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Liberté - Page 1035

  • Il fait si chaud sous les jupes du convenable

     

    Sur le vif - Mardi 28.01.14 - 09.47h

     

    « Inquiets, nos lecteurs ne suivent toutefois pas l’UDC » : ce titre à la grande opération de propagande qu’on camoufle derrière le mot « sondage », il est tellement « Tribune de Genève » que nous aurions pu parier depuis des semaines sur son libellé. Tellement prévisibles, les agneaux !

     

    Tout l’esprit, toute l’idéologie de ce journal sont là : combattre par tous les moyens le premier parti du pays et tout ce qui émane de lui, soutenir avec vassalité le PLR et le PDC, comme par hasard la majorité du pouvoir exécutif à Genève, ceux qui tiennent sans partage les organisations patronales, les cordons de la bourse, les annonces dans les journaux. Une fois de plus, se ranger derrière l’officialité au pouvoir, sous les jupes du convenable et du raisonnable, se boucher le nez dès que surgit un signal tellurique de changement, jailli du peuple.

     

    Oui, tout est dans ce titre. Tout un condensé de cette rhétorique des opposants, que nous démontons ici depuis des semaines : il y a lieu d’être inquiet, nous répètent-ils, les problèmes pointés sont les bons, mais surtout ne votons pas l’initiative. Je suis malade, j’ai sous la main le bon médicament, alors bien sûr je le balance à la poubelle. Logique, non ?

     

    S’ensuit une double page démonstrative, aussi propagandiste que les méthodes de la SSR lorsqu’elle publie les « sondages » de Claude Longchamp, lesquels se plantent régulièrement lors de ce genre d’initiative.

     

    Que voteront les Suisses le 9 février ? À la vérité, nous n’en savons strictement rien. C’est dans l’ultime ligne droite, donc juste maintenant, que tout se joue. Face aux divisions de Panzers du grand patronat, avec leurs millions engloutis dans la campagne, les pages complètes d’annonces dans les journaux, les services de propagande du Conseil fédéral dont l’administration a camouflé le vrai problème de la pression migratoire en Suisse, nos concitoyens sont des hommes et des femmes libres.

     

    Ils voteront ce qu’ils voudront. Telle est la puissance de notre système suisse, où l’intime conviction du citoyen, ou de la citoyenne, ne s’en laisse conter par personne. Telle est la beauté de notre démocratie : les propagandes font fureur, c’est le jeu, mais le souverain vote en conscience. Pour notre part, quelle que soit l’issue du verdict, nous l’accepterons. Dans tous les cas, le problème d’un excès des flux migratoires sur la Suisse demeurera : il faudra bien, un jour ou l’autre, lui trouver des solutions.

     

    En attendant, laissons dormir les sondages : ils sont à la démocratie ce que néant est à la vie : juste un désir de non-être et de dilution du réel, comme un cauchemar d’hiver. Il fait si chaud, à la rude saison, sous les jupes du convenable.

     

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Philipp Müller, connaissez ?

     

    Chronique publiée dans "Tribune" (Le Journal du PLR vaudois) - No 1 - Mercredi 22.01.14

     

    Chers lecteurs du PLR vaudois, j’imagine que vous connaissez tous Philipp Müller. Votre président national de parti, Argovien, conseiller national, entrepreneur à succès, un homme simple avec un franc-parler qui n’a peur de rien, un homme qui dit les choses : « Nous ne sommes pas des représentants de l’élite ou de la haute finance, nous sommes un parti populaire », aime-t-il à répéter. Un « radical cassoulet », dirions-nous par ici, pas franchement rupin, un langage direct, et une volonté affichée : redevenir, en octobre 2015, le deuxième parti dans la Berne fédérale, donc dépasser le PS. Eh bien je vous le dis, amis PLR, c’est l’homme qu’il vous faut : son message passe bien, il est lisible, sans contorsions. Je n’étais pas insensible à la finesse intellectuelle d’un Fulvio Pelli, mais enfin dans la vie, il y a des moments où il faut simplifier les équations, si on aspire à les résoudre. Et puis, tout récepteur d’un message politique n’est pas nécessairement titulaire d’un double doctorat en métaphysique et en droit canon.

     

    Or, votre Philipp Müller, qu’a-t-il récemment déclaré ? Il a osé dire, à quatre semaines d’une votation capitale, que l’immigration en Suisse était trop importante : « Chaque année, 40'000 personnes de pays tiers arrivent en Suisse, dont 72% ne viennent pas en tant que travailleurs. C’est là que repose le problème ». Il votera certes non le 9 février, ne croyant pas au système des contingents, mais préconise davantage de sévérité en matière d’asile et dans la lutte contre les abus liés à la libre circulation. Bref, voilà un homme qui ne nie pas les problèmes. Il les constate, les pose, diffère de l’UDC (pour des raisons tactiques ?) sur les solutions, mais reconnaît implicitement que les initiants ont su toucher une corde sensible. Il a dit ces mots juste avant l’Assemblée des délégués PLR de Schwanden (GL), qui a rejeté quasiment à l’unanimité l’initiative « contre l’immigration de masse ». Ce rapport de forces, il pouvait le prévoir. Il n’a pourtant pas craint d’afficher une position pouvant être perçue comme minoritaire, donc affaiblissante : cela s’appelle du courage.

     

    Courage, mais aussi lucidité. Philipp Müller, en matière d’immigration, a ses idées, qui ne relèvent pas de l’angélisme : c’était lui, le père de l’initiative qui voulait faire plafonner à 18% la proportion d’étrangers en Suisse. Nous en sommes aujourd’hui à environ un quart : quelque deux millions sur les huit que compte notre pays. L’Argovien avait-il totalement tort ? En reconnaissant que l’immigration pose un problème, il ne s’affiche nullement comme xénophobe, ne disqualifiant nullement les personnes étrangères, il met simplement le doigt sur un problème. C’est bien le rôle du politique que de savoir flairer, identifier, diagnostiquer. Surtout, Philipp Müller prépare l’après-9-février. Quelle que soit la décision, les problèmes liés à une immigration surabondante demeureront. Avec ou sans les moyens préconisés par l’initiative (ces fameux contingents dont Müller ne veut pas), il faudra agir. Si ce n’est par un plafonnement, cela pourrait bien être par une sélection plus sévère qu’aujourd’hui des migrants, en fonction de leur apport réel sur le marché du travail. Cela vous paraît-il insensé ?

     

    En résumé, un président stratège et inventif. Un qui n’a pas peur. Un qui parle vrai. J’ignore si le PLR sera deuxième en octobre 2015. Mais dix hommes comme celui-là, et la chose sera possible.

     

    Pascal Décaillet

  • Oui avec le coeur, non avec la tête

     

    Sur le vif - Lundi 27.01.14 - 10.16h

     

    Oui, la Suisse a largement sous-estimé la vague migratoire de ces dernières années, oui il y a problème, mais surtout n’en profitez pas, bande de garnements, pour voter oui le 9 février : voilà ce qu’à sa manière – un rien plus ampoulée – nous dit ce matin le Temps, le journal dont la survie est défendue par toute l’officialité libérale suisse ainsi que les traditionnelles cigales hallucinées des cocktails. Le journal des patrons. Le journal « de l’économie ». Le journal des gens convenables.

     

    Cette rhétorique des opposants, je la décortique ici depuis des semaines : donner (presque) entièrement raison aux initiants sur le diagnostic, mais surtout ne pas leur en donner acte le 9 février. Puisqu’ils sont le diable. Cet argumentaire de sophistes, la quintessence nous en est offerte par mon confère Sylvain Besson, dans l’éditorial du Temps, ce matin : « L’immigration européenne se poursuivra. Dans un pays aussi exigu que la Suisse, les limites de cette croissance se feront sentir tôt ou tard. Le problème n’est pas de la stopper, mais de l’encadrer pour que ceux qui habitent la Suisse aujourd’hui continuent de s’y sentir bien. »

     

    « Le problème n’est pas de la stopper, mais de l’encadrer ». Mais, Cher Confère, c’est EXACTEMENT, LITTÉRALEMENT ce que propose l’initiative. Lisons-en le texte : il n’est pas écrit une seule seconde qu’il s’agisse de fermeture des frontières, mais de régulation des flux migratoires. RE-GU-LA-TION. Tout pays en a le droit. Nos voisins, d’ailleurs, ne s’en privent pas. Les opposants sont comme le Cancre de Prévert : ils disent non avec la tête, mais ils disent oui avec le cœur.

     

    Alors, puisqu’il s’agit « d’encadrer » les flux migratoires (80'000 personnes par an) « pour que ceux qui habitent la Suisse d’aujourd’hui continuent de s’y sentir bien », il existe le 9 février une solution plus droite, plus claire, plus simple et infiniment moins contorsionnée que les postures rhétoriques des opposants : voter oui.

     

     

    Pascal Décaillet