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L'impérialisme américain, dans tout son cynisme

 
 
Sur le vif - Samedi 03.01.26 - 15.20h
 
 
 
Trump ou pas Trump, l'impérialisme américain demeure. Il est celui de tous les Présidents, de toutes les époques. Il est celui des années soixante au Vietnam. Il est celui de Kissinger au Chili, en septembre 1973. Il se nourrit des vieilles rengaines maccarthystes "anti-communistes". Toujours le même. Toujours les mêmes prétextes. Toujours la même réalité : placer les pions de l'hégémonie des Etats-Unis, en tout cas depuis leur double victoire (Europe et Pacifique) de 1945 sur la planète, à vrai dire dès le début des années 30.
 
En général, ce sont les Démocrates qui engagent les guerres. Mais les Républicains ne sont pas en reste, on l'a vu notamment avec le catastrophique George Bush Junior en Irak, en 2003. Trump a beau tenter de rompre avec cette image belliciste, chercher des solutions politiques sur certains théâtres d'opérations majeurs, il n'en demeure pas moins, statutairement, le Président des Etats-Unis.
 
Et c'est justement là le problème. Même si Trump et son ego poussent les esprits faibles à ne se braquer que sur la théâtralité du locataire de la Maison Blanche, on a tort de personnaliser, en matière de guerre et de paix, aux Etats-Unis. Ce qui domine ce pays, en tout cas depuis le New Deal, lancé dès sa première campagne électorale de 1932 par le très grand Président Roosevelt, pour sortir de la crise de 29 par une relance keynésienne de l'industrie, c'est le complexe militaro-industriel. Le poids hallucinant, aussi, du lobby pétrolier. La volonté par exemple, de dominer économiquement, idéologiquement, l'ensemble du continent américain. Y compris l'Amérique latine. On l'a vu avec l'affaire de Cuba, sous Eisenhower puis Kennedy : déjà le vieux prétexte de "l'anti-communisme". On l'a vu avec le Chili, en 73. On l'a vu avec le Nicaragua, sous Reagan. On le voit aujourd'hui avec Trump, au Venezuela.
 
Oh, je ne prétends pas que M. Maduro soit le meilleur des hommes. Pas plus que Castro, en 62. Pas plus qu'Allende, en 73. Mais j'attends avec intérêt que les défenseurs absolus du "droit international", qui ne cessent de brandir ces deux mots dans l'affaire ukrainienne, fassent preuve de la même intransigeance envers les Etats-Unis d'Amérique, que depuis quatre ans envers la Russie. Deux poids, deux mesures ?
 
J'invite les observateurs de la politique à se braquer un peu moins sur les personnes, et, comme nous y invite Karl Marx, et, 2400 ans avant lui, l'historien athénien Thucydide, à placer les actes d'un pays dans une perspective de fond, celle des intérêts économiques, ceux des dominants, aujourd'hui ceux de la grande industrie, ceux du pétrole, ceux de la finance mondialisée. Avec cette grille d'analyse-là, Trump ou pas Trump, Maduro ou pas Maduro, on mettra avantageusement en perspective, dans toute sa continuité diachronique, la puissance planétaire d'une certaine classe dominante américaine, et le cynisme absolu avec lequel, depuis bientôt un siècle, elle place ses pions dans le monde.
 
Face à ces enjeux-là, la couleur de la cravate de Trump, son dernier coup de bluff, sa dernière irruption théâtrale, n'ont qu'une importance épiphénoménale. La continuité de la puissance américaine dans le monde, depuis Roosevelt, est un objet d'étude trop sérieux pour être laissé à ceux dont les capacités d'analyse se limitent à l'univers des apparences.
 
Pascal Décaillet

Commentaires

  • Avant de se préoccuper du droit international, il convient de rappeler le droit des Etats-Unis. En effet, les actes de guerre doivent être approuvés par le Congrès. Dans le cas présent, Trump a non seulement outrepassé ses prérogatives présidentielles mais donné un très mauvais exemple à d'autres puissances beaucoup belliqueuses que les Etats-Unis: La Chine et la Russie en particulier.

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