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Commentaires GHI - Page 217

  • La fin du monde est reportée à une date ultérieure !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.05.17

     

    Hergé. Les premières pages de l’Etoile mystérieuse. Une chaleur suffocante. L’approche d’une météorite, connue des seuls initiés. Pour le public, une boule de feu, qui n’en peut plus de croître, dans le ciel. La promesse imminente de la fin du monde, d’ailleurs annoncée par le gong d’un prophète fou, Philippulus, qui ressemble au directeur de l’Observatoire, le Professeur Calys, amateur de caramels mous. Ce climat d’Apocalypse, où Hergé est au sommet de son art, amène Tintin à une scène surréaliste : le fragment de météore a bien touché la planète, il a provoqué un tremblement de terre, les gens sont dans la rue, ahuris, hagards. Sauf Tintin ! Lui qui s’attendait au Jugement dernier, hurle sa joie dans la rue : « Hourra, ça n’est qu’un tremblement de terre ! ». Il passe pour fou, c’est sûr.

     

    Cette scène, l’une des plus géniales d’une œuvre qui n’en est pas avare, rappelle ce qui vient de se passer en France, dimanche 7 mai, à la présidentielle. Le Front national tutoie les onze millions de voix, mais les gens sont heureux : « Hourra, ça n’est qu’un séisme ! ». Comme le note très justement Tintin lui-même, dans cette réplique inoubliable (je cite de mémoire) : « Hourra, la fin du monde est reportée à une date ultérieure ! ». Bref, « Après nous le Déluge », phrase prêtée fort injustement à Louis XV, dont j’ai toujours soutenu qu’il était un grand roi, mais ça n’est pas ici la question. En clair, la vie est belle, c’est le printemps, le joli mois de mai, faisons ce qui nous plaît, prenons nos Congés pays, chantons, dansons. Et puis, pour l’Apocalypse, on verra plus tard !

     

    Car enfin, il y a ces onze millions de voix. Certes, Mme Le Pen n’a pas gagné la présidentielle, et son suicide au débat face à M. Macron y est sans doute pour beaucoup. Mais son parti pulvérise tous ses records ! Alors bien sûr, pour cinq ans, M. Macron est légitime : il a gagné, très largement, et nul ne saurait lui contester sa victoire. Mais le signal donné par les onze millions, qui va l’entendre ? Regardez cette carte électorale, cette France nantie contre la France de la colère, cette France de l’Ouest contre celle du Nord, de l’Est et du pourtour méditerranéen. Ces innombrables Départements où le FN dépasse les 40%. Ajoutez la rage face aux inégalités sociales, la désespérance des agriculteurs, celle des chômeurs, l’exaspération suite aux délocalisations d’entreprises, et vous commencerez vite à les trouver, ces raisins de la colère française. Avec, si M. Macron échoue, une sacrée promesse de vendange pour le FN en 2022.

     

    Alors ? Alors, on peut danser dans les rues, bien sûr. Se réjouir d’être encore vivant : « Hourra, la fin du monde est reportée ! ». On peut chanter, se trémousser, et refuser de voir l’essentiel : cette élection n’est qu’un répit. Un ultime sursaut pour l’Ancien Monde. La dernière chance. En cas d’échec, la Révolution conservatrice s’annoncera à la porte. A moins qu’elle ne choisisse d’entrer sans frapper.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Et si Nathalie nous servait de guide ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.05.17

     

    J’ai longtemps sous-estimé Nathalie Fontanet. Autant les qualités humaines de la politicienne libérale m’apparaissaient incontestables, autant je la jugeais précise et compétente sur les dossiers, autant elle me donnait l’impression de trop rouler pour ses mentors, le député Jornot par exemple à l’époque, puis Pierre Maudet, pas assez pour elle-même. Je me disais toujours que, pour arriver au sommet, elle aurait à s’affranchir d’une obligation de figure tutélaire qui, tout en la protégeant, l’empêchait de s’épanouir. Je pensais cela, elle le savait, nous en discutions, très amicalement, c’était un point de désaccord entre nous. Lequel, au demeurant, ne posait aucun problème : Nathalie Fontanet est une personne avec qui on peut discuter. Et puis, j’ai réfléchi. Je crois aujourd’hui qu’elle a mûri en politique, ne s’en laisse plus guère conter par les princes charmants ou les premiers de classe, commence à envisager le destin comme pouvant être sien. Et si un jour, elle nous servait de guide, Nathalie ?

     

    Je vais vous le dire : il y a un jour, un moment très précis, où mon opinion sur Nathalie Fontanet a basculé. C’est le psychodrame du verre d’eau, jeté par Eric Stauffer en direction de Pierre Weiss. Pendant quelques minutes, dans notre brave Grand Conseil, un climat de sédition, de République bananière, d’Amérique latine version le Général Alcazar. Les corps s’échauffent. Les esprits s’enflamment. René Desbaillets tient le bouillant député MCG par la nuque. Rome n’est plus dans Rome. L’Apocalypse, sans passer par l’huissier, fait son entrée. Et, au milieu de tout cela, notre Nathalie Fontanet, parfaitement calme, se plante dans la croisée des diagonales du tableau, là où les coups pouvaient pleuvoir, apaise les gens, tisse des liens. Ce jour-là, cette députée a fait preuve de courage physique, de lucidité. Je ne l’oublierai pas.

     

    Je dis maintenant qu’elle pourrait nous servir de guide. Cela, pour une raison précise : Nathalie Fontanet possède les qualités pour faire de la politique à Genève. D’abord, la compétence, ce qui est la base. Mais aussi, elle sait travailler en équipe. Dans une Chambre aux majorités introuvables, elle a appris – mieux que d’autres – à trouver parfois les clefs pour avoir la solution. Elle a le sens du réseau, seul moyen de survivre dans la Genève politique. Elle a la patience (mais comment diable fait-elle ?) d’écouter les gens. Bref, ce qui pourrait apparaître, en première lecture, comme des qualités relevant de la pédagogie la plus gnangnan du vivre ensemble de l’Ecole genevoise, elle en fait des atouts de lucidité et de survie, dans la jungle du bout du lac. Si elle réussit à se faire élire au Conseil d’Etat, cette connaissance du terrain et de la ductilité politiques pourrait, au fond, lui être très utile. Il est rare que je dise cela, tant le travail en équipe m’est étranger, et tant je préfère l’individuelle verticalité ciselée par une solitude. Mais, en ce bas et périssable monde, chacun ses atouts, chacun ses méthodes. Bonne chance, Nathalie ! Nul doute que les libéraux, comme ils en ont l’habitude, vous soutiendront. Le doigt sur la couture de la jupe. Vive la vie !

     

    Pascal Décaillet

     

  • France : l'équation s'éclaircit !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.04.17

     

    En politique comme en algèbre, il y a des moments devenus tellement complexes qu’il convient de simplifier l’équation. Juste pour y voir clair. Poser les enjeux de façon lisible. Permettre à chaque citoyenne, chaque citoyen, de se forger une opinion sans pour autant devoir pondre une thèse en Sorbonne. C’est ce qu’a fait, ce dimanche 23 avril, le corps électoral français. Non seulement il nous a sélectionné deux finalistes, ce qui était le but de l’exercice. Mais à la réflexion, toutes déceptions laissées en chemin, toute nostalgie bue et digérée, il a fait plus que cela : il se propose à lui-même de retourner dans les urnes, dans deux semaines, avec un binôme parfaitement antagoniste. Deux candidats que tout oppose. Et c’est très bien ainsi : c’est de la dialectique de confrontation, y compris douloureuse, vive, sonore, que procède la démocratie. Et non de combinazione silencieuses, entre clercs. Rien de pire que deux finalistes qui se ressemblent : les « blancs bonnets, bonnets blancs », formule choc et géniale du vieux communiste Jacques Duclos pour qualifier Georges Pompidou et Alain Poher, retenus au deuxième tour en juin 1969.

     

    Là au moins, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, les choses sont claires. Ces deux candidats ne sont d’accord sur rien. Ils divergent, de façon diamétrale, sur la notion de la souveraineté nationale française. Mais aussi, sur la continuation de l’intégration du pays à l’Union européenne, dont la France fut, dès 1957, l’un des membres fondateurs. Mais encore, sur l’opportunité de garder l’euro. Sur l’existence même d’une supranationalité européenne. Sur les rapports avec les Etats-Unis d’Amérique. Avec l’OTAN. Avec la Russie de M. Poutine. Avec l’Allemagne de Mme Merkel. Sur la nécessité d’un ordre multilatéral du monde, celui qu’incarnent toutes les organisations internationales sises à Genève. Sur l’Ukraine. Sur la Syrie. Sur le protectionnisme. Sur le libre-échange des marchandises. Sur la libre-circulation des personnes. Sur la notion de frontière. Sur le contrôle des flux migratoires. Sur l’ensemble des questions économiques. Sur le rôle de l’Etat. Sur la fonction publique. Sur l’interventionnisme dans l’économie. Sur l’émergence, en France, d’une forme de démocratie directe. Sur le rôle des places financières mondiales. Sur les rapports entre finance et industrie. Sur la question agricole, dans un pays où, hélas, des paysans en viennent à se suicider. Je n’ai pris, ici, que quelques exemples.

     

    Entre ces deux France, les électeurs trancheront. Pour la première fois depuis le suffrage universel, décidé en 1962, appliqué dès 1965, ils auront à choisir entre deux candidats n’émanant ni l’un ni l’autre des grands partis antagonistes de la Cinquième. Mais d’une formation profondément protestataire, et, en face, d’un parti créé tout récemment ! C’est une donne totalement nouvelle, comme aux cartes après le brassage. Les fronts, enfin, sont d’une clarté cristalline. Une nouvelle géographie politique est en train de naître en France, jetant les anciens repères, ceux qui nous guidaient depuis 1958, aux orties. Passionnant pays !

     

    Pascal Décaillet