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Sur le vif - Page 86

  • Le verre, les étincelles, la puissance de la mémoire

     
    Sur le vif - Mardi 14.05.24 - 14.37h
     
     
    De la Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas, au Cap Nord, en passant par la Grèce, les Balkans, l'Andalousie, les Allemagnes sous toutes leurs coutures, j'ai tant de souvenirs d'enfance. Alors que je me sens vieillir, ils peuplent mon imaginaire, plus que jamais.
     
    Ce matin, en entendant à la radio l'annonce terrible de la fermeture du site Vetropack, qui a jeté sur moi le voile d'une colère noire, un événement, l'un des plus anciens de ma vie, a immédiatement surgi dans ma mémoire : la visite, en famille, début ou milieu des années 60, de la "Verrerie de Saint-Prex".
     
    Mon père était ingénieur, très actif dans une association professionnelle (il l'avait présidée l'année de ma naissance) qui organisait continuellement des visites d'usines, un peu partout en Suisse romande. Alors, le week-end, seul avec lui ou en famille, nous nous rendions sur des sites industriels, comme d'autres vont à la plage. Et ces usines en activité me rendaient aussi heureux que les richesses culturelles les plus éclatantes. Jusqu'à l'âge de 12 ou 13 ans, je voulais devenir "ingénieur en mécanique dans une usine en Allemagne". C'était mon rêve.
     
    La "Verrerie de Saint-Prex". Avant de pénétrer ce temple de l'industrie de transformation, je n'avais aucune idée de la manière dont on fabriquait le verre. Je me souviens de feux et d'étincelles, d'une pluie d'étoiles, et à la toute fin, les bouteilles. Ce souvenir m'a marqué à vie, j'admirais ces travailleurs du sable, comme ceux qui percent les tunnels, dans la montagne.
     
    Dans GHI à paraître demain, je consacre une colonne commentaire à l'absolue nécessité, selon moi, de sauver l'industrie en Suisse. Papier rédigé vendredi dernier, j'ignorais encore le sort de Vetropack.
     
    Aujourd'hui, je veux dire ma colère. Il y a encore une place, en Suisse, pour l'industrie du verre. Nos amis vaudois perdent là un fleuron, irremplaçable. Nous devons tout faire pour sauver en Suisse le secteur secondaire. La grandeur de celui qui travaille le minerai ou le métal devrait être enseignée dans les écoles. Le fruit du travail doit être justement réparti à ceux qui produisent l'effort le plus pénible. Si nous oublions ces données essentielles, nous perdrons tout : notre savoir-faire, mais aussi notre âme.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Jean-Philippe Rameau, Philippe Corboz : mémoire et reconnaissance

     
     
     
    Sur le vif - Dimanche 05.05.24 - 10.08h
     
     
    Mon premier souvenir de Jean-Philippe Rameau remonte à l'année scolaire 1968-1969. J'avais dix ans, j'étais en dernière année d'école primaire, une période d'intense bonheur. Nous avions, une fois par semaine (indépendamment des instruments que certains d'entre nous avaient choisi de jouer), une ou deux heures d'initiation à la musique.
     
    Nous n'en n'étions pas encore conscients, mais notre professeur était, en ce domaine, un guide exceptionnel. Il s'appelait Philippe Corboz, allait devenir un chef de choeur et d'orchestre extraordinaire. Il était très jeune, nous donnait ce cours, et, parallèlement, dirigeait une "maîtrise" (chorale) à laquelle j'appartenais.
     
    En cette année 68-69, Philippe Corboz nous initiait à la connaissance des instruments, l'Histoire de la musique. C'était absolument fantastique pour un enfant de dix ans. Il nous passait des extraits sonores, mais surtout, il était au piano, un mi-queue, d'où il donnait son cours, nous jouant tous les morceaux dont il nous parlait. Je me souviens, comme si c'était hier, du Carnaval des Animaux, de Saint-Saëns. Et parmi ces morceaux, il nous a joué du Jean-Philippe Rameau, je crois bien que c'était Les Sauvages, dans les Indes Galantes. Dire que j'en ai été physiquement saisi est une faible chose.
     
    Toute ma vie, j'ai écouté la musique de Jean-Philippe Rameau. Je tiens ce compositeur d'exception pour l'un des plus grands musiciens français, et l'un des plus grands musiciens, tout court. Contemporain de Bach et Haendel, il a enchanté le siècle de Louis XV des créations les plus audacieuses. Une musique pour être entendue, mais aussi pour être vue, tant le corps de ballet y occupe une place majeure. Sous Louis XV, on y plaçait les chorégraphies de l'époque. Aujourd'hui, les plus extraordinaires danseurs de rue viennent coller leur époustouflante modernité corporelle sur l'une des plus belles musiques du monde. Le travail des corps a évolué. La musique de Rameau demeure, elle passe les siècles, intangible.
     
    J'ai lu les biographies de Rameau. C'était un homme incroyable. Travailleur acharné, sale caractère, indépendant, théoricien génial de la musique : non seulement il créait, mais réfléchissait, toute la vie, à l'essence même de la musique, la vie des sons, l'harmonie, l'évolution des instruments. Jean-Philippe Rameau est un esprit total, une conscience autant qu'une capacité créatrice. Un insatisfait permanent.
     
    Nous sommes, Dieu merci, dans une époque qui redécouvre Rameau, lui restitue la vie à travers des chorégraphies d'une saisissante modernité. Le replace là où il doit être : au premier rang de la musique française, avec Berlioz et Debussy. Au premier rang du dix-huitième siècle baroque, avec Bach et Haendel. Franchement, lorsque le Roi s'appelait Louis XV, et le grand musicien Jean-Philippe Rameau, la France pré-révolutionnaire portait la civilisation à un niveau d'éclat rarement atteint, même au Grand Siècle de Louis XIV.
     
    Ma dernière pensée ? Elle retourne à Philippe Corboz, aujourd'hui disparu. Gamins, nous l'aimions bien, mais n'avions pas conscience d'avoir pour premier maître de musique un tel talent. Venu de la Gruyère, si chantante, où il nous emmenait en course d'école (Moléson), il a jeté des graines qui, chez certains d'entre nous, ont donné des fruits pour toute une vie : une passion totale, intransigeante, pour la musique. A lui, mon souvenir. A lui, ma reconnaissance.
     
     
    Pascal Décaillet

  • 13ème rente : et voilà une nouvelle trahison des clercs !

     
     
    Sur le vif - Vendredi 03.05.24 - 18.12h
     
     
    Le 3 mars dernier, le peuple et les cantons ont plébiscité la 13ème rente AVS. C'est un vote historique, un geste de solidarité magnifique en faveur de nos retraités, l'une des étapes qui resteront dans l'Histoire sociale suisse de l'après-guerre. Surtout, c'est une victoire de la démocratie directe, un déblocage tant attendu, sur l'inertie parlementaire, où tout est paralysé, en matière d'assurances sociales.
     
    Une décision du peuple et des cantons, le 3 mars 2024 sur la 13ème rente comme le 9 février 2014 sur l'immigration de masse, c'est un ordre donné par le souverain à la Berne fédérale. Les lois d'application doivent tomber sans tarder. Elles doivent être parfaitement conformes au texte de l'initiative.
     
    Et voilà qu'à Berne, une triste majorité bourgeoise de la Commission des Affaires sociales, revêche et revancharde, refuse le modèle de financement proposé par le Conseil fédéral. Et le reporte...... à la prochaine révision complète de l'AVS ! C'est un absolu scandale. On repart dans la même trahison du peuple que lors de l'application - qu'on attend encore - du 9 février 2014.
     
    Dès lors, l'affaire de la 13ème rente n'est plus seulement un sujet social. Par palimpseste, il en dévoile un autre : l'augmentation, ô combien justifiée, de la méfiance du peuple suisse envers ses corps intermédiaires, Parlements en tête.
     
    Cette nouvelle trahison des clercs ne passera pas. Le message du peuple, le 3 mars, était clair. Il faut la 13ème rente, et il la faut DANS LES PLUS BREFS DÉLAIS. Le peuple suisse ne se laissera pas duper, une fois de plus, par une caste parlementaire qui méprise la démocratie directe.
     
    Je peux vous dire une chose : tout ce petit monde de Berne, avec ses "commissions" et ses "rapports", a diablement intérêt à se sortir les pouces pour trouver sans tarder un modèle de financement. Sinon, le peuple doit lui rappeler, avec la dernière énergie, qui est l’ultime souverain, dans ce pays.
     
     
    Pascal Décaillet