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Commentaires GHI - Page 214

  • Conseil fédéral : Pierre Maudet a les qualités !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.08.18

     

    En Suisse, ce ne sont pas les quelque cinq millions de citoyennes et citoyens qui élisent le Conseil fédéral, mais seulement les 246 membres de l’Assemblée fédérale (200 conseillers nationaux, 46 conseillers aux États). Un mode électoral que le peuple lui-même a récemment confirmé en votation populaire. Lorsqu’un candidat « fait campagne », ça n’est donc pas pour convaincre les masses populaires, comme lors d’une initiative ou d’un référendum, mais juste les 246. Ce côté cénacle, ou jeu de miroirs, il faut constamment l’avoir à l’esprit lorsqu’on commente la campagne. A bien des égards, c’est comparable au travail de conviction que doit opérer le candidat à la direction d’un théâtre, en allant convaincre, un à un, les membres du Conseil de fondation.

     

    L’aspect public, pourtant, existe. Pierre Maudet, pour Genève, ça n’est pas exactement un inconnu ! Ni Mme Moret, pour un Vaudois. Ni M. Cassis, au Tessin. Ce sont même trois personnalités très connues, très exposées, de la vie politique en Suisse. Si Maudet passe au Conseil fédéral, il y aura d’immédiates conséquences sur la campagne électorale genevoise du printemps 2018 pour le Conseil d’Etat. Surtout, il y aurait à Berne, au plus haut niveau, un nouveau souffle, un nouveau style. Qu’on aime ou non le radical genevois, il faut bien reconnaître qu’il incarne une rupture. L’émergence, avec toutes ses qualités et tous ses défauts, d’une figure entière, visionnaire, audacieuse, dans le petit monde, si prudent, de la molasse fédérale. Disons-le tout net : l’arrivée du Genevois constituerait, en termes de style politique, de rapport à la parole, et même à la pensée, l’irruption d’une contre-figure majeure par rapport à Didier Burkhalter.

     

    A partir de là, quid ? Franchement, nous n’en savons rien ! Pierre Maudet sera-t-il retenu, vendredi 1er septembre, sur le ticket du groupe PLR ? Si oui, sera-t-il élu le mercredi 20 septembre ? Nous verrons bien. Tout au plus chacun de nous peut-il énoncer et assumer une préférence : la mienne, clairement, va à Pierre Maudet. Malgré les nombreuses réserves qu’ici même, dans ce journal, j’émets depuis des années sur son style de gouvernement : auto-promotion excessive, pratique des fusibles, tendance à vouloir chaque jour réinventer la politique, comme si rien de bon ne s’était fait auparavant. Mais face à ces défauts, que de qualités ! Puissance de travail exceptionnelle, énergie phénoménale, approche visionnaire des problèmes, si loin du bric-à-brac et de la cuisine trop souvent propres à la politique suisse. A cela s’ajoutent un réseau d’enfer, dûment cultivé depuis des années, une intelligence du temps, une rapidité de captation des enjeux. Bref, les qualités l’emportent sur les défauts : je n’enlève rien à mes réserves, mais j’affirme ici que, pour moi, Pierre Maudet pourrait être l’homme de la situation.

     

    Le sera-t-il ? Je n’en sais rien. D’autant que ni Mme Moret ni M. Cassis ne sont de mauvais candidats. Mais là, il fallait oser publiquement un choix. C’est désormais chose faite. Certains d’entre vous m’applaudiront. D’autres me maudiront. C’est ainsi. C’est la vie, lorsqu’on s’exprime dans l’espace public.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Danse de pluie

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 28.06.17

     

    « Sauveur du monde libre », « président-philosophe », les qualificatifs les plus délirants, venant des plus célèbres plumes de France et de Navarre, n’en peuvent plus de pleuvoir, pour désigner le demi-dieu Emmanuel Macron.

     

    Pleuvoir, oui. Incantation. Danse de pluie. Devant l’homme providentiel, on ne pense plus, on n’argumente plus. On se trémousse. Comme si l’univers éditorial, en langue française, avait perdu la raison. Tout à l’extase de louer le Seigneur de l’Elysée.

     

    Avant la fin du quinquennat, ceux qui reliront ces délices de pâmoison, dans nos journaux de ce printemps 2017, ne pourront retenir l’immense éclat de rire qui, aujourd’hui déjà, devrait s’imposer à toute âme bien née.

     

    Chacun a bien sûr le droit d’aimer le nouveau Président, croire en lui, vouloir faire un bout de chemin en sa compagnie. Là n’est pas la question. Mais tant de courtisans. Tant de prosternations. La France, pays de Voltaire, ne serait plus que miroirs et révérences, Roi Soleil, bruissements de cour, culte d’un homme.

     

    Je vais vous dire le fond de ma pensée : cette mise d’un homme au centre de toutes les attentions, magnifiquement mise en scène dans le Discours de Bayeux (16 juin 1946), je ne suis pas contre ! Si l’être vénéré s’appelle Charles de Gaulle. Mais là, l’objet du désir me semble un peu jeune pour mériter, déjà, pareilles sollicitudes. Un peu jouvenceau, oui. Il lui manque le tragique de l’Histoire. Et quelques cicatrices.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La réhabilitation d'un homme d'honneur

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.06.17

     

    Un fusible. C’est par ce mot que nous avions qualifié ici même, il y a un an, le chef des opérations de la Police genevoise, Christian Cudré-Mauroux. A cette époque, les voix n’étaient pas innombrables, pour défendre l’homme. Il y eut même quelques belles prises de position pour justifier la véritable persécution que le Conseil d’Etat exerçait sur ce grand policier, trente ans de loyaux services, sur les épaules duquel on avait voulu faire porter tous les maux, en lien avec la manifestation sauvage du 19 décembre 2015. Pendant près d’un an, l’affaire est demeurée figée. Et voilà que ce vendredi 16 juin, par temps magnifique et tout le monde se préparant à savourer le week-end, un communiqué de la Cour de Justice était publié, réhabilitant le policier.

     

    Le vendredi 16, cette publication, et pas, par exemple, le jeudi 15. Amusant, non ? Le soir de ce jeudi, se déroulait à Veyrier l’Assemblée des délégués du PLR, qui désignait son ticket pour le Conseil d’Etat 2018. Elu en tête du trio de candidats, avec Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens, un certain… Pierre Maudet, ministre de tutelle de la Police. Eût-il obtenu une aussi bonne désignation, si la Cour avait publié son arrêt (datant du 6 juin) 24 heures plus tôt, donc AVANT l’Assemblée de Veyrier ? Oui, je sais ce que vous allez me répondre : séparation des pouvoirs, et patati, et patata. Fort bien. Allons-y pour la séparation.

     

    Toujours est-il que voilà un homme d’honneur réhabilité. La Cour annule, purement et simplement, l’arrêté du Conseil d’Etat du 22 juin 2016, qui dégradait l’officier de lieutenant-colonel à major, sanction totalement infamante dans le signal qu’elle donne, avec son côté Dreyfus, Cour des Invalides, 5 janvier 1895, sans compter la réduction de traitement. Elle estime, notamment, que « le recourant n’avait pas menti à sa hiérarchie, ni ne lui avait dissimulé de documents ou d’autres renseignements pertinents ». En clair, elle s’inscrit totalement en faux contre les arguments du Conseil d’Etat, qui avait cloué publiquement au pilori l’un des serviteurs les plus fidèles de la Police genevoise.

     

    Pire : ce même vendredi 16 juin, à peine la Cour avait publié son arrêt, le Département Maudet s’empressait de réagir (à une décision de justice !), rappelant qu’il s’était appuyé sur le rapport administratif d’un ancien juge. Là encore, l’autorité de tutelle se défausse de sa responsabilité politique, car enfin, l’humiliante dégradation, c’est lui qui doit en assumer la décision. Dans le même communiqué, il n’exclut pas de recourir lui-même contre l’arrêt de la Cour, ce qui est certes son droit, mais accentue le signal de « mauvais perdant ». En conclusion, dans cette case éditoriale que nous tenons depuis six ans et où nous n’avons pas l’habitude de distiller la langue de bois, nous dirons que le Conseil d’Etat, d’un bout à l’autre de cette affaire, a fait tout faux, s’est montré arrogant, a dissimulé sa propre responsabilité pour faire fonctionner des fusibles. On a dû connaître, ici ou là, meilleure gouvernance. Quant à M. Cudré-Mauroux, nous lui faisons part publiquement de notre respect et de notre considération.

     

    Pascal Décaillet