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Liberté - Page 26

  • Luther, le père des Allemands

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.10.25

     

    Il faut de longues années de lectures et d’imprégnation pour parvenir à poser les enjeux de ce que fut, entre 1949 et 1989, la DDR. De nombreux ouvrages, y compris (quel bonheur !) depuis quelque temps en français, nous donnent des pistes. L’une d’entre elles, c’est le rapport des Saxons, des Prussiens et des habitants de la Thuringe à cette prodigieuse aventure que fut, avec Martin Luther, la Réforme.

     

    Voyagez en ex-DDR, en Thuringe principalement (Eisenach, Erfurt, Iéna, Weimar), Luther est partout. Mais aussi Jean-Sébastien Bach, la Bible, les Cantiques, les Psaumes, et des centaines d’ouvrages théologiques. Dans les vitrines, sous vos yeux. Dans les Allemagnes, même les catholiques, même les non-chrétiens, même les gens dégagés de toute attache religieuse, reconnaissent le legs immense de Luther.

     

    C’est un legs théologique. Mais c’est aussi un legs linguistique majeur (sa traduction de la Bible en 1522 ouvre l’ère de la littérature allemande moderne), Et c’est un legs national. Luther est, avec Beethoven, l’un des plus grands de tous les Allemands.

     

    Pour comprendre ce que fut la DDR, mais aussi ce que sont la Prusse, la Thuringe et la Saxe depuis 1989, il faut passer par Luther. Puis, par la philosophie prussienne du dix-huitième. On y trouvera d’autres valeurs fondatrices que celle du profit, de l’exploitation de l’autre, et de la prévarication. Cette Autre Allemagne, c’est le cœur vibrant de l’Allemagne elle-même.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La Saxe-Anhalt, vous connaissez ?

     

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 22.10.25

     

    Publié le 15 octobre, le baromètre électoral des intentions de vote dans le Land de Saxe-Anhalt, capitale Magdeburg, au centre de l’ex-DDR, est un séisme. Les élections régionales – les plus importantes en Allemagne, Etat décentralisé comme la Suisse, avec fort pouvoir des Länder – n’auront certes lieu que le 6 septembre 2026. Et, certes encore, il ne s’agit que d’une photographie des intentions de vote aujourd’hui. Mais séisme, quand même. L’AfD, qui avait déjà cartonné aux dernières élections et fait un tabac dans toute l’ex-DDR, culmine à 40% d’intentions de vote. La CDU, 26%. Die Linke, le parti très vivant de la gauche radicale, est troisième à 11%. Le SPD, le parti historique de Willy Brandt, 6%, à égalité avec l’incroyable Alliance Sahra Wagenknecht « Für Vernunft und Gerechtigkeit », Pour la Raison et la Justice, les libéraux (équivalent du PLR) tutoient le plancher avec 3%, à égalité avec les Verts (3%). En clair, l’AfD est plus de treize fois plus forte que les Verts.

     

    La Saxe-Anhalt : je connais très bien cette région, qui s’est forgée au cours des siècles autour du bassin de l’Elbe. Ce qu’on a appelé, pendant quarante ans (1949-1989), la « DDR », l’Allemagne de l’Est, était en fait la réunion de trois grandes identités historiques : la Prusse, la Saxe, la Thuringe. Allez absolument visiter la Saxe, comme d’ailleurs toute l’ex-DDR : vous y trouverez une Allemagne très différente de l’image d’opulence donnée par l’Ouest dans les années de reconstruction et de miracle économique. L’ex-DDR, la Saxe notamment, est une région pleine de vie et d’ambitions collectives, de haute tenue culturelle, riche de toute l’Histoire industrielle, théologique, spirituelle, artistique des Allemagnes. Mais elle est aussi, hélas, la grande victime de la Réunification, ou plutôt (les mots doivent avoir un sens) de l’absorption gloutonne, vulgaire, méprisante, de l’Allemagne de l’Est par le capitaliste rhénan Helmut Kohl, atlantiste devant l’Eternel.

     

    Ce phagocytage, sous les applaudissements béats de toute la crétinerie néo-libérale née de la chute du Mur, ces perroquets des Anglo-Saxons, nombreux en Suisse d’ailleurs, qui ne cessaient de nous annoncer « la victoire définitive du capitalisme ». Ah, les sottes gens ! Cette génération de décérébrés qui n’avaient à l’esprit (ou ce qui en tient lieu) que le Nasdaq, le mythe californien, la destruction de l’Etat, des nations et des ambitions collectives citoyennes.

     

    La Saxe-Anhalt est l’une des régions ayant le plus souffert de la brutalité de la « Réunification ». Tout le système social, associatif, culturel, de la DDR, a été jeté aux orties. Seule devait régner l’arrogance du marché. A cela s’ajoute, je le dénonce depuis l’automne 2015, la folie du « Wir schaffen das » d’Angela Merkel, dont le tissu social de la Saxe-Anhalt a été l’une des plus grandes victimes. Aujourd’hui, cette région est paupérisée, elle se sent seule, peu écoutée par le pouvoir fédéral. Elle a besoin d’une nouvelle donne, à la fois nationale, protectionniste et sociale. Alors, oui, elle plébiscite d’AfD. Vous pouvez hurler tant que vous voudrez. Mais ces 40% sont là, c’est un fait. On ne le contournera pas.

     

    Pascal Décaillet

  • Lionel Dugerdil, leader incontournable de la droite genevoise

     
     
    Sur le vif - Dimanche 19.10.25 - 16.09h
     
     
     
    Cette complémentaire, je l'ai toujours dit, opposait deux hommes de valeur. A Nicolas Walder, j'adresse toutes mes félicitations. Il a les compétences, la formation politique, l'expérience d'un exécutif, le passage par Berne, la vision générale des enjeux nationaux, pour exercer les fonctions de Conseiller d'Etat.
     
    Mais j'aimerais dire un mot de Lionel Dugerdil. Sa campagne, d'un bout à l'autre, a été magnifique. Populaire, joyeuse, pleine de bonne humeur, d'envie de vivre. La campagne d'un homme de droite, et la droiture d'un homme de la campagne.
     
    Il n'a pas été élu. Mais son résultat amène son parti à des niveaux jamais atteints. Au sein des droites genevoises, il est devenu non seulement l'homme fort, mais le rassembleur, par tempérament, par sa capacité à fédérer. Les acariâtres et les atrabilaires qui, à l'interne de son parti, avaient cru bon d'ourdir contre lui, peuvent aujourd'hui se rhabiller : l'UDC genevoise a un chef, digne de Céline Amaudruz qui avait déjà fait un boulot formidable. Pour ce parti, longtemps miné par des querelles d'ego, d'un singleton à l'autre, Dugerdil incarne le rassemblement, la capacité à nouer des alliances, le rapprochement continuel vers la victoire. Son avenir politique est devant lui.
     
    Hommage, aussi, au PLR. Ce parti a, quant à lui (.....), joué le jeu de l'alliance. Il s'est montré loyal, fidèle aux engagements. Il a tenu parole et soutenu Dugerdil au deuxième tour. Cette rectitude, symbolisée par l'impeccable loyauté d'un Cyril Aellen, crée des liens, pour l'avenir. Elle consolide la confiance. La droite genevoise, c'est désormais le PLR, et l'UDC. Ensemble. Il faut passer des alliances avec des partenaires fiables. Les autres, on peut les laisser vivre leur vie, dans le Marais.
     
    Au sein des droites genevoises, Lionel Dugerdil est désormais le leader. La grande gagnante, à droite, ce dimanche 19 octobre, c'est la tendance nationale, patriote, souverainiste, protectionniste, populaire, et surtout joyeuse.
     
    Car la politique n'a aucune raison d'être triste. Elle est humaine, incarnée, pleine de rires et de fracas, pleine d'amitiés, de sourires complices. Le style Dugerdil, pétaradant et festif comme une noce de campagne de Bruegel l'Ancien, c'est une touche d'ivresse de vivre, au milieu d'une invitation à la pénitence, dans l'austérité grise du Temple.
     
     
    Pascal Décaillet