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Liberté - Page 786

  • Les partis ne sont pas l'Alpha et l'Oméga

     

    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 14.11.18

     

    Nous accordons tous beaucoup trop d’importance aux partis politiques. De gauche ou de droite, nous avons tendance à les traiter comme s’ils étaient l’Alpha et l’Oméga de notre vie démocratique. Ils ne le sont pas ! Le personnage principal, dans notre système suisse, ça n’est pas le membre d’un parti, ni son président, ni même son élu. Non, le héros de la politique suisse, c’est le citoyen. Ce corps électoral, invisible, de quelque cinq millions d’hommes et de femmes qui, quatre fois par an, sont appelés à se prononcer sur le destin de la nation. Ce sont eux, les patrons. Pas les élus, ni législatifs ni exécutifs ! D’un parlementaire, on attend qu’il fasse des lois, c’est déjà très important. Mais la politique ne lui appartient pas. Encore moins, à son parti !

     

    L’émergence des partis politiques est une conquête de la Révolution française. Après les siècles d’Ancien Régime, l’impérieux besoin d’user de la liberté d’association et de réunion fut une revendication capitale, les partis en sont nés. Après deux siècles, les étiquettes ont changé, Jacobins et Girondins ont laissé la place aux radicaux, socialistes, libéraux, puis plus tard démocrates-chrétiens, etc., mais au fond les fronts sont toujours les mêmes, et les masses tectoniques de nos paysages politiques, en Suisse, en France, en Allemagne, n’ont pas beaucoup bougé, pendant toutes ces décennies.

     

    C’est bien, les partis ont joué leur rôle dans l’Histoire. Mais leur temps n’est pas infini. La prodigieuse évolution des techniques, la mise en réseau des connaissances, le partage immédiat de l’information, tout cela va faire évoluer la citoyenneté. La démocratie directe, ce bien si précieux de notre système suisse, doit trouver le moyen de se réinventer pour faire participer massivement le plus grand nombre, encore plus qu’aujourd’hui, aux grandes décisions touchant le pays. De plus en plus, des groupes de citoyens, ciblés sur un objectif précis, pourront mettre en marche une démocratie d’efficacité et de résultats, sans passer par les appareils lourdingues des partis, avec leur pesanteur de comités, d’assemblées générales, d’élections internes, de petit services rendus entre bons paroissiens.

     

    Et puis, quoi ! Le but, face au destin du pays, n’est pas de se dire toute sa vie « Je suis radical, je suis PDC, je suis socialiste, c’est merveilleux », mais il est de servir l’intérêt général. La démocratie directe, qui met en avant les thèmes plutôt que les personnes, déterre les tabous, provoque dialogues et débats, met en œuvre le langage et l’esprit, sert autrement le pays que ces pronunciamientos d’apparatchiks et de comitards, avec leurs partages de prébendes dans les conseils d’administration des grandes régies, leurs barbichettes mutuellement tenues, en un mot leurs systèmes de copinages. La politique n’appartient pas aux partis, mais à l’ensemble des citoyennes et citoyens de ce pays. Et, s’il faut la faire un jour sans les partis, eh bien nous la ferons sans eux.

     

    Pascal Décaillet

     

  • La démocratie passe par la connaissance

     

    Sur le vif - Lundi 12.11.18 - 09.36h

     

    Hérités du 19ème siècle, des structures de pensée du 19ème, des moyens de communication du 19ème, les partis politiques ne sont absolument pas l'Alpha et l'Oméga de notre vie démocratique. Ils n'ont d'ailleurs pas à l'être : dans notre système suisse, le personnage principal est le citoyen ; l'instance cardinale, c'est le corps des citoyens, constituant le suffrage universel.

     

    Les partis sont des groupements d'intérêts. Des corporations. Officiellement, pour fédérer sous une même bannière ceux qui voient le monde avec des valeurs communes. En vérité, parce que l'être humain a besoin - beaucoup trop, je l'affirme ! - de s'agglutiner dans la chaleur des chapelles et des paroisses, pour se sentir plus sûr. Elles n'ont pas toutes la sainte géométrie de la phalange. Mais toutes dispensent l'encens, bénissent et maudissent, incorporent, proclament la bonne parole.

     

    On parle beaucoup trop des partis politiques. On leur attache beaucoup trop d'importance. Le héros, en démocratie, c'est le citoyen, pas le membre d'un parti. La prodigieuse modification des modes de communication, l'avènement des réseaux et de la connaissance partagée, tout cela, petit à petit, va rendre caducs ces conglomérats d'intérêts, et de services rendus, qu'on appelle les partis. De plus en plus, au fil des décennies, les énergies citoyennes, regroupées autour d'objectifs thématiques ponctuels, comme aujourd'hui les initiatives populaires, feront à la place des partis, et cette fois de façon directe, la politique du pays.

     

    C'est pourquoi notre démocratie directe est si précieuse. Non pour constituer une "dictature de la majorité", comme l'affirme fallacieusement un ancien conseiller fédéral, mais comme outil moderne, pertinent, adapté aux consciences d'aujourd'hui et de demain, pour faire vivre notre pays.

     

    Non seulement il ne faut pas affaiblir notre démocratie directe. Mais il nous faut inventer ensemble, dans les décennies qui viennent, les moyens de la renforcer. Pas pour en faire une démocratie d'opinion, ni de clic, surtout pas ! Mais pour associer le plus grand nombre aux décisions, conférant ainsi à ces dernières ancrage et légitimité.

     

    Cela passe, combien de fois l'ai-je répété, par une élévation du niveau de connaissances de l'ensemble de la population. En Histoire, principalement. En information citoyenne. En linguistique, et décorticage des actes de langage. Cela passe donc par l’École, sans laquelle rien n'est possible. L’École, au service de tous. La connaissance, acquise, discutée, partagée, pour améliorer la vie des hommes et des femmes, tout simplement.

     

    Pascal Décaillet

     

     

  • Macron : la révélation photographique se précise

     

    Sur le vif - Samedi 10.11.18 - 18.13h

     

    En relançant l'idée d'une "armée européenne", Emmanuel Macron permet de préciser la révélation photographique, lente mais certaine, de sa vraie personnalité politique.

     

    Plus le quinquennat avance, plus s'estompe la grande tromperie de "l'homme nouveau", celle de la campagne présidentielle 2017, et plus se précise la véritable silhouette du Président français. Économiquement, un libéral, voire ultra. Politiquement, un MRP, entendez un démocrate-chrétien de la Quatrième République, fou d'Europe, peu sensible à l'identité profonde de la nation française, ancrée dans le tragique de l'Histoire.

     

    Il a parfaitement le droit d'être tout cela, il est juste dommage qu'il ne l'ait pas annoncé franco de port, dans ses meetings du printemps 2017. Cette comédie de l'homme nouveau, tellement archaïque, était insupportable. Alors que libéral et européen, c'est identifiable dans la continuité historique, ça prolonge l'Histoire au lieu de prétendre l'abolir.

     

    La dernière fois qu'il fut, de façon farouche et furieuse, question d'une armée européenne, ce fut le débat passionnel de 1954 sur la CED, la Communauté européenne de défense, neuf ans seulement après la guerre. Les MRP et les libéraux étaient pour. Les gaullistes et les communistes étaient contre. Aujourd'hui, 64 ans après, les fronts demeurent, au millimètre, juste parfois sous d'autres étiquettes, les mêmes qu'en 1954. Je dis souvent que depuis la Convention, donc depuis la Révolution, les masses tectoniques composant la politique française n'ont pas beaucoup changé.

     

    Pour ma part, je ne reproche pas à M. Macron d'être pro-Europe ni libéral, même si je suis moi-même, comme on sait, anti-Europe, partisan des nations souveraines, mais aussi d'un État fort, et d'un système de redistribution solidaire des richesses. Mais je lui reproche de nous avoir joué, en 2017, une comédie comparable à celle de Giscard en 1974 : celle de la jeunesse et du jeunisme, de l'Histoire abolie, de la table rase. Le vrai visage de Giscard, qui se prétendait "centriste", on l'a vite vu : un homme de la droite libérale. Celui de Macron, comme un cliché en lente révélation chimique, se précise de jour en jour. En 2022, les Français sauront exactement à qui ils auront eu affaire. Au moment de prendre congé de lui. Après cinq ans de répit pour l'Ancien Monde.

     

    Pascal Décaillet