je veux parler des religions, de leurs nuances, ou courants divergents, à l'interne. Je veux évoquer, avec mes invités, les souffrances infinies de ceux qui sont en bas. Pas dans l'avion de chasse. Pas derrière l'écran GPS des missiles. Pas dans la salle de jeux vidéo. Non. En bas. Dans le brasier. Sous les bombes.
     
    Avec mes invités, dans les "Regards sur le Proche-Orient", avec le centième de moyens de ceux dont dispose le Chorégraphe des Généraux en Retraite, je veux, là où je suis, dans cette chaîne si riche de compétences, de coeur et d'esprit pour laquelle j’œuvre avec un intense bonheur depuis vingt ans, approcher le réel sur la pointe des pieds. Dire l'Histoire. Dire les souffrances. Avec des invités lucides et pétris d'humanité.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Proche-Orient : l'audace de déplaire

     
     
    Sur le vif - Lundi 09.03.26 - 16.02h
     
     
     
    "Violation du droit international" : bravo, M. Pfister ! On aimerait cette clarté, ce courage, chez votre homologue M. Cassis.
     
    Hélas, trop occupé à ne vexer ni ses amis d'Israël ni ceux des Etats-Unis, auteurs complices de cette pure et simple guerre d'agression, le ministre suisse des Affaires étrangères rase les murs.
     
    Face au silence de M. Cassis, les mots du ministre suisse de la Défense font du bien.
     
    Et les parlementaires ? Silence radio ! Ils entament aujourd'hui leur deuxième semaine de session, poursuivent l'ordre du jour le plus routinier, comme si de rien n'était. Le Proche et le Moyen-Orient s'embrasent, nos Chambres fédérales ferment les yeux. Nos élus ne veulent ni voir, ni entendre, ni savoir. L'impératif de méconnaissance règne sous la molasse fédérale.
     
    Une fois de plus, le Parlement suisse brille par l'obsession de ressembler à une horloge mécanique. Ou une boîte à musique. Perfection des rouages. Au service du peuple suisse ? Non, juste au service de la machine elle-même ! Éternellement recommencée, comme chez Tinguely.
     
    En ces heures graves pour une région du monde qui nous est si chère, qui nous est matricielle, la Suisse a besoin de voix discordantes. De salutaires emmerdeurs, comme purent l'être un Jean Ziegler, ou un Franz Weber.
    Plus que jamais, la petite musique suisse a besoin de discordances. Pas seulement des dièses, ni des bémols. Mais, dans la composition elle-même, l'audace de déplaire.
     
    Rompre avec l'unisson de la convenance atlantiste n'est pas un luxe. Pour ceux qui, par la plume, par la voix ou par les lumières de la connaissance, en ont l'étoffe, c'est un devoir.
     
     
    Pascal Décaillet

  • "Remodelage" du Proche-Orient, saloperie d'euphémisme

     
     
    Sur le vif - Dimanche 08.03.26 - 15.21h
     
     
     
    Je me suis rendu maintes fois au Proche-Orient. A chaque voyage, quel que soit le pays, toujours cette émotion, si intense, l'ombilic du monde. Les parfums, les mêmes que j'ai toujours respirés en Afrique du Nord, en Turquie, et même déjà en Andalousie. Les musiques. Les marchés. La splendeur des monuments, Mosquées, Synagogues, Eglises. Apogée de ce croisement vertigineux de civilisations : la Vieille Ville de Jérusalem. Ces ruelles étroites, si denses, qui semblent porter le poids du monde.
     
    J'ai eu la chance immense de découvrir en famille le Liban, ainsi que la Syrie, très tôt dans ma vie, à l'été 1966. J'avais huit ans. Saisissant souvenir, qui revient dans mes rêves. Beyrouth, Baalbeck, Damas, Mosquée des Omeyyades, fascination totale. Mais hélas, le Liban, je n'y suis jamais retourné. J'espère le revoir un jour.
     
    Le Liban. Fabuleux pays, croisement de civilisations, mélange d'ethnies, de religions. Mais aussi, des décennies de souffrances. Pays complexe, carrefour des ambitions coloniales des Britanniques et des Français, reliques d'Empire Ottoman, ruines de Rome, de Phénicie, marché à ciel ouvert.
     
    En ce dimanche où j'écris ces lignes, le Liban, une nouvelle fois, vit un calvaire. L'intervention israélienne ne combat pas seulement le Hezbollah : elle détruit, elle tue, elle sème la désolation. Et surtout, elle provoque un déplacement de populations tout simplement hallucinant. Le deuxième en deux ans, depuis Gaza.
     
    Comme si c'était hier, je me souviens de "Paix en Galilée", le nom cynique qu'Israël avait donné à l'entrée des chars d'Ariel Sharon au Sud du Liban, en 1982. On sait ce qui s'est passé là-bas, dans les camps palestiniens. On sait les conditions qui avaient permis ce massacre, quels qu'en fussent les responsables.
     
    44 ans plus tard, quatre décennies de souffrances récurrentes, revoilà les troupes d'Israël semant la mort au Liban. Des masses infinies de populations déplacées. Israël, aujourd'hui comme naguère, entre au Liban, s'y promène, y règle sans comptes, sans le moindre souci des conséquences pour le peuple libanais, sans le moindre mandat international, sans le moindre accord de l'ONU. Israël marche sur le Liban, à sa guise, comme sur un paillasson.
     
    Et chez nous ? D'ineffables commentateurs, la Cinquième Colonne d'Israël, non contents de se réjouir de l'agression américano-israélienne sur l'Iran, applaudissent aux ravages d'Israël dans le Sud du Liban. Ils ont l'immense culot, ces suppôts des puissants, d'utiliser cette saloperie d'euphémisme, "le remodelage du Proche-Orient".
     
    Pour eux, comme pour Darius et ses généraux, comme pour les archanges du bolloréisme, la guerre est un jeu vidéo. Avec ses termes imposés : "remodelage", "opérations préventives", "cibles traitées", "terroristes neutralisés". Tout cela, toute la reprise servile de ce charabia, est à vomir.
     
    Le Liban de mon enfance me revient dans les rêves. Je veux encore y croire. On ne "remodèle" pas ses rêves d'enfants. On vit avec eux, jusqu'à la mort.
     
     
    Pascal Décaillet