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Commentaires GHI - Page 215

  • France : une Chambre de groupies

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.06.17

     

    Au risque de déplaire et de casser l’ambiance, je vais expliquer ici pourquoi le raz-de-marée des troupes macroniennes, à l’Assemblée Nationale, n’est pas une bonne nouvelle. Ni pour la France, ni pour l’équilibre des pouvoirs, ni surtout comme modèle politique, dont il paraît qu’il faudrait s’inspirer, « parce qu’il dépasse les clivages traditionnels ». D’abord, parce qu’en Histoire, rien ne dépasse rien, jamais. La noirceur du pouvoir, le tragique des destinées, tout cela disparaît puis revient, nulle génération n’est épargnée, nul progrès n’est linéaire. Mais aussi, surtout, parce qu’en faisant du Palais Bourbon, pour cinq ans, une Chambre d’enregistrement de l’Elysée, les électeurs, hélas, anéantissent le rôle essentiel de contre-pouvoir qui doit être celui de l’institution parlementaire, dans un pays où cette dernière, par tradition monarchique, n’a jamais été bien puissante, sauf sous les Troisième et Quatrième Républiques.

     

    L’erreur majeure, c’est le quinquennat. Faire coïncider (depuis 2002) le temps parlementaire avec le temps présidentiel, c’est arracher aux élections législatives leur vie propre, soit l’addition de 577 combats locaux, un par circonscription. Au lieu de cela, on commence par élire le Président (en mai, tous les cinq ans), puis, en juin, on lui donne les moyens de gouverner. Evidemment qu’on ne va pas le désavouer en plein état de grâce, un mois après l’avoir élu ! Du coup, la législative n’est plus que la confirmation d’une élection monarchique, autour de laquelle tout s’articule. On élit M. Macron, on estime qu’il faut lui donner sa chance, et du coup on compose, pour le servir, une Chambre de groupies, à ses ordres.

     

    Ça n’est pas pour parvenir à cela que s’est forgée, lors de la Révolution française, la représentation nationale. Pas pour confirmer sagement les édits de l’exécutif ! Une bonne Assemblée doit avoir son existence propre, sa logique, elle ne doit rien devoir à l’exécutif. Elle est là, au contraire, pour le contrôler, le rappeler à l’ordre s’il dérape, au besoin le censurer. Il est sain qu’elle entretienne avec lui un rapport tendu. Voire conflictuel : de cette dialectique peuvent jaillir des étincelles favorables à l’intérêt supérieur du pays. Toutes choses, hélas, qui feront défaut à la France dans les cinq ans qui viennent. Du coup, la Chambre étant aux ordres, l’opposition, les colères, les ruminations se déplaceront dans la rue.

     

    Dès cet automne, les choses sérieuses vont commencer avec la réforme de la loi sur le travail, et vous verrez, l’état de béatitude du présent printemps sera vite oublié. Les vraies fractures de la société française resurgiront, les onze millions d’électeurs du Front National, aussi. Sans compter l’équivalent, côté gauche radicale. Alors, on commencera à réaliser à quel point l’opération Macron aura, dès le début, fait office de tour de magie et d’illusions. Mais il sera trop tard. Il faudra aller jusqu’au bout de la législature. Cinq ans, c’est parfois très long.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Union de la gauche : espoir ou chimère ?

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

     

    Le Front populaire : l’image est puissante, la référence historique est éloquente. Cet appel aux élections du printemps 1936, et à la victoire de Léon Blum, l’un des moments forts de la vie politique française au vingtième siècle, c’est sous la plume de Thierry Apothéloz qu’on a pu le découvrir. Dans une lettre ouverte aux militants socialistes, publiée sur son blog, lundi 29 mai. Un texte fort, dont l’auteur se conduit comme un chef, celui qui inspire la manœuvre, et, au passage, ne serait pas fâché de la diriger lui-même. Un texte où le candidat au Conseil d’Etat montre qu’il a le sens de l’Histoire, du recul, de la vision, de la stratégie. De quoi contenter ses admirateurs, et… nourrir à mort les jalousies de ses rivaux ! Un texte, surtout, où le bouillant conseiller administratif de Vernier appelle les gauches genevoises à l’unité, dès le premier tour, en vue de l’élection du printemps 2018 au Conseil d’Etat. Bref, le manifeste Apothéloz fait jaser. Exactement ce que voulait l’auteur.

     

    Le Verniolan n’a peur de rien. Alors que fleurissent les candidatures à gauche, et que nulle discussion officielle ne s’est encore déroulée entre les trois grandes composantes (socialistes, Verts, Ensemble à Gauche), le voilà, seul et sûr de lui, qui sonne la charge de l’unité. La victoire du Front populaire, en 1936, était celle d’une alliance entre trois partis : les radicaux, les socialistes (SFIO), les communistes. Elle a permis de grandes choses, dont la plus connue est évidemment les Congés payés, permettant, dès l’été 36, à des centaines de milliers de travailleurs français, qui n’avaient jamais vu la mer, de partir en vacances. C’est dire la puissance d’impact de l’évocation. Dès lors, demande Apothéloz, pourquoi pas à Genève ? Présentées comme cela, les choses ont l’air toutes simples. La réalité est un peu plus complexe.

     

    D’abord, rien ne dit que toutes les composantes de la gauche partagent ce rêve unitaire. Succédant à l’auteur de l’idée dans l’émission « Les Yeux dans les Yeux », les deux candidats de Solidarités à l’investiture, Jocelyne Haller puis Pablo Cruchon, ont remis les pendules à l’heure. La première, en rappelant qu’une alliance, en politique, devait s’articuler autour du sens, ce qui semble fort difficile à contredire. Du côté des Verts, qui alignent trois candidats (Marjorie de Chastonay, Yvan Rochat et le sortant Antonio Hodgers), quelle sera la stratégie ? Mais surtout, que pensent les deux colistières socialistes du flamboyant unitaire, Sandrine Salerno et Anne Emery-Torracinta, sortante ? Au fond d’elles-mêmes, sont-elles si joyeuses de voir leur cher camarade jouer en solo dans l’ordre de la tactique ? Bref, rien n’est réglé ! D’autant que le rapport de forces entre la droite et la gauche, si l’on devait reporter sur 2018 celui d’aujourd’hui, ne laisse guère envisager pléthore d’élus de gauche au Conseil d’Etat ! En attendant, un homme a montré son aptitude à la manœuvre : saluons-le, reconnaissons-lui audace et clairvoyance. Pour la suite, qui vivra, verra.

     

    Pascal Décaillet

     

  • Discret, mais efficace

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 07.06.17

     

    Un homme qui ne cherche pas la gloire personnelle. Il aurait même une sérieuse tendance à prendre les coups. Mais il encaisse, parce que c’est un dur. Il garde le sourire. Et il apprend. Bâtisseur, il est un homme de patience, sait jouer collectif, respecte les sphères de ses collègues. Tel est Serge Dal Busco, notre ministre des Finances depuis fin 2013, un homme que certains parlementaires croient opportun de décrier. Ils le prennent de haut. Ils ont tort, immensément.

     

    Serge Dal Busco ne passe pas son temps à inaugurer les chrysanthèmes. Ni à œuvrer, par le génie de la propagande, qu’on appelle aujourd’hui « communication », à l’édification de son image. Ni à arpenter en Harley les routes du canton. Non, il se contente de faire son boulot. Grand argentier d’un canton endetté (par ses prédécesseurs) n’est pas le job le plus excitant entre Chancy et la Versoix, mais c’est le sien, c’est sa tâche, il l’accomplit.

     

    Et l’air de rien, l’homme fait son chemin. Ainsi, jeudi 1er juin, c’est lui, dans la Berne fédérale, qui présentait, à côté du conseiller fédéral chargé des Finances, Ueli Maurer, le « Projet fiscal 17 », qui prend la relève de RIE III, après l’échec de cette dernière en votation populaire. Ancien correspondant au Palais fédéral, ancien chef de la rubrique Nationale, je crois bien n’avoir jamais vu, à Berne, un conseiller d’Etat genevois à côté d’un conseiller fédéral. Cela, ce lent travail de reprise en main du dossier, discrètement, mais avec solidité, est la marque d’un ministre fiable et compétent. Il fallait, une nouvelle fois, le dire.

     

    Pascal Décaillet