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Commentaires GHI - Page 213

  • Les partis ont-ils encore un sens ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 20.09.17

     

    Lorsque paraîtront ces lignes, vous connaîtrez le nom du nouveau conseiller fédéral. Une compétition qui se sera jouée au sein d’un seul parti : le PLR. Oh, par n’importe lequel : sa composante « R », comme « radical », fut la fondatrice, en 1848 et dans les décennies suivantes, de la Suisse moderne. Pourquoi un PLR, à tout prix ? A cause d’un pacte tacite, appelé « formule magique », datant de 1959, exigeant que les trois partis en tête des élections fédérales (législatives), en octobre, tous les quatre ans, obtiennent chacun, en décembre suivant, deux conseillers fédéraux, et le quatrième, un seul. Didier Burkhalter ayant démissionné en cours de législature (2015-2019), son successeur devait donc appartenir, comme lui, au PLR.

     

    En Suisse, ce n’est pas le peuple qui élit les conseillers fédéraux, mais les 246 membres de l’Assemblée fédérale. On a proposé récemment au peuple de changer cela, en sa faveur, il a refusé. Dont acte. L’élection de l’exécutif, l’un des actes majeurs de notre vie politique, se voit donc cantonnée au minuscule théâtre de la Berne fédérale. Un champ d’action que j’ai fréquenté de longues années, et dont je crois connaître le langage et les codes. Les partis y sont rois. Le Conseil fédéral, d’ailleurs, rencontre régulièrement les chefs des quatre partis gouvernementaux dans une maison patricienne de la Vieille Ville de Berne, cela s’appelle les Entretiens de Watteville. On y devise sans trop élever la voix, entre gens de bonne compagnie. Et ce système d’équilibre entre partis et gouvernement, ma foi, fonctionne. Une horlogerie fine, unique au monde.

     

    En attendant l’éternité de l’immuable, on nous permettra tout de même de poser ici quelques questions, oh fort polies, sur la pertinence, au 21ème siècle, de laisser encore tant de champ et de pouvoir à des familles de pensée issues, pour la plupart, du 19ème. Les radicaux sont les fils de la Révolution et des Lumières. Les démocrates-chrétiens, ceux de la Vieille Suisse, catholique, paysanne, opposée aux réformes trop rapides des radicaux entre 1848 et 1891. Les socialistes sont ceux de l’Internationale, avant la scission de cette dernière. L’UDC est principalement de souche agrarienne, même si cela a beaucoup changé ces trente dernières années.

     

    Voulons-nous, pour l’éternité, nous en remettre aux petits arrangements entre partis, à ces épiceries soupesées, au niveau d’états-majors où tout le monde se connaît, se tutoie, se tape dans le dos ? Ne devons-nous pas, au contraire, utiliser à fond, en les étendant même, les ressorts de la démocratie directe : gestion de la politique, non en fonction d’une couleur, d’une famille, d’une bannière ou d’une fanfare, mais par objectifs, comme dans les comités d’initiative ? Depuis quand les partis prospèrent-ils ? Depuis 1848, âge d’or de la démocratie représentative. A partir de quand commenceront-ils à perdre de l’influence ? Lorsque les citoyennes et citoyens, voulant atteindre des buts précis plutôt que de nourrir sous perfusion des idéologies mourantes, auront pris en charge, directement, leur destin politique. Mais le veulent-ils, seulement ? C’est toute la question.

     

    Pascal Décaillet

       

     

  • DIP : voracité PLR

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.09.17

     

    Ils sont comme des requins, attirés par la moindre goutte de sang : ils vont chercher le point faible. Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens, les deux candidats PLR (avec, jusqu’à nouvel ordre, Pierre Maudet) au Conseil d’Etat, multiplient les attaques contre Anne Emery-Torracinta, cheffe du DIP. Elle aurait, par exemple, laissé en jachère le champ de l’initiation au numérique, véritable dada de tout PLR, sur Genève ou sur Vaud, frénétique « d’innovation », obsédé par l’idée de se montrer branché dans ce secteur, moderne, à la pointe. Entre deux hymnes à la blanche félicité des start-ups.

     

    La cheffe du DIP a-t-elle négligé l’importance de l’informatique ? Pas sûr. Ce qui, en revanche, est certain, c’est que cette ministre, clairement choisie comme cible privilégiée par le PLR, n’a absolument pas démérité pendant son mandat. Elle n’a peut-être pas eu le souffle d’un Jules Ferry, ni d’un André Chavanne. Mais enfin, que je sache, elle n’a commis aucune erreur majeure, qui puisse être comparée à une mauvaise gestion du G8, de la police ou de la mobilité, pour prendre trois exemples, au hasard, de ces quinze dernières années.

     

    Sera-t-elle réélue ? Je n’en sais rien. Mais à mes yeux, son bilan est parfaitement comparable à ceux de ses collègues. Tout au plus fait-elle moins de tintamarre que d’autres sur la communication. Elle ne se déplace pas en Harley. Non. Comme Serge Dal Busco, discret et bosseur, elle fait son boulot. N’en déplaise à la rapace voracité des candidats PLR.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Candidats : l'obsession du réseau

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.09.17

     

    La politique est un art compliqué. Pour quelques élus, il est celui de gérer au mieux la Cité, prendre des décisions, anticiper l’avenir, marquer sa génération. Au niveau genevois, qui, depuis la guerre, peut se targuer d’avoir agi à cette hauteur-là ? Peut-être André Chavanne, Christian Grobet, Guy-Olivier Segond, et quelques autres, qui voudront bien me pardonner de ne point les citer. On les aime ou non, mais ils ont imprimé leur trace, ça n’est pas rien. En France, toujours depuis la guerre, de Gaulle, Mendès France, Mitterrand. En Allemagne, Willy Brandt. Bref, à chaque fois une poignée, alors que les politiciens sont légions.

     

    La première nécessité du politicien, c’est de se faire connaître. Emerger. Occuper un espace, d’audience ou de visibilité, qui lui permette d’être identifié. Pas simple ! La concurrence est féroce, surtout à l’interne du parti, les places sont chères, personne ne se fait de cadeaux, il faut jouer des coudes, tenter d’exister. Lorsqu’approchent les élections (nos cantonales, ce sera au printemps 2018), les candidats se mettent à tourner dans tous les sens. Il faut être partout, se montrer, prouver immédiatement, sur un réseau social, qu’on a participé à telle communion d’existence, vibré à telle extase de cocktail, souri dans la meilleure des humeurs, touché, embrassé ses contemporains. Bref, attester qu’on est là, bien vivant, débordant de santé, pétaradant de félicité dans le contact des humains.

     

    A ce jeu d’apparitions, où l’image sainte le dispute à l’aridité du banal, tel conseiller d’Etat PDC, amateur de Harleys, n’ayant besoin de personne (d’autre que lui) pour faire sa pub, fou d’ubiquité, n’a pas son pareil. Il est partout, occupe le terrain jusqu’à l’ultime arpent, rayonne de bonheur. Hélas, tous les candidats ne jouissent pas d’une propension aussi impériale à l’immédiateté. D’aucuns tentent de l’imiter, notre motard archange, sans succès. Et là, gare à la fausse note ! Le public n’est pas dupe, et ne pardonne pas les personnages composés, forçant leur nature. En clair, si vous êtes discret et austère, n’essayez pas le mimer le geste auguste du bateleur, cela se retournera contre vous.

     

    Tenue, entre Versoix et Chancy, dans un périmètre fort restreint, Genève est une République des miroirs. Un palais des glaces. Tout le monde y est partout, les corporations s’y enchaînent, les allégeances s’y déchaînent, les appartenances à des multitudes de sociétés s’y entremêlent. On finit par retrouver absolument partout la même grappe de quelques personnages-clefs, ceux qui ont compris la puissance du réseau. Tant mieux pour eux. Tout au plus pourrions-nous nous interroger sur un système où le miracle d’une apparition l’emporte sur la qualité de l’argument, où la vélocité à se montrer partout prime sur la puissance de solitude. En cas de crise, c’est pourtant cette dernière qui sera indispensable. Ils auront essaimé, papillonné, butiné. Mais au final, que restera-t-il de ces Zébulons tournicotants ? Beaucoup d’écume. Et, comme dans la tragédie, beaucoup de bruit pour rien.

     

    Pascal Décaillet