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Sur le vif - Page 26

  • Industrie allemande : un long suicide, depuis 35 ans

     
     
    Sur le vif - Dimanche 27.10.24 - 10.30h
     
     
     
    L'industrie allemande a nourri, sur place, mes rêves d'enfant. De mes visite d'usines, notamment dans la métallurgie, en ces années aujourd'hui si lointaines, sont nés les torrents de désir qui furent mythes fondateurs d'une partie de ma vie. Jusqu'à l'âge de 14 ans, je voulais devenir ingénieur en mécanique, et travailler dans une usine en Allemagne. Ce ne fut, au final, pas exactement mon trajet, mais la puissance des rêves demeure. Dans l'archaïsme des mes désirs.
     
    Aujourd'hui, en automne 2024, l'industrie allemande se porte mal. Oh, elle n'est pas à terre, loin de là, l'Allemagne demeure la quatrième puissance économique du monde, et la première d'Europe. Mais les carnets de commandes, notamment dans la métallurgie, dans les moteurs, dans l'automobile, dans la machine-outil, sont à la baisse. Les matières premières importées de l'étranger peinent à arriver en Allemagne. Aujourd'hui, octobre 2024, le mot "essoufflement" n'est plus assez fort. Il faut parler de récession.
     
    J'inscris le présent texte, ainsi que de nombreux qui vont suivre, d'ici au 9 novembre, dans mes réflexions, de plus en plus obsédantes, sur le 35ème anniversaire de la chute du Mur. Alors, pour aujourd'hui, ne prenons que cet exemple, celui de l'industrie, celle qui fut si puissante, si enviée, en Europe. Enviée par les Français. Enviée, beaucoup plus encore, par les Britanniques, que la Révolution industrielle allemande, dès le milieu du 19ème siècle, inquiétait de plus en plus, jusqu'à la fin des années trente. Et cela, tous régimes confondus.
     
    Ce qui terrorisait les Britanniques, Churchill (deux fois Premier Lord de l'Amirauté, les deux fois ce fut catastrophique) au premier rang d'entre eux, c'était la création, dès les années 1880, d'une puissance navale allemande, civile comme militaire, capable un jour de rivaliser avec eux sur la Baltique et en mer du Nord. La Seconde Guerre mondiale a donné aux Anglais l'occasion de régler quelques vieux comptes économiques avec la puissance industrielle allemande. Peut-être le bombardement britannique de Hambourg, juillet 1943, vous dit-il quelque chose.
     
    Revenons à ces 35 dernières années. Le déclin de l'industrie allemande provient des choix stratégiques des Allemands eux-mêmes, dès la chute du Mur. Les Allemands ont poussé à l'expansion de l'Union européenne vers l'Est, pour y implanter des site de production industrielle, et les contrôler. Soyons clairs : en Pologne, en Hongrie, d'innombrables usines sont dirigées par des Polonais, des Hongrois, mais le capital est, en majorité, en mains allemandes. Les dizaines de milliers de camions polonais que vous voyez sur les autoroutes allemandes, notamment en ex-DDR, sont des camions allemands. A plaques polonaises.
     
    Et l'Allemagne, depuis 35 ans, s'est habituée au petit jeu de cet impérialisme économique : entre Allemands, on se salit moins les mains, on laisse ce job aux gens de l'Est (tout heureux d'avoir du boulot), et progressivement on tourne l'économie allemande vers les services, la finance. Et, tout en maintenant sur sol allemand des sites aussi prestigieux que les usines principales de Volkswagen, ou Mercedes, on la grande chimie rhénane, on laisse délocaliser une quantité de PME moins connues, mais tellement performantes dans leur génie de niche, hyper-spécialisé.
     
    Ainsi, depuis 35 ans, au fil des années, l'Allemagne perd non seulement de sa capacité industrielle, mais, infiniment pire : elle perd, dès les rêves d'enfance ou d'adolescence des jeunes Allemands, la capacité à s'imaginer un épanouissement dans l'industrie. Oui, l'Allemagne, le pays du Romantisme, le pays de l'imagination industrielle, le pays qui gardait chez lui les forces de production, s'est laissé allé à l’hubris, la démesure, d'un Mittelland européen poliment germanisé, dont elle ne serait plus que l'état-major.
     
    C'est une dérive fatale. Un Allemand, pourtant, au milieu du 19ème siècle, un Rhénan de Trêves, observateur génial de la Révolution industrielle et de ses conséquences sociales, avait averti : "Le pouvoir appartient à celui qui contrôle les forces de production". Celui qui les contrôle, au plus près de la machine ! Pas celui qui, de loin, se ramollit en satrape de la délégation.
     
    Ce Rhénan translucide, les Allemands, depuis la chute du Mur, au lieu de le lire, l'ont, par arrogance, jeté à la poubelle. Il s'appelait Karl Marx.
     
     
    Pascal Décaillet
     

  • Sauver l'aciérie de Gerlafingen, à tout prix !

     
    Sur le vif - Lundi 21.10.24 - 18.06h
     
     
    En aucun cas, la Suisse ne doit lâcher la production d'acier à Gerlafingen, dans le Canton de Soleure ! Vous m'entendez ? EN AUCUN CAS !
     
    En aucun cas, notre pays, déjà devenu un désert industriel ces dernières décennies, ne doit commettre les erreurs qui avaient été celles de l'Allemagne, dans la Ruhr, à la fin du vingtième siècle. Je viens de me rendre à deux reprises, l'été (2023, puis 2024), dans la Ruhr, j'ai visité de nombreux sites de production : cette région fascinante est aujourd'hui davantage un musée, avec certes le charme des friches industrielles, mais elle a perdu son exceptionnelle capacité de performance. Et cette perte est le fruit d'une VOLONTÉ POLITIQUE, en Allemagne.
     
    Mais l'Allemagne, malgré ces erreurs historiques, demeure la première puissance industrielle d'Europe ! La pauvre petite Suisse, quant à elle, déjà peu lotie, dans son Histoire, en capacités de productions propres (à part l'hydraulique), doit non seulement maintenir sa production d'acier, mais elle doit surtout réinventer, en profondeur, une POLITIQUE INDUSTRIELLE qui semble hélas, aujourd'hui, le cadet des soucis du Conseil fédéral. J'ai déjà dénoncé maintes fois, ici, ce scandale. Mais Gerlafingen, c'est la goutte d'eau, le vase déborde !
     
    Ca suffit, maintenant, le cirque des snobinards lausannois qui, tout exaltés par la proximité d'une grande école, se gargarisent du mot "innovation", mais ne font RIEN DE CONCRET pour sauver les fondamentaux d'un secteur secondaire déjà bien précaire, en Suisse. On a laissé tomber la production de verre à Saint-Prex, et maintenant on semble se désintéresser du seul joyau encore vivant de l'aciérie en Suisse.
     
    Il nous faut réinventer le radicalisme industriel des décennies ayant suivi 1848. Réintéresser les jeunes aux métiers de la métallurgie. Encourager les ingénieurs qui se lancent dans cette voie. Il faut une volonté politique, une vision industrielle pour la Suisse du 21ème siècle. C'est une part inaliénable de notre souveraineté.
     
    Pascal Décaillet

  • La musique, la poésie, l'Histoire

     
    Sur le vif - Dimanche 20.10.24 - 16.03h
     
     
    La musique, la poésie, l'Histoire. Depuis l'enfance, ce sont là, dans l'ordre, mes trois passions les plus dévorantes. Je n'en ai pas dévié, d'un seul millimètre.
     
    A cela s'ajoute évidemment la politique, je crois l'avoir prouvé, depuis quatre décennies, dans mes choix professionnels. Et ma lutte, à l'intérieur de mon métier, pour que vive le débat citoyen. Il a fallu se battre, croyez-moi, contre la mode "sujets de société", et contre le mirage libéral, qui méprise l'ordre politique. Et voudrait le reléguer.
     
    A cela s'ajoute le cinéma. Italien et américain, mais pas seulement !
     
    A cela s'ajoute l'Histoire industrielle, allemande notamment, l'industrie en général, le génie industriel, les friches industrielles. L'industrie, comme mémoire, comme nostalgie des rêves de réinvention du monde (DDR), avant qu'ils ne devinssent eux-mêmes des bribes du passé. J'aime le monde des ingénieurs. J'ai, à cela, des raisons personnelles. Puissantes.
     
    A cela s'ajoutent l'Allemagne, la Grèce, le Proche-Orient, le monde arabe. Les langues. Les grammaires. Les forme verbales complexes. La musique des syllabes. La langue grecque. La langue allemande. Les correspondances, troublantes, métriques et musicales, de l'une à l'autre. J'ai travaillé sur cela, il y a si longtemps, avec un grand Monsieur, aujourd'hui disparu, Bernhard Böschenstein.
     
    Je me suis ouvert à toutes ces passions dès mes premières années, avec un coup d'accélérateur en début d'adolescence : découverte de Wagner, de Richard Strauss, en Allemagne. Je n'ai pas dévié d'un millimètre.
     
    Dévier n'est ni dans mon style, ni dans mon tempérament.
     
     
    Pascal Décaillet