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Liberté - Page 3

  • Démographie : la Suisse étouffe !

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.04.26

     

    Hallucinante, l’union sacrée, de la gauche candide à la droite libérale et patronale la plus cynique, contre l’initiative de l’UDC pour la Suisse à dix millions d’habitants, pas plus. Tout, absolument tout, ce que notre pays compte d’officiels, de puissants, de voix autorisées, de chroniqueurs et d’éditorialistes raisonnables, au service du pouvoir, du Conseil fédéral, du Parlement, de « l’économie », se ligue pour passer au napalm ce texte parfaitement démocratique, ayant largement récolté les signatures, sur lequel nous nous prononcerons le 14 juin. Cette diabolisation, dans un esprit de fin du monde : on dirait que la Suisse joue son sort, son destin, son avenir. On se croirait dans la campagne du 6 décembre 1992 : j’en sais quelque chose, correspondant de la RSR à Berne, à l’époque, je l’ai couverte à fond, avec mes collègues, toute une année, avec des débats, des reportages, dans tous les cantons suisses. Même intensité dramatique. Mêmes menaces d’Apocalypse.

     

    Comme je l’ai déjà exposé ici, ce texte ose empoigner un sujet tabou, occulté, dans notre pays : la question démographique. Exactement comme l’avait tenté l’initiative Ecopop, écartée avec mépris par les élites, et pourtant parfaitement pertinente, dans la question traitée. Oui, le relief de notre pays, l’étroitesse de notre zone habitable, nous imposent à tout prix une réflexion sur notre rapport à la démographie. En termes, simplement, quantitatifs. Le dire n’a strictement de xénophobe. Tout pays, toute communauté humaine, a le droit, et même le devoir, d’aménager pour ses habitants un espace viable, où la nature, la splendeur de nos paysages, la qualité de vie et d’environnement soient préservées. Le regretté Franz Weber, l’un de nos plus émouvants contemporains, ne disait pas autre chose, cet esprit universel qui combattait pour Delphes autant que pour les sites naturels suisses.

     

    Or, la Suisse étouffe, et la pression migratoire induite, depuis un quart de siècle, par la libre circulation des personnes, en est la principale cause. Nos infrastructures sont congestionnées, les trains sont bondés, les autoroutes bouchées, les logements introuvables pour nos enfants. Alors oui, la question démographique se pose. Elle est totalement pertinente, elle est même majeure. Nous, citoyennes et citoyens de ce pays que nous aimons, il est de notre responsabilité d’introduire les éléments de régulation drastique qui s’imposent à la démographie suisse. Et notre outil premier est la démocratie directe : du Parlement, sur ces questions-là comme hélas sur tant d’autres, il n’y a rien à attendre, il est noyauté par la droite libérale, patronale, libre-échangiste.

     

    La grande déception ? Elle vient de la gauche, qui devrait absolument défendre les travailleurs suisses, les chômeurs suisses, la qualité de vie suisse, et qui au contraire s’allie à la droite la plus dérégulatrice, pour des raisons de candeur internationaliste, et de sanctification béate de tous ce qui vient de l’extérieur. Eh bien, je vous dis, moi, que l’initiative du 14 juin mérite d’être étudiée. Plutôt que rejetée d’emblée, sous le seul prétexte qu’elle vient de l’UDC.

     

    Pascal Décaillet

  • Toutes les versions, toutes les voix

     
     
    Sur le vif - Dimanche 19.04.26 - 10.49h
     
     
    La guerre première de Netanyahu, relayée avec un zèle de feu par sa Cinquième Colonne dans nos pays, c’est celle qui veut imposer au monde une version de l’Histoire. Une seule. Interdite à toute contradiction. Cela porte un nom : cela s’appelle un dogme.
     
    Une version, une seule, sur la légitimité historique d’Israël à occuper d’ancestraux territoires, et surtout à les augmenter, au fil des guerres.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à massacrer la population de Gaza. 80.000 personnes, en deux ans.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à mettre à feu et à sang le Sud du Liban, voire un jour à l’annexer.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à bombarder l’Iran, en massacrer du ciel les populations civiles.
     
    Une version, une seule, sur sa légitimité à laisser les « colons », qu’elle se refuse à appeler « soudards », harceler, molester, déposséder les populations palestiniennes de Cisjordanie. Bref, les pousser à l'exil.
     
    A toutes ces versions imposées, nous, esprits libres, devons, de toutes nos forces, opposer la démarche critique, historique, linguistique : laisser venir à nous toutes les versions. Toutes les voix. À commencer par celles de ceux qui souffrent. Parce qu’on les opprime.
     
    C’est aussi simple que cela.
     
    Pascal Décaillet

  • Léon, Donald, la dignité humaine

     
     
    Sur le vif - Samedi 18.04.26 - 14.37h
     
     
    Un Pape qui s'oppose frontalement à l'homme le plus puissant du monde. Encore heureux ! Vous voudriez quoi ? Qu'il lui lèche les bottes ?
     
    Allons, soyons sérieux : l'essence même du christianisme, c'est de se poser face à toute arrogance, toute démesure, émanant d'un personnage de pouvoir. D'où qu'il vienne. Quel qu'il soit.
     
    Il ne s'agit pas de contester l'ordre temporel. Mais ses abus, dans l'arbitraire, l'amas des richesses, le mépris des pauvres et des faibles, le non-respect de la vie humaine.
     
    Quelques minutes après l'annonce de l'élection de Léon XIV, il y a un an, j'ai expliqué, ici même, à quel point me réjouissait le choix du prénom. Et la référence, sans la moindre ambiguïté, au Pape que j'ai étudié au plus près : Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci), au pouvoir de 1878 à 1903, le Pape des ouvriers, l'auteur de l'Encyclique "Rerum Novarum" en 1891.
     
    Il faut lire et relire Rerum Novarum. Il n'y a pas seulement, dans ce texte de lumière, la défense des ouvriers, à une époque où des enfants travaillent encore dans les mines. Il y a aussi la grande idée que le travail est une noble chose, à condition qu'il serve à épanouir l'humain, la famille, la cohésion sociale d'une communauté de vie. Et non à asservir.
     
    A proscrire, donc, toute idée de domination de l'économie par la finance spéculative, toute idée d'enrichissement sur le dos de l'autre, toute idée de concentration de pouvoir financier aux mains de quelques-uns. Le grand philosophe rhénan, né à Trêves en 1818 et mort à Londres en 1883, ne disait, au fond, avec d'autres mots, surgis d'autres sources, pas autre chose. Je vous le dis tout net : il faut lire Léon XIII, ET il faut IMPÉRATIVEMENT lire Karl Marx. Et il faut les comparer, ces deux-là.
     
    Alors oui, Léon XIV s'oppose à Trump. Et alors ? Il ne combat pas le Président américain en tant que tel. Non, il en dénonce l'autoritarisme, l'égo ubuesque, l'action militaire en Iran, l'alliance avec Israël pour écraser les peuples de Palestine et du Liban. C'est précis, ciblé, sans haine. Le Pape fait juste son boulot. Je serais bien le dernier à le lui reprocher.
     
     
    Pascal Décaillet